À trancher une bonne fois pour toutes : « au temps pour moi ! »


Pourquoi l’expression « au temautant-en-emporte-le-ventps pour moi » est-elle si souvent travestie en « autant pour moi » ? Il suffit pourtant de se référer à l’origine de l’expression pour en connaître le sens, et donc l’orthographe : « au temps ». Pourtant les « autant » emportent, non pas le vent, mais une adhésion de plus en plus forte. Au point de diviser des familles entières lors du déjeuner dominical. Entre la poire et le fromage, tranchons cette querelle une bonne fois pour toutes !

Commençons par faire les présentations. « Au temps pour moi ! » est ce qu’on appelle une phrase averbale, c’est-à-dire qu’elle ne contient pas de verbe. Les phrases averbales sont fréquentes dans les interrogations et les exclamations, et pas seulement dans la langue parlée.

Au temps ! : l’injonction militaire

Le jargon militaire regorge de phrases averbales. Citons par exemple « en joue… feu ! », « quart de tour à gauche… gauche ! », « en place… repos ! ». Celle qui nous intéresse ici, « au temps ! », se disait dans le cadre d’exercices militaires ou gymniques s’effectuant en plusieurs temps.

Ici, « temps » désigne le « moment précis pendant lequel il faut faire certains mouvements qui sont distingués et séparés par des pauses ». On retrouve ce sens dans « charge en quatre temps, en douze temps » et dans l’expression familière « en deux temps trois mouvements ».

Dans ce contexte, l’injonction « au temps ! » est employée pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début. Elle équivaut à : « reprenez le mouvement au temps (initial) ». Ainsi, la romancière Colette écrit dans La Vagabonde, en 1910 : « Au temps ! crie Brague. Tu l’as encore raté, ton mouvement. »

La tournure se rencontre également sous la forme « au temps pour les crosses ! » quand, dans le maniement des armes, le bruit de crosses touchant le sol est irrégulier, et par extension, au sens figuré.

Enfin, l’italien possède l’expression al tempo, qui reproduit littéralement le français « au temps ».

Au temps pour moi ! : l’expression populaire

D’accord pour l’origine militaire et l’acception de « temps », mais comment est-on passé de « au temps » à « au temps pour moi » ?

C’est tout simple : le sens de « c’est à reprendre » a donné un emploi figuré. On dit « au temps pour moi ! » pour admettre son erreur et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis le début.

Le philosophe Jean-Paul Sartre l’emploie dans Le Mur, en 1939 : « Il avait fait une erreur dans un raisonnement délicat et avait dit gaiement : « au temps pour moi ». C’était une expression qu’il tenait de M. Fleurier et qui l’amusait. »

Autant pour moi ! : la version contestataire

Face à une logique aussi implacable, quels arguments peuvent bien avancer les partisans de « autant » ?

1o/ Il est impossible de savoir quand et comment est apparue cette expression familière.

2o/ La mention la plus ancienne remonte à 1640. Dans son ouvrage Curiositez françoises pour supplément aux dictionnaires, Antoine Oudin définit la locution « autant pour le brodeur » comme une « raillerie pour ne pas approuver ce que l’on dit ». Le problème, c’est qu’on perd la trace de ce « autant pour… » jusqu’au début du XXe siècle, où il réapparaît sous la forme… « au temps » (par exemple chez Roland Dorgelès en 1923) !

3o/ Maurice Grevisse en personne a émis des doutes sur la graphie « au temps ». Pour lui, il est possible que « au temps » ne soit qu’une altération de « autant ». D’autres linguistes, comme Damourette et Pichon, lui ont emboîté le pas, se demandant si « autant » n’était pas la forme primitive.

4o/ Pour l’écrivain spécialiste du langage Claude Duneton, l’expression « au temps » au sens propre n’est pas utilisée par les militaires. Selon lui, l’expression doit s’entendre de la manière suivante : « Je ne suis pas meilleur qu’un autre, j’ai autant d’erreurs que vous à mon service : autant pour moi. »

5o/ Ainsi, les deux expressions coexisteraient : « au temps pour moi ! » pour « reprenons au moment où je me suis trompé » et « autant pour moi ! » pour « j’ai moi aussi commis une erreur en voulant vous corriger ».

Pour autant, l’Académie française est formelle : c’est la graphie « au temps » qui doit être retenue. Bien sûr, vous pouvez toujours dire « autant pour moi » au garçon de café si vous souhaitez commander la même chose que votre compagnon de table. En outre, c’est bien « autant » qui compose le titre du film Autant en emporte le vent avec l’inoubliable Scarlett O’Hara et « ô temps » (suspends ton vol), le premier vers du poème de Lamartine !

Sandrine Campese


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Contributrice et modératrice

72 réponses à À trancher une bonne fois pour toutes : « au temps pour moi ! »

  1. Laure dit :

    Et que disait-on avant ?? Quels synonymes pour remplacer cet horrible « au temps » ?? Doit-on dire, désolé, ou en effet, ou pardon, ou pardonnez-moi, ou OK, ou je prends note…

    • Sandrine dit :

      Bonjour Laure, « horrible », vraiment ? Vous pouvez toujours dire « désolé(e) », « excusez-moi », « je reconnais mon erreur » si vous préférez, mais l’on perd le sens précis de « au temps pour moi » (revenons au moment où je me suis trompé(e). Bon week-end

      • Pascal C dit :

        Bonjour,
        Pourquoi pas ‘Faites comme si je n’avais rien dit, reprenons.’ ?
        C’est plus long et beaucoup moins élégant que ‘au temps pour moi’, que pour ma part j’utilise, mais cela a peu ou prou le même sens. Qu’en pensez-vous Sandrine?
        Bon week-end

  2. Vanessa dit :

    Bonjour,

    J’ai pratiqué intensivement la danse classique et la musique classique pendant des années et l’expression « Au temps! » m’est familière. Lorsqu’un danseur ou un musicien commet une erreur, il interrompt son mouvement et demande de reprendre « au temps », ce qui signifie au début du mouvement ou de la mesure. (Ce n’est donc pas qu’une expression militaire, pour ceux que cela gêne).
    Lorsque mikael dit :
    « Et « au temps pour moi » ne tient pas cinq secondes face au bon sens. C’est la culture qui est en faute! », je pense que la notion de « bon sens » n’est pas la même pour tout le monde selon le niveau de culture.

    J’ai moi-même toujours cru devoir écrire « autant pour moi », mais n’ayant jamais été totalement persuadée du « bon sens » de cette expression, je suis venue vérifier sur ce site. Je l’écrirai dorénavant selon son sens étymologique « Au temps pour moi ».
    La connaissance de l’étymologie me permet d’employer un mot ou une expression sans aucun doute, d’en percevoir les nuances, et, par la même occasion, d’enrichir mes connaissances… Bref, que du bénef !!

    • Sandrine dit :

      Bonjour Vanessa et merci pour votre témoignage. L’article parle d’exercices gymniques qui peuvent englober la danse, mais vous faites bien d’opérer la distinction. Je suis 100 % d’accord avec vous : l’étymologie nous aide non seulement à bien écrire mais aussi à bien comprendre ! Néanmoins, bon nombre de mots se sont éloignés de leur sens premier. Prenons, par exemple, le verbe saupoudrer, il signifie « poudrer de sel ». Pourtant, on « saupoudre » désormais de sucre, de farine, de chocolat… Pour rester dans la cuisine, assaisoner concernait initialement la cuisson, absolument pas les épices ! Tiens, cela me donne une idée d’article ;-). Bonne journée !

  3. m.edouard dit :

    Bonjour ! Merci pour l’explication, j’avais un doute
    Petite rectification qui n’a certes rien à voir avec l’article : « ô tempo, suspends ton vol..[…] » n’est pas le premier vers du Lac.

  4. Gurdil dit :

    Un youtuber linguiste en à même fait une video.
    https://www.youtube.com/watch?v=zxc7GQ4HGMY

  5. Bertrand Ulrich dit :

    Bonjour,

    Quel calvaire en tout cas pour ceux qui, comme moi, voient mentalement la graphie de tout ce qu’ils disent et entendent.
    J’en arrive à ne plus utiliser cette expression à l’oral, pour deux raisons.
    La première est que l’expression « au temps ! » seule ne fait pas partie de mon vocabulaire; je n’appelle jamais ni les autres ni moi au temps, donc lorsque je dis [otɑ̃puʁmwa], avec cette graphie, j’ai l’impression de parler la langue d’un autre, un peu comme si j’utilisais le riche vocabulaire de la marine et de la voile alors que je n’ai jamais eu le pied très marin.
    La deuxième est que l’expression consiste en deux segments qui devraient être séparés, on devrait l’écrire : <> puisque l’idée est, pour s’excuser, de s’appliquer à soi un rappel à l’ordre (je m’applique à moi-même l’appel « au temps ! »)
    Vous voyez, pour moi qui suis condamné à voir mentalement l’orthographe des mots que je dis et entends, c’est une véritable souffrance.
    J’en viendrais presque à espérer qu’un jour quelqu’un parvienne à démontrer qu’ « au temps » n’est qu’une dérive, limitée dans le temps, d’un « autant » plus ancien.
    Parce que si, laxiste, tolérant avec moi-même, je m’autorise à voir défiler dans mon esprit la forme « autant pour moi » lorsque je dis [otɑ̃puʁmwa], je ressens alors immédiatement les délices d’une forme cohérente, lisse, dont la ponctuation ne pose pas problème, et qui ne me fait pas imaginer le képi sépia de la guerre de 70 d’un trisaïeul qui disait probablement « sapristi » à tout bout de champ.
    J’ai un certain respect pour les déclarations « formelles » de l’Académie, mais j’ai aussi un certain respect pour le poids et le pouvoir des mots, pour l’élan et l’envie que porte chaque mot, et cet ordre militaire « au temps ! » ne dégage rien que de la référence historique dans ma bouche et mes oreilles, mais aucune force, aucune délivrance.

    Je ne verrais, vous l’imaginez, dans l’adoption du frère jumeau « autant » aucun appauvrissement.

    Merci pour le débat
    B

    • Bertrand Ulrich dit :

      petit bug d’affichage apparemment

      La deuxième est que l’expression consiste en deux segments qui devraient être séparés, on devrait l’écrire …

      J’avais prévu de faire apparaître :

       » « au temps! » pour moi »
      (avec des guillemets en cours de phrase voyez vous)

  6. CHEVREAU dit :

    « Autant pour moi » est aussi une jeu de mot pour dire « pareil pour moi » de même que « démons et merveilles » est un jeu de mot beaucoup plus employé que l’original. Il faut aussi accepter que la langue françoise aye évolué moulte fois et mil mercys à François le 1er de l’avoir entérinné et imposé !!!

  7. Insam dit :

    Ben moi qui parle « péquenot » j’ai appris à l’école qu’on écrivait « autant pour moi »
    Ce qui fait que quand je vois écrit « au temps pour moi », j’ai l’impression d’être en face de l’écrit d’un inculte !
    Heureusement que je suis tombé sur votre discussion . Autant pour moi !
    Par contre, « au temps pour moi » dans la majeure partie des contextes où cette expression est employée…Ben ça ne veut rien dire !

    • Sandrine dit :

      Si, cela signifie « reprenons au temps (= au moment) où je me suis trompé ». Bonne journée !

      • Insam dit :

        Ce qui n’est pas acceptable, puisqu’on ne peux pas revenir en arrière, et qu’on élude de cette façon la forme d’excuse nécessairement appelée !
        Accepter d’admettre que nous sommes autant dans l’erreur en reprenant ce qu’on croyait qu’elle en fût une
        est bien plus logique et plus poli de surcroît .
        Si cette façon de l’écrire remporte plus de suffrages que la graphie académique, n’est-ce pas la preuve que l’instinct est plus sensé que l’application d’une forme dont les références sont ne sont pas mieux prouvées et restent au moins aussi obscures que les références de l’autre graphie ?
        Bonne journée à vous.

  8. Adrien dit :

    OTAN pour moi !
    Ô Temps, pour moi.
    Aux taons pour moi (sale bête !)
    Oh ! Tant pour moi ?
    Ô Tan(nenbaum) pour moi !
    Haut, tend pour moi.

    • Sandrine dit :

      Magnifiques vers holorimes qui réconcilieront tout le monde ! Bravo Adrien !

      • Adrien dit :

        Merci Sandrine !

        Pour s’amuser encore un peu, une version « poème champêtre » qui ne casse pas trois pattes à un canard (faudra aussi l’expliquer celle-là !) :

         » Ô Temps, pour moi, fais la nature refleurir.
        Verse ton eau, tant pour moi, que pour la prairie verdir.
        Mets le feu aux taons, pour moi, qu’ils se sentent aux abois ;
        Je les vancrai car j’ai l’OTAN pour moi.
        Sur la coline, en haut, tends pour moi ta verte main ;
        Si je l’écrase, au temps pour moi, j’en suis chagrin !  »

        Autant pour moi, je n’ai pas compté les pieds, mais bon, c’est pas du Rimbaud non plus !

  9. Chambaron dit :

    Quels échanges autour d’une simple tournure, que l’on entend certes souvent, mais que l’écrit finalement si peu dans la vie courante !

    Je souhaitais juste ici préciser que l’usage – tel que mesuré avec l’outil Ngram de Google Books (seule méthode que je connaisse) – montre :
    – que les deux tournures apparaissent simultanément dans les textes au début du XXe siècle ;
    – que les deux croissent significativement depuis 1950 ;
    – que la tournure « Autant pour moi » est depuis systématiquement plus utilisée que « Au temps pour moi ». De nos jours, elle est de l’ordre de deux fois plus fréquente.
    Comme quoi, popularité et académisme ne font pas toujours bon ménage…

    Enfin, comme pour tant d’autres sujets où même les experts peuvent être partagés, l’important pour chacun est de choisir la solution qu’il peut personnellement assumer, expliquer et transmettre de manière convaincante aux autres, sans s’appuyer forcément sur des autorités externes. Cela stimule la curiosité, l’esprit critique et la culture linguistique : que du plaisir !

    • Samba dit :

      Je ne peux qu’applaudir des deux mains !

      • Michel. dit :

        As-tu déjà essayé avec une seule main ? … Cela devient de l’écriture ! Cordialement.

        • Sandrine dit :

          Je n’ai pas saisi votre pique, Michel, si c’en est une… Bonne soirée.

          • Les applaudissements sont bruyants … et sont le fait de claquer des deux mains l’une contre l’autre, OK ! Comment est il possible d’applaudir autrement qu’avec les deux mains ? : en décrivant les applaudissements par le biais de l’écriture qui, elle, se pratique d’une seule main.
            L’expression « des deux mains » est une précision inutile mais elle est bien ancrée dans le langage courant comme « rentrer à l’intérieur » ,  » le taux d’alcoolémie » ou « descendre en bas ».
            Amicalement.

          • Sandrine dit :

            Je vous suis parfaitement Michel, mais l’on peut aussi considérer que la redondance permet une nuance de sens.
            « Applaudir » : manifester son approbation, son contentement ; « applaudir des deux mains » : insister, en rajouter, le faire avec hypocrisie, ironie (proche de l’antiphrase)… Vaugelas, grammairien du XVIIe siècle connu pour son purisme, a écrit : « Unir ensemble, voir de ses yeux, voler en l’air, sont fort bien dits ». Il avançait les trois raisons suivantes : 1/ Les pléonasmes sont employés par des auteurs anciens comme Virgile ou Cicéron, ils sont donc bons par nature. 2 / Il n’y a pas pléonasme dès lors que la répétition étend et renforce le sens du propos. 3/ Dans certains cas, le pléonasme parle à l’imagination, permet de représenter plus facilement une pensée. Bonne journée !

        • Samba dit :

          Il est tout à fait possible d’applaudir d’une main…

          • Oui, bien sûr ! La coutume américaine est même d’applaudir en sifflant.
            Cela dit, il n’est pas désagréable de discuter un peu sur le « juste » ou le « bon » sens des mots et la manière de les employer sans être pour « autant » un puriste de la langue française : le pléonasme est bien là pour le démontrer.

  10. alaing dit :

    passionant…Pour reprendre C eline,pas d enculagaillage de mou mouche(S?)tout est une question de sens comme d habitude en matière d orthographe: »au temps pour moi »:je me suis trompé tout seul ,moi musicien ,militaire,danseur et je demande à mes partenaires d en revenir à la mesure precedant mon erreur… »autant pour moi »:en rectifiant l erreur ou la maladresse de mon interlocuteur j en ai commises moi aussi et je m en excuse…VOUS POUVEZ DONC EN DIRE AUTANT POUR MOI…mais c est moi qui le dit!!!DONC AUTANT POUR VOUS!!!

  11. Samba dit :

    Bonjour,

    Vous ne pouvez pas être aussi péremptoire quant à la « bonne » graphie en vous appuyant uniquement sur la recommandation de l’Académie. Passez-moi l’expression, mais j’appelle ça être bête et discipliné.

    Cet article est intéressant, il cite des sources variées et contradictoires, mais quel dommage de conclure que « de toute façon, on va faire comme l’Académie nous dit ».

    Laissons l’usage trancher et, pour l’instant, de ce que je peux en constater, c’est « autant » qui gagne du terrain. En attendant, je préconiserais de tolérer largement les deux graphies.

    Sources : http://www.expressio.fr/expressions/autant-au-temps-pour-moi.php et https://www.youtube.com/watch?v=zxc7GQ4HGMY

    Cordialement,

    PJ (traducteur/réviseur/correcteur)

    • Sandrine dit :

      Bonjour PJ, rassurez-vous, il n’y a pas que l’Académie française, il y aussi le Larousse, le Petit Robert et le Grevisse (ce dernier étant plutôt connu pour ses tolérances) qui retiennent la graphie « au temps pour moi ». Suivre l’avis de l’ensemble des « institutions » de référence de la langue française (pour une fois qu’elles sont d’accord !) ne me semble pas être un comportement bête et discipliné mais plutôt critique et éclairé. D’autant plus que le billet fait la part belle aux arguments des défenseurs de la graphie « autant pour moi ». Bon après-midi.

      • Samba dit :

        Bah, laissons le temps au temps et au temps deviendra autant.

        Merci d’avoir pris la peine de me répondre, même si je reste sur ma faim et sur ma position, qui est celle de l’ouverture. À l’instar des orthographes traditionnelle et réformée, il conviendrait de laisser ces graphies coexister sans sanctionner l’usage de l’une ou de l’autre. D’ailleurs, les deux étant admises par les ouvrages que vous citez (qui émettent de simples recommandations quant à l’emploi de « au temps », sans doute pour emboîter le pas à l’Académie), il n’y a pas lieu de le faire.

        Toujours cordialement,

        PJ

        • Sandrine dit :

          Je vous en prie ! Attention, quand le Larousse, par exemple, indique que l’expression « doit s’orthographier « au temps ! » (et non « autant ! ») », il ne s’agit pas d’une recommandation. On ne peut donc pas dire que les ouvrages de référence admettent les deux graphies. Bonne journée.

      • Undertaker dit :

        « il y aussi le Larousse, le Petit Robert et le Grevisse (ce dernier étant plutôt connu pour ses tolérances) qui retiennent la graphie « au temps pour moi » ».

        C’est triste de vouloir passer pour expert en langue, sans même connaitre les hiérarchies en matière de source linguistiques.

        Les dictionnaires prennent comme source l’académie Française, donc les citer comme référence revient à être redondant. Multiplier les « références » histoire de donner plus de poids à ses convictions ne marche pas toujours, cependant.

        Et de toute manière, un dictionnaire, c’est avant tout une question de vocabulaire, alors qu’ici il est question de graphie et de sémantique, un domaine qui les dépasse allègrement.

        « Suivre l’avis de l’ensemble des « institutions » de référence de la langue française »

        La seule et unique référence en matière de langue française, c’est l’usage. L’académie est censée le normaliser pour en faire la règle, pas l’interdire ou le dénigrer sous des motifs fumeux. Hors en refusant d’admettre que la graphie « autant » est actuellement utilisée deux fois plus que « au temps » elle ne fait pas son travail correctement.

        • Sandrine dit :

          Bonjour, 1/ C’est faux : sur de nombreux mots et expressions, les dictionnaires ne suivent pas l’avis de l’Académie française. 2/ J’ai remarqué que « sa va » étant plus souvent utilisé sur les chats, forums et réseaux sociaux que « ça va » : est-ce une raison pour l’écrire fautivement ? Bonne journée

    • « Laissons l’usage tranché ». Et bien dans ce cas, accordons les mots invariables, utilisons le subjonctif derrière  » avant/après que » au lieu de l’indicatif. Il y a des règles tranchées par l’Académie française à respecter, comme le code de la route.

      • Sandrine dit :

        Bonjour, Samba a écrit « Laissons l’usage trancher » et non tranché ;-). L’accord du participe passé a bien été tranché, lui ;-). Bonne journée.

      • Samba dit :

        Bonjour,

        Vous soulevez la question intéressante de l’emploi du subjonctif derrière «après que». Savez-vous que d’excellents auteurs se le sont permis ? Sartre, Camus, Perec, Simone de Beauvoir, etc., ont tous dérogé à cette règle que vous estimez «tranchée».

        Sachant cela, à partir de quand doit-on encore estimer un usage comme fautif, toléré, admis, ou encore autorisé ?

        La langue et son emploi ne sont pas figés, qu’on se le dise !

        Cordialement,

        PJ

        • Sandrine dit :

          Bonjour Samba, de tout temps, les auteurs ont pris de grande liberté avec la langue. Voltaire le premier ! C’est le style qu’on attend d’eux, pas l’orthographe. Grevisse, notamment, a pris le parti de donner des exemples tirés d’oeuvres françaises, ce qui revient bien souvent à énoncer une règle, puis à dire immédiatement son contraire. Encore, lorsqu’il s’agit de règles arbitraires, cela peut se comprendre. Mais « après que + indicatif » relève de la pure logique.
          http://www.projet-voltaire.fr/blog/regle-orthographe/apres-quil-a-ou-apres-quil-ait
          Bon après-midi.

          • Samba dit :

            Chère Sandrine,

            Vous parlez de « pure logique » dans notre belle langue qui permet des tournures telles que « bien que + subjonctif » ?

            Je ne pense pas que l’on puisse réduire la question à simplement cela 🙂

            Cordialement,

            PJ

          • Sandrine dit :

            C’est bien pour cela que je reconnais l’existence de « règles arbitraires », mais que je parle de « pure logique » pour « après que + indicatif ». Nous sommes bien sur la même longueur d’ondes :-). Le mode subjonctif exprime la concession, voilà pourquoi on le retrouve après « bien que »…

          • Samba dit :

            Le sujet est vraiment passionnant.

            Une fois encore, où est la logique de l’emploi de l’indicatif dans une phrase telle que « Tu viendras me voir après qu’il est parti » ? La règle ne vous semble pas ici arbitraire ?

            Si vous avez l’occasion de consulter la « Grammaire méthodique du français », je vous invite à parcourir les articles y afférents (X:2.2.3 – Les subordonnées temporelles ; XVIII:2.1, Rem.), vous verrez que la question est à creuser, d’un point de vue purement sémantique.

            J’espère que le fait qu’on s’écarte du sujet initial ne pose pas de problème… En tout cas, ce débat est fascinant.

            PJ

          • Sandrine dit :

            Bonjour PJ, oui, le débat est passionnant ! Dans votre exemple « Tu viendras me voir après qu’il est parti. », l’action de la subordonnée (partir) a lieu avant celle de la principale (venir me voir), d’où l’usage de l’indicatif. En revanche, on écrira « Tu viendras me voir avant qu’il ne parte. » puisque l’action de partir n’est pas réalisée, seulement envisagée, d’où l’usage du subjonctif. Donc, oui, cette règle est logique, mais il y en aurait d’autres bien plus discutables, c’est certain ! Bonne journée et merci pour ces échanges intéressants :-).

          • Pierrick Jeancolas dit :

            Erratum : ne tenez pas compte de mon exemple dans ma dernière intervention, il est évidemment erroné (on dirait « Tu viendras me voir après qu’il sera parti », bien entendu). Mais je maintiens le reste de mon propos, et la source que je cite donne des exemples plus pertinents.

          • Sandrine dit :

            Pas de problème ! Et merci d’avoir partagé cette référence intéressante auprès de nos lecteurs.

          • Samba dit :

            Me revoici, ayant trouvé le temps de vous citer in extenso un passage de la « Grammaire méthodique de français », afin d’apporter un peu d’eau à notre moulin :

            « On est contraint de constater que le subjonctif se répand dans les subordonnées introduites par « après que », contre l’opinion des puristes, qui se fonde sur l’idée qu’il s’agit de faits assertés : « Il repassera nous voir après que nous ayons diné ». On peut invoquer pour expliquer cette anomalie, bizarrement limitée au seul « après que », l’analogie avec « avant que », ou lorsqu’on est dans un récit littéraire au passé, la confusion possible à la 3e personne du singulier entre le passé antérieur et le plus-que-parfait du subjonctif : « Après qu’il eut diné / après qu’il eût diné… » Ou encore, quand on est dans le futur, comme dans l’exemple cité plus haut, la valeur d’éventualité du subjonctif.
            Ces explications ne sont pas pleinement convaincantes. Sans doute faut-il tenir compte du fait qu’ »après que » est la conjonction qui introduit la plus grande « distance temporelle » entre le fait et sa circonstance, et du même coup tend à rejeter celle-ci hors de la situation : c’est ce qui fait sa grande différence avec « sitôt que », « dès que » ; la rupture qu’ »après que » introduit est analogue et symétrique à celle que provoque l’emploi de « avant que ». »

          • Sandrine dit :

            Merci pour ce partage ! Je ne doute pas qu’il y ait quantité de raisons qui poussent à mettre du subjonctif après « après que » (la première étant l’analogie avec « avant que ») ! De plus, il suffit d’ajouter l’adverbe « juste » pour réduire sensiblement la « distance temporelle » ici évoquée : « Je l’ai appelé juste après qu’il est parti » (il vient à peine de fermer la porte derrière lui que je suis déjà au téléphone…). À mon sens, ces considérations ne remettent pas en cause la logique de la construction ;-).

          • Samba dit :

            Absolument. La logique voudrait que…

  12. mickael dit :

    Vous voulez savoir pourquoi « au temps pour moi » est « travestie » en « autant pour moi »? Mais parce que le bon sens (j’insiste sur le sens!) et la logique reprennent le dessus mes amis! Pas besoin de fouiller l’histoire littéraire ou militaire, « au temps pour moi » c’est pour les gens qui écrivent « j’en veux d’avantage » (sans mépris envers eux car ils on [et non! vous avez, ils ONT!] la chance de ne pas avoir d’insomnies à cause de ça)! Mais, sans déconner, quand on y réfléchit deux secondes, la graphie officielle est tirée par les cheveux faut arrêter. Enfin bon, suffit de m’exciter sur ça, je sais comment je l’écrirai pour le restant de mes jours!

    • Sandrine dit :

      Bonjour Mickael, merci de nous faire partager votre point de vue. L’article vise justement à mettre en balance les arguments des deux « camps » pour inciter au débat. L’étymologie légitime la forme « au temps »; le (bon) sens, comme vous dites, est plutôt du côté de « autant ». Comme souvent, l’usage finira par trancher définitivement !

    • Pascal C. dit :

      Bonjour Mickael,
      Certes, l’usage finira par trancher. En même temps, je ne résister pas à l’envie de résister à l’usage qui, fort souvent, se laisse tenter par la facilité.
      Si l’on ne résiste pas, en poussant la logique jusqu’au bout, nous finirons tous par parler anglais, un mauvais anglais qui plus est. Une langue pleine de bon sens, tout à fait logique, mais ô combien limitée en termes de nuances et de vocabulaire (je m’attends d’ores et déjà à une volée de bois vert des anglophones/anglophiles, mais j’assumerai).
      Je continuerai donc pour par ma part à écrire ‘au temps pour moi’.
      Mais chacun est libre, bien entendu.
      Par ailleurs, avoir simplement la liberté et prendre le temps de discuter de cela est tout bonnement du plaisir.
      Pascal C.

      • BORETTI dit :

        Combien je suis d’accord avec vous, Pascal C. ! Alsacien de naissance mais néanmoins français ( ) et pas seulement administrativement, tout en défendant comme vous une certaine liberté ( de graphie, en l’occurrence ), je désapprouve et déplore amèrement la simplification, le nivellement de notre belle langue française et, par la même occasion et sans que cela soit nullement contradictoire, bien au contraire, la disparition inéluctable des langue régionales qui, loin de nous éloigner de notre langue nationale, tout au contraire nous unissent dans la diversité de nos cultures. Mon fils se fait un devoir d’écrire des ‘mini-messages’ ( téléphone mobile ) remarquables par leur qualité d’expression et l’absence de fautes, à comparer aux courriels professionnels que je recevais alors quotidiennement, en provenance de personnes bien plus qualifiées et instruites que moi. Ne parlons pas des articles de journaux qui semblent n’avoir jamais été relus avant l’impression…
        Merci pour votre courage et longue vie à la langue française écrite comme il se doit.

      • Samba dit :

        Bonjour,

        Voilà la volée de bois vert attendue 🙂 Haha, non, rien d’aussi radical !

        Si vous parlez du mauvais anglais, le « globbish », j’approuve votre point de vue.

        Mais si vous sous-entendez que l’anglais, le vrai, est une langue pauvre en nuances et vocabulaire, alors je vous invite à lire de bons auteurs classiques. Vous serez surpris !

        Cordialement,

        PJ

        • Pascal C. dit :

          Merci Boretti. Cela est cependant un bien petit courage comparé à d’autres. Bravo pour votre fils, les miens le font aussi.

          Pour Samba, je parlais du globbish bien entendu. Je n’ai déjà pas la prétention d’être un expert en Français je me garderai bien d’avoir un avis sur la vraie langue de Shakespeare.
          On a tous à apprendre des nuances des autres langues je pense. Je crois me souvenir qu’il y quinze mots différents en Inuit pour qualifier ce que nous nommons simplement ‘blanc’.

  13. Nefer dit :

    Bonjour,
    L’article est intéressant merci, je tenais simplement à revenir sur votre affirmation que l’académie frnçaise est formelle, je suppose que vous tenez ça d’ici : http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/questions-de-langue#16_strong-em-au-temps-pour-moi-em-strong
    Je ne vois nulle part une prise de position ferme, il y a une différence entre « Cette formulation est fausse »et « Rien ne justifie cette formulation ». D’autant que comme le disent des lettrés comme Maurice Grevisse ou Claude Duneton, il est impossible de prouver que « au temps » vient du langage militaire et n’est pas une déformation de « autant »
    J’ai plutôt l’impression que le sujet continue à faire débat, même au sein des hautes instances. D’ailleurs il est intéressant de noter que la même expression en anglais se dit « So much for ».

    Pour finir, objectivement et du point de vue de la logique pure, l’utilisation de « autant » reste bien plus adaptée au contexte d’utilisation de cette expression.

    • Sandrine dit :

      Bonsoir, vous dites : « j’ai plutôt l’impression que le sujet continue à faire débat ». C’est bien pour cela que l’article, dans sa 3e partie, donne la parole aux défenseurs de « autant pour moi », afin que chaque « camp » soit représenté :-). Mais ce n’est pas parce que des voix s’élèvent pour critiquer une graphie que celle-ci doit prendre la place de la graphie conforme à l’usage, légitimée par l’étymologie, et validée, entre autres, par l’Académie française. En conclusion, dans l’état actuel des choses, écrire « autant pour moi » n’est pas correct… en tout cas jusqu’à nouvel ordre ! Bonne fin de journée.

  14. Pascal C. dit :

    Bonjour,
    Précision concernant l’expression italienne ‘al tempo’ : elle est particulièrement utilisée en musique. Il s’agit d’une annotation, généralement au-dessus de la portée, qui indique à l’interprète de reprendre à cet endroit le rythme (le tempo) d’origine après un passage où l’on a accéléré ou ralenti.

  15. david dit :

    Je pensais , je croyais, je disais « autant pour moi  » qui me semblait être, faute de culture , comme une reconnaissance de mon erreur face à un interlocuteur , donc « au temps pour moi »

    • Sandrine dit :

      Bonjour Kathia, vous rejoignez la position de l’écrivain Claude Duneton indiquée dans le billet. Pour lui, l’expression doit s’entendre de la manière suivante : « Je ne suis pas meilleur qu’un autre, j’ai autant d’erreurs que vous à mon service : autant pour moi. ». Seule la référence à l’origine militaire de l’expression permet d’en comprendre et d’en retenir la graphie. Vous êtes donc toute pardonnée ! 😉

    • mickael dit :

      David, ta première impression était la bonne, sur ce coup ne pas se fier à la version officielle, mais à son bon sens. Et « au temps pour moi » ne tient pas cinq secondes face au bon sens. C’est la culture qui est en faute! Enfin bon tout ça pour dire que je suis d’accord avec le 2° et le 3°, c’est ce qu’il y a de plus logique à mes yeux.

  16. Aussi curieux que cela puisse paraître, j’avais lu un jour que cette expression se rapportait au jeu d’éehec. Encore un mystère ! Merci de votre blog.

  17. Julien Hacharmet dit :

    J’en apprends et je m’en réjouis. Il me semblait que cette expression « au temps pour moi » émanait du langage de la danse. Lorsqu’un danseur (de haut vol, cela va de soi, on ne parle pas de guinguettes) ratait un mouvement, il devait avouer sa faute et revenir au temps où il n’exécutait pas le bon pas. « Au temps pour moi », devait-il annoncer à son chorégraphe. J’avoue utiliser cette expression selon sa forme originelle, même si celle-ci a tendance à choquer. Mais il y a tellement de phrases toute faites qui ont été déformées avec le temps… Je n’en citerais qu’une à titre d’exemple. Tout le monde s’accorde pour employer la locution le « gîte et et le couvert », pour désigner le repas et le lit. Or, la vraie locution est le « vivre et le couvert ». Le couvert étant synonyme de toit. Ceux qui ne pouvaient s’offrir « vivre et couvert » mangeaient à leur faim. Mais ils couchaient dehors. D’où les noms à coucher dehors…

    • Sandrine dit :

      Oui, c’est pourquoi il est indiqué dans l’article que « au temps ! » se disait à l’origine dans le cadre d’exercices militaires ou gymniques (ce qui inclut la danse). Merci enfin pour votre mise au point sur l’expression « le vivre et le couvert » et votre petit clin d’oeil final : un délice ! 🙂

  18. mamiehiou dit :

    Bonjour aux amoureux de la langue française !
    Je me suis penchée sur le choix qu’on devait faire entre les expressions autant pour moi et au temps pour moi. Sauf à vouloir être catégorique et à se conformer à l’Académie, je ne crois pas qu’il soit aussi simple de trancher.
    http://mamiehiou.over-blog.com/au-temps-pour-moi-ou-autant-pour-moi

    Controverse : voir le commentaire de Benoît dans :
    http://mamiehiou.over-blog.com/article-les-mauvaises-manieres-de-parler-le-fran-ais-les-barbarismes-quiz-30-78091914.html

    Académie 8e édition : Prov. et fig., Autant en emporte le vent, se dit en parlant de Promesses auxquelles on n’ajoute pas foi ou de Menaces dont on ne craint point les effets.

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Mamiehiou, c’est parce que la question n’est pas, de prime abord, évidente, que nous avons indiqué les arguments des partisans de « autant ». Il n’en reste pas moins que l’origine de l’expression, sur laquelle se basent désormais Larousse, Grevisse et l’Académie française, valide l’orthographe « au temps pour moi ». Enfin, les expressions « autant en emporte le vent » et « au temps pour moi » n’ont pas du tout le même sens.

  19. Jean-Yves Malmasson dit :

    Bonjour !
    Le regretté linguiste Claude Duneton, que j’ai eu l’immense bonheur de rencontrer dans les dernières années de sa vie, était résolument partisan de « Autant pour moi »…

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