« tout heureuse » ou « toute heureuse » ? « tout honteuse » ou « toute honteuse » ?


Erreur couramment commise

On n’entend pas de différence entre « tout heureuse » et « toute heureuse ». Dès lors, comment savoir s’il faut ou non mettre un « e » à « tout » ?

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Règle (comment ne plus commettre cette erreur)

Pour savoir si « tout » prend un « e » devant un adjectif féminin commençant par « h », il faut déterminer si le « h » est aspiré. Un « h » est dit aspiré quand il ne supporte ni liaison ni élision : on ne dit pas « l’honte » mais « la honte ».

Ensuite, il faut appliquer la règle suivante : « tout » placé devant un adjectif féminin commençant par un « h » aspiré prend un « e ». Sinon, il reste invariable.

> Elle est toute honteuse.

mais

> Elle se sent tout humiliée.

Avis de l’expert – Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, professeur agrégé de lettres modernes

On n’hésitera jamais, comme cela est opportunément suggéré ci-dessus, à interroger la famille afin d’établir si le « h » de tel adjectif est muet ou aspiré. Tout en se rappelant qu’il est, au sein de toutes les familles, des brebis galeuses qui peuvent vous égarer : gardez-vous de déduire de l’héroïsme ou de l’héroïne, par exemple, que le « h » de héros est muet ! Il est vrai que la liaison, dans « des héros », serait non seulement désagréable à l’oreille, mais en outre contre-productive !

Exercices (cherchez les erreurs)

  1. Cette chevelure toute hérissée me rappelle ma période punk.
  2. Marguerite est revenue de la Réunion tout hâlée.
  3. L’âme toute habitée par l’appel divin, la sainte passa la nuit à prier.
  4. Voici venir la mariée, tout habillée de blanc.
  5. La mer est tout houleuse, ne vous y aventurez pas.
  6. Après une heure dans le sèche-linge, la nappe est encore toute humide.
  7. Elle a pris la parole d’une voix toute hésitante.
  8. Après un tel revers, la victoire semble tout hypothétique.
  9. Tout hautaine qu’elle était, elle ne m’a pas impressionné.
  10. Après une si longue absence, elle sera tout heureuse de le revoir.

Réponses

  1. Phrase correcte.
  2. Faux. Il faut écrire : Marguerite est revenue de la Réunion toute hâlée. Dans « le hâle », nom correspondant à l’adjectif « hâlé », le « h » est aspiré. Par conséquent, devant « hâlée », « tout » s’accorde, et on écrit « toute hâlée ».
  3. Faux. Il faut écrire : L’âme tout habitée par l’appel divin, la sainte passa la nuit à prier. Dans « l’habitation », nom correspondant à l’adjectif « habité », le « h » n’est pas aspiré. Par conséquent, « tout » devant « habitée » reste invariable.
  4. Phrase correcte.
  5. Faux. Il faut écrire : La mer est toute houleuse, ne vous y aventurez pas. Devant un adjectif féminin commençant par un « h » aspiré, « tout » s’accorde. C’est le cas ici : dans « la houle », nom correspondant à l’adjectif « houleux », le « h » est aspiré.
  6. Faux. Il faut écrire : Après une heure dans le sèche-linge, la nappe est encore tout humide. Devant un adjectif féminin ne commençant pas par un « h » aspiré, « tout » reste invariable. C’est le cas ici : dans « l’humidité », nom correspondant à l’adjectif « humide », le « h » n’est pas aspiré.
  7. Faux. Il faut écrire : Elle a pris la parole d’une voix tout hésitante. Dans « l’hésitation », nom correspondant à l’adjectif « hésitant », le « h » n’est pas aspiré. Par conséquent, « tout » devant « hésitante » reste invariable.
  8. Phrase correcte.
  9. Faux. Il faut écrire : Toute hautaine qu’elle était, elle ne m’a pas impressionné. Dans « la hauteur », nom correspondant à l’adjectif « hautain », le « h » est aspiré. Par conséquent, devant « hautaine », « tout » s’accorde, et on écrit « toute hautaine ».
  10. Phrase correcte.

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Auteurs :
Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, professeur agrégé de lettres modernes
Agnès Colomb, auteur-adaptateur, correctrice professionnelle
Pascal Hostachy, cofondateur du Projet Voltaire et de la Certification Voltaire

10 réponses à « tout heureuse » ou « toute heureuse » ? « tout honteuse » ou « toute honteuse » ?

  1. Andromaque dit :

    Le « h » aspiré et le « h » muet à l’initiale d’un mot

    On distingue en français deux « h », le « h » aspiré et le « h » muet.

    1) Le « h » aspiré est considéré comme une consonne à part entière et n’autorise de ce fait ni liaison ni élision. Techniquement parlant, on dira que le « h » aspiré a une valeur disjonctive. Le mot concerné est alors abordé par un coup de glotte, noté [ʔ].

    Ex : la honte, le homard, la hanche, le haricot, le hamster, le hibou, le hérisson, je heurte la table, je hisse le drapeau, cela me hérisse,…

    Sur le plan étymologique, Il s’agit principalement de mots d’origine francique ou germanique. En français moderne, ce « h » aspiré ne correspond plus à aucun son. En revanche, aux XVIe et XVIIe siècles, en ancien et moyen français, les mots dotés d’un tel « h » à l’initiale se prononçaient avec une aspirée à l’instar de l’allemand et de l’anglais.

    Il subsiste de nos jours des survivances de ces variétés archaïques de français. En Alsace, en français acadien et en créole antillais, l’Acadie et les Antilles ayant été colonisées au XVIIe siècle par la France.

    Pour savoir si le « h » initial d’un mot est aspiré ou muet, on consultera un dictionnaire. Le « h » aspiré sera marqué d’un signe diacritique et donc précédé dans la transcription phonétique d’une apostrophe, d’un accent grave ou encore d’un astérisque.

    Ex : hibou → [‘ibu], [`ibu], [*ibu]

    2) Le « h » muet est considéré comme inexistant et ne joue de ce fait aucun rôle dans la prononciation du mot. Ce « h » purement graphique autorise donc la liaison et l’élision.

    Ex : l’heure, l’héroïne du roman, l’histoire, les habitations, j’habite, j’humidifie le linge, s’harmoniser avec qun,…

    Sur le plan étymologique, il s’agit de mots d’origine latine ou grecque.

    Enfin, puisque le « h » muet n’intervient pas dans la prononciation, il n’apparaît tout simplement pas dans la transcription phonétique.

    Ex. : heure → [œR]

  2. Guillaume dit :

    bonjour à tous!!! J’ai un petit problème qui est que je ne sais jamais quand un » h » est aspiré ou pas, comment faire ?

    • Sandrine dit :

      Bonjour Guillaume, le « h » aspiré ne permet pas l’élision* ni la liaison. Exemples : le handicap, les handicaps.
      À l’inverse, le « h » muet autorise l’élision et la liaison. Exemples : l’habileté, il est très-z-habile.
      * élision = On supprime la voyelle finale du mot qui le précède et on la remplace par une apostrophe.
      Bonne journée.

    • Andromaque dit :

      Bonjour Guillaume,

      Pour savoir si le « h » initial d’un mot est aspiré ou muet, il faut consulter un dictionnaire. Le « h » aspiré sera marqué d’un signe diacritique et donc précédé dans la transcription phonétique d’une apostrophe, d’un accent grave ou encore d’un astérisque.

      Ex : hibou → [‘ibu], [`ibu], [*ibu]

      Le « h » étant aspiré, je dirai donc le *hibou, de même le *hérisson, les *haricots (sans liaison).

      Le « h » muet quant à lui est purement graphique, il n’apparaîtra pas donc pas dans la transcription phonétique.

      Ex. : heure → [œR]

      Le « h » étant muet, je dirai donc l’heure, de même l’histoire ou les honneurs (avec liaison).

      Essayez, vous verrez, c’est très simple.

      Bien cordialement

  3. Pauline dit :

    Bonjour,

    Je comprends bien cette règle mais n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi on écrit « à toute heure » alors que le « h » de « heure » n’est pas aspiré (on fait bien la liaison quand on dit « une heure, deux heures »). Alors, est-ce une exception ?

    Par avance merci !

    • Sandrine dit :

      Bonjour Pauline, dans votre exemple, « tout » est un adjectif et non un adverbe : il s’accorde donc en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie, ici, « heure », féminin-singulier. Par conséquent, la règle énoncée dans ce billet ne s’applique pas à votre exemple. Bonne journée !

  4. DEPECKER JEANNE MARIE dit :

    Dans la phrase: « Par quelles transes horribles nous sommes passés  » faut il faire la liaison orale du pluriel à « horribles »? débat de famille sur une dictée à propos des poilus de 1914…merci

    • Sandrine dit :

      Bonsoir Jeanne-Marie, dans votre exemple, le « h » de l’adjectif « horrible » est muet, c’est-à-dire qu’il autorise l’élision de l’article (l’horrible…) et les liaisons. C’est comme si l’on considérait directement la voyelle qui suit le « h ». Cela étant, les liaisons entre un nom au pluriel et l’adjectif qualificatif qui le suit (exemples : des enfants agréables, des bois immenses, des habits élégants) sont dites « facultatives ». Par conséquent, si la liaison dans « transes horribles » est normale, on ne pourra vous tenir rigueur de ne pas la faire ! Bonne soirée.

  5. ambre dit :

    Est-ce que pour les nom communs cette règle s’applique aussi ?

    Dit-on toute amende pour un manquement au code de la route ou tout amende pour un manquement au code de la route ?

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