Concours international d’éloquence de Paris 1, le gagnant 2019 raconte !

Près de 400 personnes ont retenu leur souffle sous la coupole du Panthéon le 21 mai 2019, lors de la finale du concours international d’éloquence de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Huit finalistes s’affrontaient devant un jury parrainé par la comédienne Nathalie Baye. Une soirée d’exception soutenue par la Fondation Voltaire, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et TV5 Monde. Julien Carrance, grand gagnant de l’édition 2019, livre son témoignage en exclusivité pour les lecteurs du blog Projet Voltaire.

Julien Carrance, vous êtes tout juste lauréat du grand prix de l’édition 2019. Quelle a été votre réaction à l’annonce des résultats ? Comment vous étiez-vous entraîné pour atteindre ce niveau ?

Quelle émotion ! Chaque tour de ce concours d’éloquence a été pour moi une angoisse ; à l’issue de ma prestation en finale, j’étais assez satisfait mais les concurrents étaient de taille, le doute avait toute sa place. C’est encore une grande joie pour moi d’avoir remporté le grand prix de ce concours, entouré par mes amis, ma famille. Je suis heureux et très fier.

Ce concours d’éloquence m’a beaucoup appris. Je me suis véritablement cherché en tant qu’orateur. Les premiers tours ont été difficiles pour moi car, paradoxalement, je suis plus à l’aise pour m’exprimer devant un large public en amphithéâtre que pour prendre la parole devant quelques personnes dans une salle de cours. Je restais trop figé dans la lecture de mon discours. Lors de la demi-finale, j’ai pris le risque de me présenter sans mes notes devant le public. On peut dire aujourd’hui que cette méthode était la bonne ! En finale, j’ai privilégié l’instant et j’ai ajouté une partie d’improvisation dans ma prestation afin de me différencier de mes concurrents. L’humour m’a aussi aidé à les distancer. Car l’important selon moi est d’écrire son discours pour son public. Il faut que celui-ci se sente impliqué, touché, ému par nos propos. C’est ainsi qu’il sera convaincu.

Nous avons remarqué que vous n’aviez pas de notes lorsque vous vous êtes présenté devant le jury. Comment faites-vous ? Comment l’association étudiante Révolte-toi Sorbonne vous a-t-elle aidé ?

Déambuler dans le Panthéon avant la finale a été une source d’inspiration pour moi. J’ai pris conscience de l’importance de ce concours. Je me suis dit que c’était possible. J’ai décidé, une heure avant de monter sur la scène, de modifier mon discours et de laisser de la place à l’improvisation afin de me distinguer de mes concurrents. Sans notes, j’ai fait confiance à ma mémoire et cela m’a plutôt réussi.

Je pratique l’éloquence depuis plus d’un an, mais je stagnais, alors j’ai rejoint l’association Révolte-toi Sorbonne il y a quatre mois. L’entraînement avec l’association m’a appris à structurer mon discours, à capter l’attention, à varier mes approches. Je viens d’une classe préparatoire en théâtre à Fénelon, ce qui me prédisposait à la prise de parole en public ; j’ai commencé par maîtriser mon corps, mes émotions, mais restait à trouver le juste équilibre entre le texte et l’instant. La rencontre avec mon mentor Jean-Baptiste Kefalas au sein de cette association a été décisive pour y parvenir. Il m’a énormément accompagné tout au long de mon entraînement, il est devenu un véritable ami. Je le remercie vivement pour son aide.

Pour vous, qu’est-ce que l’éloquence ? Et en quoi ce concours peut-il vous aider à avancer dans vos démarches professionnelles ?

L’éloquence est un exercice oral. Il n’y a pas d’éloquence sans oralité. Il n’y a pas non plus d’éloquence sans un public, sans un destinataire. Prendre la parole, c’est sortir de l’anonymat. Savoir convaincre, c’est s’émanciper, avoir la maîtrise de son destin, être libre.

Mon statut de lauréat du concours international d’éloquence de Paris 1 va m’apporter du crédit lors de mes entretiens de stage, c’est certain. À l’issue de mon double cursus en communication (Celsa) et en droit (Paris 1), ce qui est sûr, c’est que je souhaite faire un métier où la parole est au cœur de mon parcours professionnel. Mon rêve serait de devenir l’un des douze secrétaires de la Conférence des avocats du barreau de Paris. J’espère que mon titre de lauréat me permettra de mettre en valeur mes talents d’orateur auprès de la Conférence.

Pour être éloquent, il faut maîtriser la langue française. Pensez-vous que cette compétence soit spécifiquement réservée à l’élite ?

L’éloquence s’est démocratisée. Elle arrive dans tous les milieux. La preuve avec les nombreux concours d’éloquence qui voient le jour dans la France entière, dans les quartiers, et plus uniquement dans les milieux parfois fermés des grandes écoles et universités.

Les associations d’éloquence se délocalisent, vont donner des cours dans les quartiers. La maîtrise de la langue est aujourd’hui accessible à tous.

Ces compétences s’acquièrent avec du travail. Tout le monde peut y arriver. Par le travail de la pratique mais aussi de la théorie. C’est un apprentissage qui ne se termine jamais. Il faut connaître les règles pour s’en affranchir.

Le mot de la fin ?

Être orateur, c’est se transformer. C’est aussi se trouver. Dans ce concours très singulier par sa durée et par sa dimension élargie à toute la francophonie, on découvre une variété inattendue d’éloquences, cela permet de se remettre en cause, ça nous sort du Quartier latin. Vivement l’an prochain, mais comme juré cette fois !

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