Quinze mots latins que nous employons tous les jours (ou presque)


Nul besoin d’avoir étudié le lLatinWallatin à l’école ou d’être spécialiste de la Rome antique, ni même du romantisme d’ailleurs, pour parler latin. Un certain nombre de mots que nous employons régulièrement sont des termes latins qui sont passés tels quels dans notre vocabulaire. Sans toujours en être conscients, nous parlons latin en famille, entre amis, au bureau… Voici la liste (non exhaustive) des principaux mots latins dont nous nous servons, et qui sont autant d’hommages à la langue de Cicéron.

1 – agenda. Dérivé du verbe latin agere, qui a donné « agir », l’agenda était, au Moyen Âge, le registre des offices du jour. En créant l’agenda « dans le nuage » (cloud), nous n’avons fait que renouer avec son origine divine !

2 – a priori. Comme a posteriori, il est apparu dans le langage scientifique au XVIIe siècle. A priori désigne ce qui est fait « avant vérification par l’observation ou l’expérience ». Employé comme nom, il est synonyme de « préjugé ».

3 – et cetera. Cette locution latine, également orthographiée et caetera, signifie littéralement « et tous les autres ». En français, on la prononce [étsétéra] et on l’abrège « etc. »

4 – fac-similé. Le latin fac simile veut dire « fais une chose semblable ». Il est devenu fax, par emprunt à l’abréviation anglaise de fac-simile, puis « télécopie » en bon français. Pour en arriver là, il eût été plus simple de conserver le latin !

5 – gratis. Le latin gratis signifie « gracieusement, par complaisance ». De nos jours, est gratis ce qui ne coûte rien (un spectacle gratis). Le terme est concurrencé par « gratuit ».

6 – idem. Littéralement, idem est « la même chose ». Depuis que Patrick Swayze a répondu « idem » au « je t’aime » de Demi Moore dans le film Ghost (1990), cet adverbe est devenu hautement romantique !

7 – libido. C’est Freud qui, au début du XXe  siècle, a fait passer ce nom latin signifiant « désir, envie » dans le vocabulaire français. Si l’on en croit le psychanalyste, la libido est la manifestation de la pulsion sexuelle.

8 – maximum. D’abord terme scientifique, maximum, « le plus grand », s’oppose à minimum. À propos, dit-on « réduire au maximum » ou « au minimum » ? Le premier met l’accent sur l’action de réduire, le second sur le résultat !

9 – quiproquo. Ce nom est la forme soudée du latin quid pro quod, c’est-à-dire « prendre une chose pour une autre ». À l’origine, il était utilisé dans la langue des pharmaciens pour désigner la substitution volontaire ou non d’un médicament à un autre !

10 – récépissé. C’est l’abréviation de la formule latine cognosco me recepisse, « je reconnais avoir reçu », qui s’écrivait jadis sur les reçus.

11 – recto. Par opposition à verso, recto désigne la première page d’une feuille de papier. C’est l’abréviation de folio recto. Le premier mot a été repris par une grande maison d’édition. Le second vient de rectus qui signifie « droit » et a donné « rectal ».

12 – summum. Nom latin désignant le sommet. C’est à la fin du XIXe siècle qu’il prend le sens figuré de « comble » ou « apogée », qu’il soit positif ou négatif (le summum de la bêtise).

13 – ultimatum. Au XVe siècle, l’ultimatum consilium était la dernière décision. Désormais, c’est une exigence irrévocable qui doit être satisfaite dans un délai fixé, spécialement dans le cadre des relations entre États.

14 – visa. Chez les Romains, le visa, littéralement « choses vues », se plaçait sur des actes qui avaient été vérifiés. Apposé sur nos passeports, c’est le sésame qui nous permet de passer les frontières.

15 – vidéo. En latin, video signifie « je vois ». Littéralement donc, « voir une vidéo » revient à dire deux fois la même chose. À noter que dans « jeux vidéo », vidéo est traditionnellement invariable.

N.B. Vous l’aurez remarqué, la plupart de ces mots empruntés suivent les règles d’accentuation des mots français. Seules quelques locutions comme a priori/a posteriori résistent à la francisation, bien que les rectifications orthographiques de 1990 aillent dans ce sens.

 Sandrine Campese


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Contributrice et modératrice

16 réponses à Quinze mots latins que nous employons tous les jours (ou presque)

  1. Pr S. Feye dit :

    Sed cur non statim non dicitis Latine. Lingua enim Latina difficilis non est;

  2. chaima dit :

    bonjour et merci pour ton effort c est très intéressant est ce que verso un mot latin ?

  3. 15 mots c est trop petit j ai besoin de 20 mots et leur définition .moi?👎

  4. KAPO dit :

    Merci pour toutes ces précisions

  5. Pr S. Feye dit :

    Haec omnia, et colloquia quoque meliora essent si Latine dicerentur.

    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques
    http://www.scholanova.be
    http://www.concertschola.be
    http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146

  6. Katell dit :

    Merci pour cet article; Ce que j’aimerais savoir, c’est, pourquoi avons nous garder ces termes ?

    Merci

    • Sandrine dit :

      Bonjour Katell, je vous en prie ! Si vous souhaitez creuser le sujet (et notamment le « pourquoi »), je vous renvoie à l’excellent livre d’Henriette Walter, Minus, lapsus et mordicus. Nous parlons tous latin sans le savoir, Éditions Points, Le Goût des mots. Bon après-midi.

  7. louise dit :

    Un article tres intéressant mais d’autre mot serait les bienvenue

    • Sandrine dit :

      Bonjour Louise, d’autres mots seraient les bienvenus, sans doute, ils sont toujours les bienvenus sur notre blog ! 😉 Ici, il ne s’agissait pas de dresser une liste complète des mots latins passés en français, mais de donner des exemples (15 tout de même !) de mots latins passés en français que nous utilisons quotidiennement. Néanmoins si un terme courant manque à la liste, n’hésitez pas à nous l’indiquer. Bonne journée !

  8. Une autre collection de termes latins a été rassemblée dans une structure proposée par la méthode publique Praxeme. Il s’agit de l’Organum (ça commence bien !), utilisé pour organiser la matière de projets. C’est aussi la structure du wiki de l’association « Praxeme Institute ». Voir : http://wiki.praxeme.org/index.php?n=Organum.Organum

    L’intérêt de recourir à des termes latins apparaît dans les projets internationaux : en tout cas, les termes retenus dans l’Organum subsistent tels quels dans la plupart des langues européennes, et y sont même parfois courants. Curieusement, on observe de grandes variations dans les usages de ces termes, d’un pays à l’autre. L’anglais, notamment, recourt sans complexe aux emprunts : « thesaurus » et « syllabus » y sont d’usage plus courant qu’en français (en fait, c’est vrai de presque tous les termes retenus).
    Il est, cependant, une limite à l’usage des termes latins : le soupçon de pédantisme ! C’est triste.

  9. didier dit :

    Bonjour

    très intéressant, comme toujours, mais j’aimerais une clarification, pour « a priori » je suis d’accord sur l’absence d’accent par contre sur récépissé pourquoi y a t’il des accents ? le latin en comporte ? excusez la naïveté de la question.

    Cordialement

    • Sandrine dit :

      Bonjour Didier, ravie que le sujet vous ait plu ! Comme indiqué dans l’article, le latin recepisse ne comporte pas d’accent, tout comme video ou fac simile. Passés dans notre vocabulaire, ces mots ont été soumis aux même règles d’accentuation que les mots français. « A priori » fait donc partie des exceptions. On a le choix de l’accentuer ou non, tandis que dans les autres exemples, oublier l’accent constitue une faute. Le temps permettra sans doute d’harmoniser la règle.

      • Chambaron dit :

        Bonsoir Sandrine,

        Un premier article sur ce sujet s’imposait. Merci de l’avoir fait !
        En revanche, et j’en suis marri, pas un mot sur la typographie des mots francisés ou non. Prioritairement, on doit savoir si le mot ou l’expression est « francisé » : c’est la vocation de l’italique, que ce diable de blog ne permet pas d’utiliser dans les réponses (merci de transmettre au webmestre !).
        Donc, on écrit « a priori » en italique pour montrer son caractère étranger d’origine ou « à priori » en romain si on le francise !
        Ce n’est pas de la gaudriole : ce sujet est critique eu égard au nombre important de mots étrangers en circulation dans notre langue et aux perpétuels débats sur leur intégration. Le cas des anglicismes en cours d’acclimatation en fait partie.
        Typiquement, le pluriel de scenario/scénario, qui donne scenarii (non francisé, en italique), ou scénarios (francisé, en romain). Les deux sont acceptables, mais dans leur bonne typo.
        La question s’intensifie lorsqu’on débat des expressions : comment pouvez-vous franciser dans un texte les « in extremis », « good bye », « sotto voce » ou « auf Wiedersehen », sinon en les gardant dans leur jus d’origine, soit en italique ? Mozart a composé de superbes andantes (francisé), mais aussi quelques sublimes « andante cantabile » (non francisé, en italique).

        Chambaron
        Anno Domini (en italique) 2015

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