Nouveaux mots du Larousse et du Robert : que disent-ils de nous ?

En mai, quantité de néologismes ont fait leur entrée dans les pages de nos chers dictionnaires, Le Petit Larousse illustré et Le Petit Robert. Ces mots, dont le choix est dicté par l’usage, constituent une photographie de notre société à un instant donné. Autrement dit, ils en disent long sur nous ! Quels sont nos goûts, nos habitudes, nos craintes, nos aspirations en cette fin de décennie ? La meilleure façon de le savoir est de passer en revue les nouveaux venus…

Nous promouvons nos régions et la francophonie

L’adjectif amitieux, employé en Belgique et en France (Grand Est), signifie « aimable, affectueux ». Si votre chat ou votre chien est amitieux, il ne s’enfuit pas quand vous tentez de lui faire un gâté. Un gâté ? Oui, un câlin, une étreinte bien connue des Provençaux. Peut-être, Mesdames, serrez-vous votre animal contre votre tututte ? C’est ainsi que l’on désigne la poitrine dans les Hauts-de-France.

Avis aux curieux ! Venu du Grand Est, le verbe beuquer désigne le fait de regarder derrière une porte. Mais qui cherchez-vous donc à enfirouaper, c’est-à-dire « tromper, duper », comme on dit en français québécois ?

Toujours au Québec, faire son épicerie, c’est « faire ses commissions », bien utile avant de faire le quatre-heures, c’est-à-dire « prendre le goûter », chez nos amis suisses. Vous êtes invité(e) à un anniversaire ? Vous allez certainement cadeauter votre hôte : lui « offrir un cadeau », en français d’Afrique.

Si l’on veut pouvoir jober, exercer un job, en Belgique, gare au niaisage, terme québécois désignant le fait de perdre son temps le nez au vent, pendant la bloque, la période de révision avant un examen (autre belgicisme !).

Nous apprécions la bonne chère d’ici et d’ailleurs

Cette année, la gastronomie nipponne est à l’honneur ! Pas moins de trois plats japonais à base de nouilles ont fait leur entrée dans les dictionnaires : le ramen (nouilles servies dans un bol de bouillon), le soba (pâtes à la farine de sarrasin, très fines, consommées chaudes ou froides) et l’udon (nouilles japonaises épaisses). Sans oublier l’azuki, le haricot rouge du Japon !

Du point de vue culinaire, le sud de l’Europe est également bien représenté. Vous pouvez désormais, en vous réclamant du dico, déguster un verre de prosecco (vin blanc pétillant italien) accompagné d’une tranche de serrano, le fameux jambon ibérique.

Avis aux grands gourmands ! Les dictionnaires accueillent une spécialité galloise dont le nom lui-même a de la consistance : le welsh, plat à base de bière brune, de pain de mie, de cheddar fondu, de moutarde, d’œuf et de jambon, suivant les recettes…

Vous êtes plutôt « sucré » ? Voici le stollen, gâteau de Noël alsacien recouvert de sucre glace, souvent fourré à la pâte d’amandes, contenant des fruits confits, des amandes et des raisins secs macérés dans du rhum. Vous voilà benaise, mot charentais signifiant que vous éprouvez une sensation de bien-être, surtout après avoir bien mangé et bien bu !

Attention, tout de même, à ne pas klouker (« manger avec avidité, se goinfrer », en Bretagne) trop de dagoberts (« sandwichs », en Belgique), au risque d’être gonfle, « qui a trop mangé, trop bu » en Provence. Encore de savoureux régionalismes !

Nous sommes connectés et vigilants

La généralisation des nouvelles technologies nécessite une adaptation constante du vocabulaire. Voici différents néologismes tous construits par préfixation (ajout d’un préfixe) : cyberharcèlement, « harcèlement virtuel, notamment sur les réseaux sociaux », cyberdjihadisme, « utilisation du réseau Internet pour promouvoir le djihadisme », et vidéoverbalisation, « verbalisation effectuée à l’aide de caméras de surveillance ».

Nous veillons collectivement à ce que la fachosphère, l’« ensemble des partis politiques de la mouvance fasciste et, plus largement, d’extrême droite » ne propage pas d’infox, mot-valise composé de info + intox désignant une information mensongère.

Ont été admis quelques anglicismes qui ne semblent pas avoir trouvé d’équivalents aussi brefs dans la langue de Molière. C’est le cas de scroller, « faire défiler un contenu sur un écran informatique », du deep learning, « technologie basée sur des réseaux de neurones artificiels » ou encore de darknet, « partie du web inaccessible via les moteurs de recherche classiques ».

Saluons l’entrée du québécisme divulgâcher, francisation réussie de l’anglais spoiler, « révéler un élément clé d’une intrigue d’une œuvre de fiction ».

Nous sommes soucieux de l’environnement

Face à l’agrobusiness, l’« ensemble des activités économiques liées à la filière agricole et à l’industrie agroalimentaire », et à l’écocide, « destruction totale d’un milieu naturel », nous favorisons la permaculture, la culture proche de la nature, le bioplastique ou « plastique biodégradable », le lombricompostage, « dégradation des ordures organiques par des vers de compost », et enfin la dédiésélisation, « réduction du nombre de véhicules fonctionnant au diesel ».

Les pratiques alimentaires respectueuses de la nature font de plus en plus d’adeptes, comme le locavorisme, le fait de manger des produits locaux et de saison, et le véganisme, le fait de ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. Plus radical, l’antispécisme place sur un pied (ou patte !) d’égalité l’homme et l’animal.

Nous aimons la douceur de vivre

Une personne victime de bore-out, « l’ennui profond au travail » (formé sur burn-out, l’« épuisement au travail »), ou de bigorexie, « addiction à l’activité physique », devrait expérimenter le cocooning à la suédoise nommé hygge (qui se prononce [hu-gueu]). Cet art de vivre lui permettrait d’éprouver la sentience, la « capacité de ressentir », et d’assumer l’adulescence, « prolongement de l’adolescence à l’âge adulte », surtout quand on est un millénial (devenu adulte dans les années 2000).

Sandrine Campese
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sis je peux me permettre de vous transmettre un série d’expressions Marseillaise qui ne s’emploie plus aujourd’hui, sauf pour les vieux ! euillez exscuser l’ortographe, je les emploie uniquement à l’oral et ne suis pas certain de savoir les écrires. merci pour votre rebrique que j’attends toujours avec impatience.
Estransiner, au fan de chichourle, escagassé, esquinter, guibolles, atchidinti, bouffigue, estourdi, dégun, une esque, gaté, une arapède, rouste, la caboche, les panards en éventail, enframiner, fada, les esgourdes, estropier, fadolli, minot, gougouste, garrit, estourbi. Cafoutche. Engatser. Niasqué. Gavé, pastaga. Mariole, chouravé, taqué, peuchère, boucan, caner, emboucaner, esquicher, quiller, maroner, bastonner.
mazette, ma foi, caguer, jobastre, néguer, pèguer. Dégoter. Cambaler. Relléguer, boulléguer, neston, caganis, enquiquiner, enquiller, estouffer

Sympathique et pertinent résumé.
On ne peut – une fois de plus – que regretter que les mots d’origine étrangère (et plusieurs ne sont pas anglais) soient aussi mal francisés : la simple graphie d’origine ne permet pas à elle seule de prononcer sans ambigüité. Les mots ramen, welsh, benaise, stollen, hygge (vous êtes même obligée de le préciser) présentent des incertitudes pour un lecteur francophone moyen. Les mots d’origine anglo-américaine supposent une bonne maitrise orale de l’anglais (ce qui n’est pas toujours le cas) et font que le mot n’est finalement pas vraiment français. Ce phénomène n’est hélas pas nouveau mais perpétue le schisme entre la prononciation et l’écriture du français. Cela s’ajoute à notre incapacité naturelle à conserver ou à créer nos propres mots et fait ressembler les dictionnaires à une chambre d’enregistrement de la tour de Babel. On se demande où est passé le beau et original métier des lexicographes d’antan qui effectuaient une vraie « transcription phonétique » des termes étrangers dans le système de la langue de réception. Tout cela sent l’amateurisme et ne donne pas une bonne idée de la fierté de notre langue…