Un cheval de Troie, être médusé, le talon d’Achille… 12 expressions tirées de la mythologie

La mythologie grecque a fourni à la langue française quantité d’expressions que nous entendons, lisons, employons, sans toujours en connaître l’origine ni en maîtriser le sens. À quel épisode et à quel personnage se réfèrent-elles ? Que signifient-elles exactement ? Les douze expressions suivantes sont l’occasion de (re)découvrir les légendes antiques qui ont nourri notre imaginaire et notre vocabulaire.

Un cheval de Troie

La légende : L’un des épisodes les plus connus de la mythologie est celui du cheval de Troie. Les Grecs, qui assiègent Troie depuis dix ans, ont l’idée de construire un énorme cheval de bois. Ils le laissent devant les portes de Troie. Bien sûr, c’est un piège : dans ce cheval se cachent des guerriers, dont le héros Ulysse. Pensant que c’est une offrande des Grecs pour indiquer leur retraite, les Troyens laissent entrer le cheval dans la cité. Pendant la nuit, les Grecs sortent du cheval et ravagent Troie. Victoire des Grecs, la guerre est finie !

L’expression : Désormais, on nomme « cheval de Troie » toute manœuvre d’infiltration ou de sape pour détruire un adversaire. Dans le langage informatique, un « cheval de Troie » est un programme espion greffé à un autre et destiné à faciliter une prise de contrôle malveillante d’un ordinateur.

Ouvrir la boîte de Pandore

La légende : Pandore, dont le nom signifie « cadeau de tous », est une femme humaine entièrement créée par les divinités. Zeus lui offre une mystérieuse boîte (ou une jarre, selon les versions) en lui disant de ne jamais l’ouvrir. Mais Pandore, poussée par la curiosité, cède à la tentation et entrouvre la boîte. Tous les maux de l’humanité (Vieillesse, Maladie, Guerre, Famine, Misère, Folie, Mort, Vice, Tromperie, Passion, Orgueil) jaillissent et se répandent sur la Terre. Seule l’Espérance reste au fond de la boîte.

L’expression : « Ouvrir la boîte de Pandore » signifie aujourd’hui « réaliser une action qui crée de nombreux problèmes, alors qu’ils seraient restés cachés et inoffensifs si l’on n’avait rien fait. »

Le fil d’Ariane

La légende : Ariane est amoureuse de Thésée, lequel a pour mission de tuer le Minotaure et de s’extirper du labyrinthe une fois la tâche accomplie. Ariane décide donc de lui offrir son aide. Après avoir consulté Dédale, elle a l’idée de confier à Thésée une pelote de fil. En la déroulant, le héros pourra retrouver son chemin. Le monstre vaincu, Thésée ressort du labyrinthe et prend la fuite avec Ariane… qu’il abandonnera ensuite sur l’île de Naxos !

L’expression : Aujourd’hui, on emploie cette expression pour désigner un fil qui sert de guide permettant de trouver le bon chemin, de sortir d’une situation compliquée.

Céder au chant des sirènes

La légende : Pendant son long retour vers Ithaque, Ulysse et ses marins rencontrent les sirènes. Circé, la magicienne, a prévenu le héros et ses hommes : il ne faut surtout pas écouter le chant de ces enchanteresses, qui guiderait le navire contre les rochers. Ce serait la mort assurée ! Mais Ulysse est curieux et souhaite écouter les créatures séductrices. Il met alors de la cire dans les oreilles de ses marins et se fait attacher au mât : ainsi, il ne pourra pas céder au chant des sirènes et leur obéir. Le bateau s’éloigne, tout le monde est sauvé.

L’expression : Désormais, « céder  au chant des sirènes », c’est se laisser tenter par un discours attirant, mais trompeur, voire dangereux.

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Être médusé

La légende : Méduse est une prêtresse d’Athéna, connue pour sa beauté et sa pureté. Parce qu’elle est courtisée par Poséidon, Athéna, jalouse, décide de se venger. Elle transforme Méduse en un monstre nommé « Gorgone » : ses cheveux deviennent des serpents et son regard pétrifie ceux qui le croisent.

L’expression : Le nom « Méduse » a donné l’expression « être médusé », c’est-à-dire très étonné, stupéfait, comme si on avait été pétrifié par Méduse en personne !

La pomme de la discorde

La légende : Un jour que les divinités sont réunies dans l’Olympe pour un banquet, Éris, déesse de la discorde, lance une pomme d’or sur la table. Sur la pomme est écrit : « Pour la plus belle. » Naturellement, Aphrodite, déesse de l’Amour et de la Beauté, veut la prendre, mais Héra et Athéna ne l’entendent pas ainsi. Zeus charge Pâris (un mortel) de trancher. Ce dernier choisit Aphrodite, car celle-ci lui promet en échange l’amour de la plus belle femme, Hélène, reine de Sparte, dont l’enlèvement par Pâris causera la guerre de Troie.

L’expression : La pomme de la discorde désigne le sujet d’une dispute, le motif d’un désaccord, la source d’une mésentente.

Un supplice de Tantale

La légende : C’est la règle sur le mont Olympe : ceux qui osent défier les dieux s’exposent aux châtiments les plus cruels. Tantale est de ceux-là : il a dérobé aux divinités leur nectar et leur ambroisie afin de les faire goûter aux mortels, et il a même tué son propre fils ! Tantale est alors enfermé dans le Tartare, une terrible prison située au plus profond des Enfers, où il subit un horrible supplice : dès qu’il se penche pour boire, l’eau se retire ; s’il tend la main pour attraper un fruit, ce dernier se trouve hors de sa portée.

L’expression : Aujourd’hui, le supplice de Tantale consiste à présenter à quelqu’un ce dont il a besoin et à le lui retirer quand il est près de se servir. Au sens figuré, il s’agit de promettre, de faire désirer un avantage, sans donner suite.

Le rocher de Sisyphe

La légende : Comme Tantale, Sisyphe a osé défier les dieux ! Plus exactement, il a dénoncé Zeus qui avait ravi (comme à son habitude) une jeune fille contre son gré. Sisyphe est alors condamné à séjourner éternellement dans le Tartare. Il doit rouler un énorme rocher jusqu’en haut d’une montagne. Mais le rocher retombe sans cesse. Sisyphe doit alors recommencer, recommencer…

La légende : Par extension, le rocher de Sisyphe désigne un travail difficile, interminable, qu’il faut tout le temps reprendre à zéro. On dit aussi « un travail de Sisyphe ».

Jouer les Cassandre

La légende : Apollon tombe amoureux de Cassandre, mais ce n’est pas réciproque. Alors, pour tenter d’obtenir son amour, Apollon lui accorde le don de prophétie. La jeune femme accepte l’offre, mais refuse finalement de céder aux avances d’Apollon. Pour se venger, ce dernier maudit Cassandre : elle aura le don de dire l’avenir, mais ses prédictions ne seront jamais crues, pas même de sa propre famille ! Ses proches la prennent pour une folle et la fuient. Ses fiancés meurent les uns après les autres.

L’expression : Dans le langage courant, une « cassandre » est une personne pessimiste, qui annonce des malheurs. « Jouer les Cassandre », c’est faire des prophéties dramatiques, au risque de ne pas être cru(e).

Une toile de Pénélope

La légende : Pendant l’absence d’Ulysse, parti faire la guerre de Troie, son épouse Pénélope doit faire face aux avances de nombreux prétendants. Aussi rusée que son mari, elle leur dit qu’elle se remariera le jour où elle aura terminé de tisser sa tapisserie. Mais, espérant toujours le retour d’Ulysse,  Pénélope défait la nuit ce qu’elle a tissé le jour ! Ainsi, elle n’achève jamais sa tapisserie et reste fidèle à son mari… qu’elle finira par retrouver, vingt ans après son départ, tout de même !

L’expression : « Une toile de Pénélope » désigne un travail que l’on fait sans relâche, sans jamais le terminer, que ce soit volontaire ou non !

Se croire sorti de la cuisse de Jupiter

La légende : Jupiter est le nom romain de Zeus, le roi des divinités, le dieu du Ciel et de la Foudre. Tout-puissant, il est réputé pour ses innombrables conquêtes et enfants, au grand dam de son épouse Héra, qui n’hésite pas à tuer Sémélé, une mortelle qui porte l’enfant de Zeus. Pour sauver l’enfant, Zeus a l’idée de le tirer du ventre de sa mère, de s’entailler la cuisse et d’y coudre l’enfant pour mener sa gestation à terme. Ce fils, qui est donc né deux fois, la première du ventre de sa mère, la seconde de la cuisse de Jupiter, n’est autre que Dionysos, dieu du Vin et de la Fête.

L’expression : « Se croire sorti de la cuisse de Jupiter », c’est se prendre pour quelqu’un d’exceptionnel, être imbu de soi-même, prétentieux.

Le talon d’Achille

La légende : Alors qu’il était enfant, Achille a été plongé dans le Styx, fleuve des Enfers, afin que son corps devienne invulnérable. Mais pas son talon, puisque c’est par le talon que sa mère, Thétis, le tenait au-dessus du fleuve. Lors de la guerre de Troie, Achille, après avoir tué Hector, meurt lui-même en recevant une flèche tirée… dans son talon !

L’expression : Un talon  d’Achille est un point faible pouvant être fatal, en dépit d’une grande force générale. Tous les héros ont un talon  d’Achille ! Ainsi, la kryptonite, fragment radioactif de la planète Krypton qui affaiblit Superman et le rend plus vulnérable qu’un humain, est, en quelque sorte, son talon d’Achille…

Sandrine Campese

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