Corinne Milanesio – « Il nous manquait un dénominateur commun pour redonner à l’orthographe une place décomplexée. »

Partenaire de longue date, l’ensemble scolaire Ogec Sainte-Marie de Joinville-le-Pont témoigne de l’importance de déployer une ressource numérique comme le Projet Voltaire pour accompagner ses étudiants dans leur parcours professionnalisant. Corinne Milanesio, professeure de culture générale et expression, partage son expérience avec le Projet Voltaire.

Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?

Mon ADN est l’enseignement du français. J’ai longtemps enseigné cette matière en série générale et en série technologique et professionnelle. Puis la Culture générale et Expression en BTS. De fil en aiguille, j’ai eu l’opportunité d’enseigner l’informatique commerciale, ce qui m’a permis de me former au secteur du digital. Une réforme plus tard, je m’occupe aussi de la relation commerciale en interculturalité. Je suis ravie, car toutes ces matières se nourrissent les unes des autres et l’écrit y tient une part très importante.

Quels étaient vos besoins de formation à l’origine et de quel constat êtes-vous partis pour déployer le Projet Voltaire ?

Dès qu’il s’agit d’écrire des choses centrées et structurées, on a déjà ce premier écueil qui est celui de l’orthographe. Je me suis toujours intéressée à la correction de lettres de motivation ou de CV. C’était assez frustrant parce que nous n’avions pas le temps de voir les bases de la grammaire et de l’orthographe. Il nous manquait un dénominateur commun pour redonner à l’orthographe une place décomplexée.

En quoi le numérique peut-il être un outil qui complète les contenus pédagogiques proposés en classe ?

On parle de culture numérique, donc ce n’est pas un hasard et effectivement le numérique nous permet de faire avancer les étudiants. Toutefois, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas de leur donner un code et de se dire qu’ils vont s’entraîner et que ça va aller tout seul. Au contraire, je milite pour un accompagnement de cet entraînement sur la plateforme, mais qui nous permet justement de remettre l’orthographe au centre. Ces compétences sont utiles en période de stage puisque l’écriture est au cœur de leur activité et donc ils n’ont pas le droit à l’erreur. Le numérique appuie complètement leur parcours professionnalisant.

Comment le Projet Voltaire a-t-il été accueilli au sein de votre établissement ?

Ça s’est fait tranquillement, j’ai commencé avec une classe de deuxième année en commerce international. Quand on a vu l’engouement et les résultats, on n’a pas hésité à le déployer auprès d’autres classes. C’est vraiment devenu un projet d’établissement.

Comment l’utilisez-vous avec vos élèves ?

Pour commencer, nous avons fait le choix de le proposer sur deux ans pour leur laisser le temps d’intérioriser les règles. Je l’annonce dès la semaine d’intégration, en première année, comme étant un travail sur deux ans qui se terminera par la certification. Ils s’entraînent sur la plateforme en autonomie, et de temps en temps nous faisons des évaluations en y intégrant des éléments vus en cours.

Comment vos élèves ont-ils appréhendé la solution Projet Voltaire

L’adhésion est assez immédiate et, quand on en discute avec eux, ils comprennent très vite qu’il y a des progrès à faire. L’acquisition des compétences n’est pas instantanée et se fait sur les deux ans, mais nous les accompagnons étape par étape. Dans un premier temps ils ont envie de s’améliorer, ensuite ils se « challengent » entre eux, puis apparaît une phase d’intériorisation en début de deuxième année où ils commencent à s’autocorriger. Plus la période de la certification approche, plus ils s’entraînent, franchissant ainsi un nouveau cap. J’en reparle ensuite avec eux lorsqu’ils viennent chercher leur diplôme et ils se rendent compte que c’était une chance de pouvoir remettre l’orthographe au centre de leur préoccupation.

Vous avez déployé le module Expression au cours de l’année 2021. Comment la solution a-t-elle été appréhendée par vos élèves ?

Je trouvais qu’il y avait déjà beaucoup à faire avec la partie orthographe, j’ai donc choisi de ne pas imposer le module Expression lors de sa mise en place. Finalement, les étudiants le font d’eux-mêmes et il arrive parfois que certains aient plus d’heures d’autonomie sur la partie expression que sur la partie orthographe. A priori ça leur plaît, alors que ce n’est pas si facile parce qu’il y a certains blocages avant d’accéder à une autre session d’entraînement.

Comment entraînez-vous les étudiants à l’approche des oraux de fin d’année ? Avez-vous eu l’occasion d’essayer l’outil Mon oral ?

Habituellement, nous les préparons avec des oraux blancs pour les mettre en situation. Nous avons également un professeur de théâtre qui vient leur proposer des techniques pour s’exprimer avec plus d’aisance et adopter les bonnes gestuelles. J’ai découvert l’outil Mon oral à l’occasion du salon CLIC en 2021. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de l’utiliser, mais la solution nous permettrait de travailler avec eux des points d’amélioration grâce aux grilles d’évaluation proposées. Nous avons aussi une nouvelle matière en relations interculturelles où les jeunes doivent s’exprimer à l’oral en anglais. Je compte donc utiliser l’outil pour enregistrer les capsules et travailler la diction. D’une manière générale, je souhaiterais étendre cette pratique au français et le proposer dans le cadre des entraînements de CCF.

Vous avez participé au grand concours Revolt-IA le défi des BTS, organisé et offert par la Fondation Voltaire. Quels ont été les retours de vos étudiants ?

C’était un bon moment, nous avions mobilisé une soixantaine d’étudiants de deux classes aux profils très différents. Pendant 90 minutes, nous les avons vus concentrés comme jamais, c’était très convivial. Ils étaient à fond dans le jeu, ce qui leur a permis de mieux intégrer certaines règles. Ça nous a donné envie de faire un marathon avec toutes les compétences digitales du Pix, parce que nous avons vu qu’il y avait eu une vraie collaboration entre les classes.

L’enquête Ipsos pour le Projet Voltaire a révélé l’importance que les employeurs accordent à l’orthographe et à l’expression. 86 % considèrent que la maîtrise de la langue française est une compétence importante. Partagez-vous cette opinion ?

L’orthographe est devenue un réel outil de recrutement et d’évaluation. Nous travaillons avec des entreprises qui refusent certaines candidatures en raison des nombreuses fautes d’orthographe sur le CV ou la lettre de motivation, l’objectif étant de montrer aux jeunes l’importance de la langue française pour pouvoir prétendre à une profession. Ça permet ainsi d’engager un dialogue plus positif, de voir qu’ils souhaitent vraiment s’améliorer et ça fait toute la différence devant un recruteur.

Diriez-vous qu’une certification en langue française a autant de valeur qu’une certification en langue étrangère ?

Bien sûr, lorsqu’on demande à un jeune de traduire certains contenus dans le cadre des stages ou des alternances, il faut déjà avoir la certitude qu’il maîtrise sa propre langue. Quand on maîtrise sa langue maternelle, on a plus de facilité à parler les langues étrangères. Et je pense que sur un CV c’est tout aussi important d’avoir un certificat en langue française qu’en langue étrangère au regard d’un recruteur.

Un mot de fin à ajouter ?

Le témoignage des jeunes à l’issue des deux ans de formation fait toujours plaisir à entendre, et j’aime les entendre dire qu’ils n’ont plus besoin de réfléchir à chaque mot, qu’il y a une fluidité qui s’installe. Une fois qu’ils ont dépassé le problème de l’orthographe, ils peuvent se permettre d’aller vers des phrases plus complexes et ils ont l’appétence pour améliorer leur discours, puisque tout est lié, finalement.

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