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Mince ! C’est quoi le problème avec les interjections ?

Oh ! Vous ne savez pas ce qu’est une interjection ? Vraiment ? Mais si, bien sûr, vous le savez. Ce sont ces mots – parfois des groupes de mots – qui permettent d’exprimer une émotion : « Oups… », « Bravo ! », etc. Il est toutefois très probable que vos professeurs de français ne se sont pas étendus sur le sujet (et pour cause, ils avaient déjà beaucoup à faire pour boucler le programme). Il y a pourtant un grand nombre de choses à dire sur ces petits mots qui peuplent notre discours à l’écrit et à l’oral…
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    Cet article résumé en quelques mots…

    Les interjections – ces mots ou groupes de mots qui expriment une émotion, un sentiment ou une sensation (« Ouf ! », « Youpi ! », « Hélas ! ») – font partie intégrante de notre discours oral et écrit. Cependant, leur statut grammatical reste flou et débattu entre spécialistes : certains les considèrent comme une classe à part entière, d’autres comme des « mots-phrases ». Les interjections se caractérisent principalement par leur brièveté, leur invariabilité et leur capacité à « détourner » des mots d’autres natures (noms, verbes, adverbes…).

    La réciproque est d’ailleurs vraie aussi ! Ainsi, « meuh » donne « un meuh », « miaou » donne « un miaou » ; « pin-pon » donne « un pin-pon », etc.

    Les interjections servent à exprimer nos émotions

    Vous vous exclamez « Youpi ! » : vous êtes ravi(e). Vous vous écriez « Bon sang ! » : vous êtes certainement contrarié(e). Vous lâchez un « Ouf ! » retentissant : vous êtes sans aucun doute soulagé(e). Ces mots ont en commun d’être des interjections. L’Académie française en donne la définition suivante : « Terme qu’on emploie seul ou qu’on insère dans l’énoncé pour exprimer un sentiment ou une sensation, un ordre ou une défense. »

    L’Académie française précise par ailleurs : « L’interjection doit toujours être suivie d’un point d’exclamation. Les interjections sont tantôt de simples cris ou onomatopées, comme “Aïe !”, “Ouf !”, tantôt des mots, des membres de phrase, de courtes phrases, comme “Allez !”, “Gare !”, “Hélas !”… »

    Mais est-ce si facile ?

    Notons que l’on trouve moult occurrences d’interjections suivies d’une virgule, par exemple « hélas » (quand la « charge émotionnelle » est faible) : « Je ne pourrai, hélas, pas venir avant vendredi. » Le point d’exclamation ne peut donc être retenu comme un élément fiable pour identifier une interjection.

    Et il faut abandonner dès maintenant l’idée que les interjections sont composées d’un seul mot. L’Académie française donne également comme exemple « Eh bien ! », « Tant mieux ! » et « À la bonne heure ! », c’est-à-dire des groupes de mots.

    Diable ! Voilà qui complique la situation… Reconnaître et identifier les interjections n’est peut-être pas si simple.

    Les interjections : une classe grammaticale à part entière ?

    Pas si simple, disions-nous. En effet, s’il n’y a guère de débat sur les noms, les verbes ou les adjectifs, qui constituent des classes grammaticales assez évidentes à identifier, les interjections posent davantage de problèmes.

    Le Robert – un dictionnaire de référence – fait preuve de beaucoup de prudence à ce sujet. Il parle des interjections comme d’une classe grammaticale à part entière, tout en indiquant qu’elles ne sont pas toujours considérées ainsi « en raison de leur caractère très marginal dans la grammaire française ».

    Un article des linguistes Sylvain Kahane et Nicolas Mazziotta montre que la notion même d’interjection est questionnée. Ces mots sont parfois qualifiés de marqueurs discursifs, de mots-phrases ou d’inserts. La linguiste Marcela Świątkowska le confirme dans un article paru en 2020 : « Aujourd’hui encore, les opinions des grammairiens sur le statut de l’interjection sont très différenciées. L’étude de quelques grammaires françaises faite par M. Riegel (2010: 491) a montré que leurs auteurs ne sont d’accord ni sur le catalogue des interjections ni sur les critères de leur description. »

    Bigre ! Les interjections seraient donc une classe grammaticale insaisissable. Elles font pleinement partie de notre discours oral et écrit sans que l’on puisse pour autant les définir avec certitude. Ajoutons à cela que les onomatopées sont parfois considérées comme des interjections et parfois présentées comme une classe grammaticale à part entière.

    Mais alors, quels liens existent entre les mots considérés comme des interjections ?

    Interjections : qu’est-ce qui les caractérise ?

    Les interjections se limitent à peu de mots

    Les interjections se limitent le plus souvent à un mot. Comme vu plus haut, selon l’Académie française, une courte phrase ou un groupe de mots peuvent également constituer une interjection : « Tant mieux ! », « À la bonne heure ! » On parle alors parfois de locution interjective. De tout cela, il faut retenir que les interjections sont généralement des éléments qui tiennent en peu de syllabes. C’est un début…

    Les interjections traduisent une émotion…

    Comme précisé plus haut, les interjections permettent le plus souvent d’exprimer une émotion ou, comme le note l’Académie française, un sentiment, une sensation : l’admiration (« Ooooh ! »), le dégoût (« Pouah ! »), l’enthousiasme (« Youpi ! »)… Cela semble être le cas dès les origines.

    Ainsi, Marcela Świątkowska précisait dans l’article évoqué plus haut que le terme d’interjection apparaît dès les traités de grammaire latins : « On peut donc admettre que pour les grammairiens latins, l’interjection constitue une sorte de parenthèse indépendante de la proposition, dont l’unique fonction est d’exprimer l’émotion. »

    … et les onomatopées traduisent un son non articulé

    Certes, les choses se compliquent un peu si l’on considère – comme noté plus haut – que les onomatopées doivent être prises en compte. Celles-ci ont en effet pour fonction de transcrire un son non articulé. Cela crée un registre plutôt large et hétéroclite. Par exemple, on place le « Aïe ! » de douleur dans la même catégorie que le « tic-tac » de la pendule. Marcela Świątkowska avance que cela est parfois justifié par « la structure morpho-phonologique commune aux interjections primaires et aux onomatopées ».

    Les interjections sont suivies d’un point d’exclamation

    C’est l’Académie française qui l’affirme, mais est-ce toujours le cas ? Elle ne faisait pas mention de ce point dans sa huitième édition et donnait même l’exemple « Eh bien ? ». Sans doute faut-il comprendre que les interjections sont associées, y compris au travers de la ponctuation, à l’expression de sentiments spécifiques. Le point d’interrogation peut donc être justifié, de même que les points de suspension ou même la virgule.

    Les interjections donnent du « relief » à la phrase

    Le Robert insiste sur le fait que les interjections n’ont aucune fonction grammaticale. Le dictionnaire précise en revanche qu’elles donnent du « relief » à la phrase. Elles peuvent s’employer seules (« Enfin ! ») ou à l’intérieur d’une phrase (« Il n’y arrive pas, hélas ! »). Comme vu plus haut, les interjections sont nombreuses. Leur grande diversité donne la possibilité de les utiliser à l’oral, mais aussi dans les romans, la poésie, etc. Elles permettent d’imaginer plus clairement une humeur, un état d’esprit, une situation…

    Les interjections peuvent être… toutes sortes de mots

    Par dérivation ou conversion, certains noms peuvent devenir des interjections : « Ciel ! », « Malédiction ! » C’est également le cas pour certains adverbes (« Arrière ! », « Assez ! »…) et certains verbes (« Soit ! »). Et comme nous l’avons vu plus haut, certaines expressions composées de plusieurs mots sont considérées comme des interjections (« En avant ! »).

    De plus, les jurons peuvent être considérés comme des interjections. Dans certains cas cependant, on retombe sur le problème de la longueur. Ainsi, le « Mille millions de mille sabords ! » du capitaine Haddock peut-il être considéré comme une interjection ?

    De cela, il ressort néanmoins que les interjections peuvent se caractériser par le « détournement » et l’adaptation de certains mots de nature différente : ceux-ci sont « réexploités » pour devenir autre chose. Par exemple, le mot « Tonnerre ! » prend une tout autre connotation quand il est utilisé comme une interjection.

    Les interjections sont (presque toujours) invariables

    Les interjections sont invariables… même si l’on peut croiser çà et là quelques exceptions. Par exemple, le dictionnaire Larousse précise que l’interjection « Vive » qui précède généralement un nom (« Vive l’Empereur ! ») peut être mise au pluriel : « Vivent les vacances ! », même si cela n’est plus guère la norme. Au sujet de cet exemple, il s’agit à l’origine d’un verbe au subjonctif : « Que vivent le roi et la reine ! » L’absence de la béquille « que » l’a lexicalisé et rendu invariable.

    Les interjections ne sont pas l’apanage du français

    Les amatrices et amateurs de Blake et Mortimer savent à quel point les héros d’Edgar P. Jacobs sont prompts à user d’interjections très « british » : « Hell ! », « Well… », « By Jove ! » On retrouve bien évidemment des interjections dans la langue de Shakespeare, et dans toutes les langues du monde, tant cette catégorie de mots est liée à l’oralité. Chacune possède son répertoire d’interjections.

    Des questions en suspens sur l’interjection

    Même si tout cela permet de cerner davantage ce que sont les interjections, il n’en reste pas moins difficile de les classer grammaticalement. À cet égard, précisons que dans les nouveaux programmes de l’Éducation nationale, onomatopées et interjections ne figurent plus dans la liste des catégories grammaticales, qui, de ce fait, passent de dix à huit.

    « Du point de vue morphologique, l’interjection se caractérise par son invariabilité », souligne Marcela Świątkowska. « Du point de vue syntaxique, l’interjection est traitée comme une phrase condensée, ou comme un mot-phrase affectif. »

    Bien que familières et indispensables pour exprimer nos émotions ou transcrire des sons, les interjections bousculent les codes de la grammaire. Tantôt mots uniques, onomatopées ou groupes de mots, elles s’avèrent impossibles à classer ou à définir précisément par les linguistes, oscillant entre l’invariabilité absolue et le statut de « mot-phrase » à part entière.

    Au-delà du casse-tête grammatical qu’elles imposent aux experts, le véritable intérêt des interjections réside peut-être dans leur « plasticité » culturelle et numérique.

    À l’ère des réseaux sociaux et des messageries instantanées, on peut se demander si les émojis et les acronymes ne deviennent pas d’une certaine manière les interjections de notre époque. Après avoir colonisé l’écrit rapide, ces nouveaux codes transforment notre manière « d’injecter » instantanément de l’émotion et du relief dans nos échanges, prouvant que cette catégorie de « mots » reste la plus vivante et la plus évolutive de notre langage. Toutefois, cette considération n’est à ce jour nullement partagée par les dictionnaires de référence ni par l’Académie française.

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