Sommaire Cet article résumé en quelques mots Le français est une langue complexe qui pose nombre de difficultés (grammaticales, orthographiques…). Pour autant, et peut-être un peu paradoxalement, les Français y restent profondément attachés. Ils valorisent sa maîtrise, s’y intéressent sur les réseaux sociaux, continuent de lire et apprécient même ses règles exigeantes, en témoigne notamment le grand succès des dictées. Les francophones et le français : des rapports complexes Le français est-il une langue difficile ? Oui, si l’on en croit le Foreign Service Institute (FSI), Institut des affaires étrangères américain. En 2021, il classait notre langue parmi celles qui nécessitent le plus d’heures d’apprentissage, à côté de l’espagnol et du roumain. Exagéré ? Peut-être pas. En 2025, dans le journal Le Temps, le linguiste Jean-François de Pietro indiquait que « l’orthographe de la langue française est particulièrement difficile (le seul son “s”, par exemple, peut s’écrire s, ss, c, ç, sc, t, x…) ». Un article de France Culture publié en 2025 confirmait ce constat : « La complexité du français réside notamment dans le fait que sa transcription écrite n’est pas le reflet de sa prononciation, une inadéquation à l’origine d’un nombre d’erreurs inépuisables. » À cela s’ajoutent de multiples autres types de fautes possibles. Le journal 20 Minutes précisait sur ce point : « Les accords du participe passé et les conjugaisons irrégulières, en particulier, donnent du fil à retordre aux apprenants étrangers comme aux élèves francophones. Le fait que chaque nom soit arbitrairement féminin ou masculin n’arrange rien. » Cela pourrait expliquer une forme de désamour entre les francophones et leur langue. Très régulièrement, la presse se fait l’écho de baromètres ou d’études indiquant que le niveau de maîtrise de la langue est en baisse. Pour les employeurs, cela devient même un véritable sujet. Selon une étude Ipsos réalisée pour le Projet Voltaire, 76 % d’entre eux sont confrontés de manière quotidienne aux lacunes en orthographe et en expression de leurs équipes. Je découvre l’étude Ipsos Ces signaux peuvent donner le sentiment que les francophones auraient peu de considération pour leur langue. Or, la situation est plus complexe qu’il y paraît. Non, les francophones ne détestent pas leur langue Selon une enquête Preply parue en juillet 2025 et réalisée auprès de 1 500 personnes, un Français sur deux juge que les fautes d’orthographe sont inacceptables. Cela ne reflète pas une indifférence quant à la maîtrise du français, loin de là. Par ailleurs, 46 % des personnes interrogées déclarent faire des fautes de manière occasionnelle et prendre le temps de les corriger. Là encore, cela indique le souci de bien écrire. Celles et ceux qui font des fautes évoquent des difficultés sans contexte spécifique, ou bien le stress ou la pression, mais jamais un désintérêt pour le français. L’étude conclut ainsi : « En 2025, les Français restent profondément attachés à leur langue. […] La norme grammaticale semble aujourd’hui moins figée, moins sacrée, mais toujours vivante. Elle se déploie dans un monde où le langage est à la fois outil, code et miroir de notre temps. » Une autre enquête, réalisée en 2024 par le ministère de la Culture, met également en avant l’attachement des Français à leur langue. Nombre d’entre eux considèrent même qu’elle est menacée, en particulier par les anglicismes : « 45 % des Français manifestent ainsi une réaction de gêne, voire de colère, lorsqu’ils sont confrontés à un message publicitaire qui comporte des mots ou expressions en anglais. » Preuve, s’il en fallait une, que le lien à notre langue est toujours vivace. Sur les réseaux sociaux, on raffole du français Autre preuve que le français n’est pas boudé : il fait recette sur les réseaux sociaux ! Sur TikTok, YouTube, LinkedIn ou Instagram, de nombreux influenceurs explorent la richesse de cette langue. Ils présentent les règles de grammaire et d’orthographe, souvent de manière ludique. Certains y prodiguent même des conseils en matière d’éloquence. Cet article de France Inter donne notamment l’exemple de Carole, qui s’est lancée sur TikTok : « Elle cumule plus de 285.000 abonnés sur cette plateforme. Elle propose des règles d’orthographe, des astuces pour progresser et ne plus se tromper. Plusieurs vidéos dépassent le million de vues, comme le rappel d’une règle qui peut paraître machiavélique : “Tous ou tout”. » CTA : Découvrez également nos vidéos TikTok pour obtenir un excellent score au Certificat Voltaire Autre phénomène intéressant : selon le baromètre 2025 sur les Français et la lecture, les réseaux sociaux pourraient être fortement incitatifs pour lire davantage de livres : un signe supplémentaire que les pratiques autour de la langue évoluent, et que le français n’est pas nécessairement jugé « désuet ». On aime toujours lire, notamment des romans C’est un fait, la lecture est une activité qui attire de moins en moins. Chaque année, le constat est le même : les Français lisent de moins en moins. En 2025, le temps passé à lire a diminué de dix minutes par jour en moyenne, « et ce plus fortement chez les moins de 25 ans et les 50 ans et plus », note le baromètre. De nombreux genres littéraires en pâtissent… … et pourtant, les romans demeurent le genre littéraire le plus lu en cumul (70 % des lectures en France), en particulier les œuvres de la littérature classique, française ou étrangère. Un grand nombre de lecteurs mettent en avant une envie d’évasion pour justifier leur désir de lire. Tout cela indique que le rapport « direct » à la langue écrite n’est pas mort. Par ailleurs la lecture sur écran augmente fortement. Le sociologue Claude Poissenot explique ainsi : « La lecture sur écran est aujourd’hui considérable : si on prend l’enquête du pass Culture sur les jeunes, on observe que 54 % des utilisateurs déclarent lire des articles en ligne ou des blogs, et 33 % des mangas en ligne ou des webtoons. On a donc une pratique de lecture qui se diversifie sur les supports et la difficulté est qu’on ne la mesure pas toujours. » On entretient un rapport paradoxal à la complexité du français Nous l’avons dit, le français est une langue difficile… mais si, au fond, on aimait ça ? Preuve de cet amour paradoxal : le succès des dictées. Au-delà des célèbres textes de Bernard Pivot, les francophones sont très nombreux à se passionner pour ce type d’épreuves, qui a essaimé un peu partout en France. La dictée prend désormais de multiples formes. Le Figaro précisait même en 2022 qu’il s’agit d’une « passion française ». La Dictée pour tous connaît notamment un incontestable succès : « Comme la Dictée pour tous, élaborée par Abdellah Boudour, la Dictée géante est transgénérationnelle. Fille, mère, grand-mère… Ce sont parfois des familles entières qui font le déplacement rien que pour composer un texte. » Étonnant ? Pas vraiment. Un article de France Inter évoquait en 2021 la musicalité, la morphologie, la syntaxe, la grammaire… Julien Soulié, membre de notre comité d’experts, expliquait alors : « Toutes les petites coquetteries que notre langue a gardées, en termes de règles anciennes, d’étymologie latine, grecque ou d’autres langues, toutes nos règles alambiquées, c’est assez jouissif. » À cela s’ajoute la « digitalisation du monde » : même si cela peut paraître curieux, on écrit bien plus qu’avant, ce qui rend aussi les fautes plus visibles. La maîtrise de la langue est nécessaire, tant il est vrai que les erreurs laissées dans les courriels et les C.V. peuvent être pénalisantes. Un élément d’identité culturelle De tout cela, il ressort que le français continue de susciter engouement, curiosité et même plaisir. Entre exigences normatives, évolutions des usages et nouvelles pratiques numériques, notre langue demeure un élément central de l’identité culturelle. En dépit des baromètres parfois alarmistes sur le niveau de maîtrise de notre langue, le français apparaît comme une langue vivante, en constante adaptation, toujours profondément investie par celles et ceux qui la pratiquent.