Sommaire 1- ZOREIL Ce mot-là, vous risquez à coup sûr de l’entendre, car il y a de grandes chances qu’il serve à parler de vous. Un Zoreil, ou Zoreille, ou encore Zorey, est un Français métropolitain. L’origine de ce mot est incertaine, il pourrait venir du mot malgache « menasofina », « oreilles rouges », qui désignait initialement tous les colons nés à Madagascar qui auraient eu les oreilles rouges à force de s’énerver. Une autre version dit que les métropolitains tendent l’oreille pour comprendre le créole. Une autre encore parle des chasseurs d’esclaves qui tranchaient les oreilles des fugitifs pour prouver qu’ils les avaient rattrapés. Le terme « Zoréole » est dérivé de « Zoreil » et désigne soit une personne née d’un parent zoreil et d’un parent créole, soit une personne née à la Réunion, même si ses deux parents sont zoreils. À noter que « Zoreil » ne qualifie pas nécessairement une personne blanche, car de nombreux Réunionnais ont la peau blanche sans venir de métropole pour autant. 2- CARI ET ROUGAIL L’une des plus grandes richesses de la Réunion est sa cuisine, mélange et adaptation de la gastronomie de toutes les ethnies qui cohabitent sur l’île. Deux des plats les plus emblématiques sont le « cari » et le « rougail », deux termes que vous serez forcément amenés à croiser là-bas. Le cari, ou carry, est un plat dérivé du curry indien (lui-même nommé ainsi d’après le mot tamoul « kari », « sauce »). Il est généralement composé de viande ou de poisson mijotés avec des oignons, de l’ail, du thym, des tomates et du curcuma (ou « safran péi »), et servi avec du riz. Le rougail, lui, désigne initialement un condiment que l’on mange en accompagnement d’un plat comme le cari, à base de fruits ou de légumes crus (rougail tomate, rougail mangue verte…) et assaisonnés avec des oignons et du piment. Par extension, il désigne certains plats mijotés qui ressemblent au cari, comme le célèbre rougail saucisses. La différence entre un cari et un rougail (le plat, pas l’accompagnement) est assez floue, on trouve plusieurs versions d’un Réunionnais à un autre : l’un serait fait avec de la viande brute (du poulet, du poisson…), l’autre, avec de la viande transformée (des saucisses, du boucané…) ; on ferait l’un en commençant par cuire la viande, puis en ajoutant les condiments, et inversement pour l’autre ; l’un aurait des épices, l’autre pas ; l’un n’aurait pas de tomates, l’autre, si ; l’un aurait beaucoup de sauce, l’autre, non. Bref, difficile de vraiment les différencier ! En créole, on utilise l’expression « roul cari soud’riz », « cacher le cari sous le riz blanc, dans son assiette », pour dire que l’on cherche à embrouiller quelqu’un, à lui cacher quelque chose. 3- KOMAN I LÉ ? La phrase « Koman i lé ? », littéralement « Comment il est ? », veut tout simplement dire « Comment ça va ? ». Elle est souvent utilisée en guise de salutation. Elle est parfois accompagnée de l’interjection « oté », qui sert à exprimer la surprise, l’indignation ou, comme c’est le cas ici, à saluer chaleureusement : « Oté, koman i lé ? » Avec la même construction, la phrase « Oussa i lé ? » sert à demander où se trouve quelque chose ou quelqu’un. 4- KAF Les Réunionnais ne forment pas un groupe ethnique homogène et comptent parmi eux des individus aux origines diverses. Le mot « Kaf », « Cafre » en français, désigne ainsi les populations d’origine africaine, descendantes des esclaves qui avaient été amenés à la Réunion. Ce mot découle de l’arabe « kafir », qui signifie « infidèle » ou « incroyant », que les marchands d’esclaves arabes employaient pour nommer les habitants d’Afrique australe. Si le mot « Cafre » peut aujourd’hui être utilisé ailleurs dans le monde comme un terme raciste, à la Réunion, il n’a pas de connotation péjorative. Le Kaf fait partie des ethnies réunionnaises, aux côtés des Zarabs (les descendants d’Indiens musulmans), des Malbars (les descendants d’Indiens tamouls), des Chinois (les descendants de Chinois), des Yabs (ou Petits Blancs des Hauts, les descendants d’Européens d’origine modeste), des Gros Blancs (les descendants des riches propriétaires terriens), et bien sûr des Zoreils. Le 20 décembre est férié à la Réunion pour la Fèt Kaf, afin de célébrer l’abolition de l’esclavage en 1848. On retrouve également le mot « Cafre » dans un lieu bien connu de l’île, la plaine des Cafres, où des esclaves en fuite se cachèrent. La version féminine, « Kafrine » ou « Cafrine », désigne une femme d’origine africaine, mais revêt aussi une dimension affectueuse pour qualifier une fille. 5- LE FÉ NWAR Ici, la traduction littérale du créole vers le français peut donner un indice de ce qu’est le « fé nwar », « fait noir ». Il s’agit de la « nuit », tout simplement. Beaucoup d’expressions créoles sont comme le « fé nwar » des expressions lexicalisées dont le sens littéral aide à deviner la définition, même sans parler créole. Dans cette lignée, on peut citer « le tan lontan » (« le temps d’il y a longtemps »), qui signifie « le passé ». 6- MARMAILLE Le mot « marmaille » existe en français et a une connotation assez péjorative et familière, on l’utilise pour parler d’un groupe bruyant d’enfants. À la Réunion, le mot « marmaille » perd cette mauvaise réputation, il sert simplement à désigner des enfants. Dire « ma marmaille » en parlant de ses enfants est affectueux, et non pas une critique. 7- KAZ Initialement, la « case créole » est une maison traditionnelle dans les anciennes colonies, à la Réunion, mais aussi en Guyane, en Louisiane, à l’île Maurice, etc. En créole, on l’appelle la « kaz ». Mais au-delà de la maison d’un point de vue architectural, la « kaz » désigne la maison dans le sens « chez soi ». « Vien dan la kaz » veut tout bêtement dire « viens à la maison ». 8- UNE TANTINE Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une « tantine » ne désigne pas une « tante » en créole. On emploie ce mot pour parler de sa petite amie. Par extension, « tantine » peut également être utilisé pour qualifier une fille ou une femme. 9- UN DALON Un « dalon » est un ami, un camarade, un copain. Lorsqu’on dit « mon dalon » en parlant d’un de ses amis, on montre le niveau de proximité que l’on a avec lui. Familièrement en français, ce serait comme dire « mon gars sûr ». Le mot a une version féminine : « une dalone ». 10- VOLKAN LA PÉTÉ L’île de la Réunion est connue pour ses plages, ses randonnées, sa gastronomie… mais aussi pour son volcan. Ou même plutôt ses volcans, le piton des Neiges, endormi depuis fort longtemps, et le piton de la Fournaise, encore bien actif ! Pour dire qu’il est entré en éruption, on utilise donc l’expression « volkan (ou volcan) la pété ». Facile à comprendre ! Et cela annonce un magnifique spectacle à ne pas louper si vous êtes sur place à ce moment-là. Mélany Bigot Les mots et les expressions de cet article ont été collectés sur des sites officiels et auprès d’habitants de la Réunion.