Sommaire Cet article résumé en quelques mots : Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé un durcissement de la notation au baccalauréat dès 2026 : l’orthographe sera davantage prise en compte, de même que la grammaire, la syntaxe et la clarté de l’expression. C’est donc la lisibilité globale de chaque copie qui sera examinée et sanctionnée. Si nous partageons le constat qu’une bonne maîtrise de la langue est fondamentale pour l’insertion professionnelle et l’égalité des chances, nous affirmons également que cette sanction aux examens ne suffira pas à régler des inégalités sociales profondes. Les orientations de la circulaire de rentrée C’est notamment dans la circulaire de rentrée 2026-2027 que le ministre Édouard Geffray s’est exprimé sur l’exigence de maîtrise de la langue. Cette circulaire ne présente pas une nouvelle réforme structurelle, mais appelle les équipes à se recentrer sur le cœur de la mission de l’école : instruire et protéger. Il donne en particulier la priorité à l’acquisition du langage, qualifié de « premier objectif pédagogique ». Le ministre met également en avant la nécessité d’enrichir le vocabulaire des élèves, et ce, dès les premières années de scolarité et tout au long de leur parcours. Ceci constitue le préalable à la bonne compréhension d’une consigne, d’une précision, d’une nuance… Les textes à trous sont à proscrire, et les enseignants sont invités à privilégier la rédaction de phrases complètes et la pratique de l’écrit, dans le but de renforcer la mémorisation chez les élèves et de leur apprendre à formuler clairement leurs idées. La circulaire établit un lien entre maîtrise de la langue et intelligence artificielle : plus les élèves s’appuient sur ces outils, plus ils doivent être capables de comprendre, questionner et reformuler ce qu’ils lisent et ce qu’ils produisent. Édouard Geffray insiste enfin sur le rôle de l’enseignement secondaire : « Dans le second degré, la même exigence autour de la pratique de l’écrit, de l’expression, de la poursuite de l’acquisition du vocabulaire et de la lecture doit traverser l’ensemble des disciplines. L’objectif est clair : la maîtrise du langage conditionne la compréhension du monde, la sérénité du rapport à l’autre et l’autonomie de la pensée. » Une « exigence rédactionnelle réaffirmée » Le 19 mai 2026, le ministre donnait des précisions sur le site de l’Éducation nationale quant aux examens de la fin d’année 2026. Outre certains ajustements concernant le brevet des collèges, Édouard Geffray revenait sur la notation des copies du baccalauréat, évoquant une « exigence rédactionnelle réaffirmée ». Il est ainsi précisé :« La prise en compte de la qualité rédactionnelle – orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue – et du raisonnement sera renforcée et explicitée dans les barèmes nationaux de toutes les disciplines. » Le ministre insiste en ces termes : « Ainsi, toute copie dont la lecture serait jugée incompréhensible, en raison d’une maîtrise de la langue objectivement insuffisante ou de son expression, se verra attribuer une note inférieure à la moyenne. » Un positionnement dans la continuité des annonces faites par le ministre au journal Le Figaro le 7 mai… Notons que le sujet n’est pas nouveau. Pap Ndiaye, l’un des précédents ministres de l’Éducation nationale de la présidence d’Emmanuel Macron, tenait une ligne similaire. D’ores et déjà, Édouard Geffray anticipe « une baisse au brevet et une légère baisse [du taux de réussite] au bac ». Selon le ministère, cette exigence ne concernera le baccalauréat professionnel qu’à partir de 2027. Le ministre n’attend pas « des Dicos d’or de l’orthographe » Quid des applications concrètes de ces annonces ? Difficile à ce jour de trouver des informations précises sur les consignes données aux correcteurs des copies du baccalauréat. Du côté du ministère, on s’appuie surtout sur une note de service du 26 mars 2026. Celle-ci affirme également l’exigence renforcée dans les attentes rédactionnelles, qui concerne « l’ensemble des disciplines ». Elle spécifie aussi les attentes globales, à savoir : « une vigilance orthographique, avec un retour systématique sur les erreurs répétées ; une importance de la relecture par les élèves de leur production dans le temps imparti de l’épreuve ; l’exigence d’une production d’écrits structurés et argumentés. » Dans une vidéo parue sur le site L’Étudiant, Édouard Geffray précisait ne pas attendre « des Dicos d’or de l’orthographe », mais avertissait : « À ceux qui ont une expression […] calamiteuse, c’est-à-dire ceux pour lesquels l’orthographe, la syntaxe, la grammaire ne sont pas au rendez-vous, ce serait mentir que de dire que leur copie a le niveau du baccalauréat. » Pour autant, les précisions semblent tarder. Le 28 mai, quelques jours après les annonces du ministre, le syndicat enseignant SNES-FSU indiquait ainsi : « Il ne faudra pas attendre de note de service ni de consignes générales à l’ensemble des jurys de baccalauréat mais “des corrigés par sujet avec un barème tenant compte de la qualité de la langue”. » La maîtrise de la langue, vecteur d’égalité scolaire Nous partageons le constat du ministre dans la vidéo publiée par L’Étudiant : « La vraie inégalité scolaire est celle de la maîtrise du langage. Si on lâche l’affaire sur le lexique, l’orthographe et la langue, on abandonne l’objectif d’égalité des chances. » Ce point, en effet, ne souffre guère de débat. La maîtrise du langage ouvre des portes ; l’absence de maîtrise les ferme. C’est ce que rappelle le sondage Ipsos réalisé en octobre 2021 pour le Projet Voltaire : 86 % des employeurs privilégient les candidats qui s’expriment correctement à l’écrit et à l’oral. Les C.V. et les lettres de motivation contenant des fautes sont plus systématiquement écartés, et la maîtrise du français représente pour les recruteurs un plus grand point d’attention que celle de l’anglais. La maîtrise de la langue est fondamentale pour l’insertion professionnelle, à tel point que de plus en plus de recruteurs attendent que les candidats mentionnent l’obtention du Certificat Voltaire dans leurs candidatures. La maîtrise de la langue française revêt par ailleurs une importance toute particulière dans un contexte où les compétences techniques se « périment » très vite. Selon l’OCDE, la durée de vie d’une compétence technique est passée de 30 ans en 1987 à 2 ans aujourd’hui. D’après les travaux du Forum économique mondial en 2025, 59 % des actifs dans le monde vont avoir besoin d’une reconversion ou d’une amélioration de leurs compétences d’ici 2030. Or, il est difficile de se projeter dans des apprentissages sans une bonne maîtrise de la langue. Rappelons en conclusion que, selon le ministère de l’Éducation nationale, la qualité de toutes les copies sera évaluée, et non pas seulement celles qui concernent des épreuves de français. Il est donc d’autant plus important d’améliorer son orthographe et son expression en amont des examens. Ajoutons que, d’après une étude du CNRS, progresser en orthographe avec le Projet Voltaire permet de progresser dans toutes les disciplines. Plus que jamais, il faut encourager les élèves – et les étudiants – à s’intéresser à la qualité de leurs écrits.