Ces personnalités politiques aux noms prédestinés

Nous poursuivons notre série sur les aptonymes, ces noms de famille bien portés qui nous font réfléchir sur la destinée humaine. On ne peut concevoir, en effet, que le jeune Charles de Gaulle n’ait pas eu très tôt conscience de la grandeur de son nom, qui l’appelait à un destin national. Qu’en est-il des autres personnalités politiques de notre inventaire ?

De la Révolution à la République

Dur comme Robespierre

Il suffit de décortiquer le nom de ce révolutionnaire controversé (1758-1794) pour mettre au jour sa destinée ! « Robespierre » serait une déformation de Roberpierre, c’est-à-dire « Robert + Pierre » ; or « Robert » est un nom d’origine germanique formé de hrod, « gloire », et de behrt, « brillant, illustre ». Ce patronyme regroupe donc les idées de fermeté, de gloire et de renommée.

Saint-Just le justicier

Autre révolutionnaire, Louis de Saint-Just était un disciple de Robespierre. Épris de justice, il fit voter la confiscation des biens des ennemis de la République au profit des patriotes pauvres. Il est notamment l’inspirateur de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793.

Haussmann, homme de maison

Préfet de la Seine de 1853 à 1870, Georges Eugène Haussmann fut chargé par Napoléon III d’« aérer, unifier et embellir » Paris. En français, haus signifie « maison » et mann « homme ». À une lettre près, Haussmann est « l’homme de la maison ». On comprend mieux pourquoi l’empereur lui confia les clés de la capitale !

Thiers : son ménage à trois

Président de la République française de 1871 à 1873, Adolphe Thiers se « partageait » entre trois maîtresses : la femme d’un ami, qui s’appelait Eurydice Dosne, et leurs deux filles, Élise (qu’il épouse en 1833, alors qu’elle n’a que 15 ans) et Félicie. Ce n’était un secret pour personne, la presse parlait même des « trois moitiés de M. Thiers » !

Les présidents de la Ve République

De Gaulle, au nom de la France

Il a dirigé la France (anciennement « Gaule », du latin Gallia) de 1959 à 1969. Enfant, quand il jouait aux soldats de plomb, le petit Charles incarnait le roi de France qui avait sous ses ordres l’armée française. À 12 ans, il écrivait des dissertations dans lesquelles un général nommé de Gaulle défendait la France contre l’Allemagne. Nul doute que son patronyme a aidé à la réalisation de cette « prophétie » !

Et François Hollande, alors ? C’est un contraptonyme ! Né en 1954, Hollande a été président de la République française entre 2012 et 2017. Son patronyme, fréquent dans le nord de la France, signifie « qui est originaire de Hollande ». Notre président aurait donc des ancêtres hollandais. Mais nul coup bas au pays : François est l’ancienne version de Français !

Président ? C’est son d’Estaing !

Y a-t-il plus grand destin que celui d’accéder à la magistrature suprême ? C’est, en tout cas, la voie suivie par Valéry Giscard d’Estaing, président de la République française de 1974 à 1981. Désormais, membre du Conseil constitutionnel et de l’Académie française, l’infatigable « VGE » est bien décidé à laisser sa marque dans l’histoire.

Les ministres sous François Mitterrand

Cresson à l’Agriculture

Édith Cresson – le cresson est une plante potagère dont les feuilles peuvent se consommer crues ou cuites – a été ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Pierre Mauroy, de 1981 à 1983. L’émission satirique de marionnettes Le Bébête show la représenta par une panthère dénommée « Amabotte », jeu de mots fondé sur l’expression « à ma botte !á», moquant sa prétendue docilité face au président Mitterrand, et « botte de cresson ».

Lang à la Communication

Mieux vaut ne pas avoir la langue dans sa poche quand on a, comme Jack Lang, été délégué à la communication pour la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1981, puis ministre de la Culture et de la Communication au sein de trois gouvernements, entre 1988 et 1992. Mais attention, elle peut fourcher : alors maire de Blois, Lang déclara : « Parfois, il vaut mieux appeler un chat un chat que d’utiliser la langue de Blois » !

Delors à l’Économie

Jacques Delors (« de l’or ») a été ministre de l’Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement de Pierre Mauroy, de 1981 à 1984. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’euro, la « Commission Delors » ayant posé, dès 1985, les bases de la monnaie unique.

Un maire nommé (Le)Maire…

Olivier Maire

Cet agent général d’assurances, né en 1971, a été élu maire de Cublize (Rhône) en 2014. Pour le présenter, les journalistes doivent ruser. Le Progrès, par exemple, mentionne « le premier magistrat, Olivier Maire » afin d’éviter la répétition « le maire, Olivier Maire ».

Roger Lemaire

Ce retraité, ancien ingénieur dans la production automobile, a été élu maire de Nieppe (Nord) en 2014. Le jour de son élection, La Voix du Nord titrait « Roger Lemaire, le bien nommé, a pris ses fonctions ». Son homonyme est Roger Lemerre, ancien sélectionneur de l’équipe de France de football.

Et Bruno Le Maire, alors ? C’est un contraptonyme ! Député de l’Eure depuis 2007, membre du parti Les Républicains, Le Maire a été directeur de cabinet, secrétaire d’État, ministre, conseiller régional, mais… il n’a jamais été maire !

Députés à forte personnalité

Éva Joly

De nationalité franco-norvégienne, cette députée européenne écologiste, élue en 2009, a été candidate à la présidentielle de 2012. Une habituée des élections, qui, à l’âge de 18 ans, a terminé 3e au concours de Miss Norvège ! Ce jour-là, pourtant, Eva n’est pas « Joly » : elle se nomme encore Gro Eva Farseth. C’est à son arrivée en France qu’elle supprime son premier prénom, puis rend justice à son écharpe de dauphine en épousant Pascal Joly.

Laurence Abeille

Le 29 octobre 2012, cette députée écologiste a déposé une proposition de résolution visant à protéger… les abeilles ! En effet, ces dernières sont menacées par les pesticides. L’année suivante, trois ruches ont été installées sur les toits du palais Bourbon.

Thierry Braillard

Né en 1964 à Bron, Me Braillard est avocat au barreau de Lyon. Il a été député du Rhône en 2012, avant d’être nommé, en 2014, secrétaire d’État chargé des Sports dans le gouvernement de Manuel Valls. Droit et politique : deux domaines où il faut savoir donner de la voix !

Sandrine Campese
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