Dossier : 5 conseils pour améliorer votre expression orale

L’exercice de la prise de parole n’est pas chose aisée. Sinon, il n’existerait pas quantité d’ouvrages, de vidéos, de formations sur le sujet ! À part quelques chanceuses et chanceux qui ont « ça dans le sang », nous avons toutes et tous des progrès à faire, surtout de la confiance à prendre. Voici quelques conseils pour libérer votre parole, être enfin vous-même à l’oral !

1- Soignez votre attaque

L’attaque, ce sont les premiers mots que vous prononcez. Ils vont donner le ton de votre intervention. Non pas qu’il soit impossible de rattraper le tir après une attaque ratée, mais autant mettre toutes les chances de votre côté. Et puis, comme on dit, c’est (souvent) la première impression qui compte. 

La tendance, lorsqu’on prend la parole d’un pas mal assuré, est de minimiser d’emblée les propos qui vont être tenus, au moyen de tics de langage. Par exemple, en disant : « Je vais vous parler un petit peu de… » Pourquoi « un petit peu » ? Si encore ce « un petit peu » était la promesse d’un propos concis, mais souvent il n’en est rien. « Un petit peu » n’empêche malheureusement pas les longs développements ! Assumez ce que vous avez à dire, engagez-vous : « Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de…, parce que ce sujet me plaît, me tient à cœur. » 

L’attaque, à l’oral, c’est un peu la 4e de couverture de livre : il faut donner envie d’écouter la suite sans tout dévoiler. « L’annonce du plan » est un classique que nous avons éprouvé durant nos années étudiantes. Il a l’avantage d’annoncer la couleur, de « préparer » l’auditoire : pas de surprise, on sait où l’on va ! 

Bien sûr, vous pouvez aussi trouver des accroches originales, comme la prétérition : « Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler de… Je ne vous parlerai pas non plus de… », une technique certes connue, mais qui devrait tenir vos auditeurs en haleine. En tout cas, au début !

2- Allez au bout

Cela paraît tout bête mais, sous l’emprise du stress, on a tendance à laisser nos phrases en suspens, à les interrompre avant la fin, et à passer à la suite. Cette pratique peut donner une impression de flottement, de fuite, d’imprécision, et, à force, d’incompétence. 

D’abord, si vous n’arrivez pas à terminer vos phrases, c’est peut-être que ce que vous racontez n’est pas clair pour vous. Souvenez-vous du célèbre adage de Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément. » En amont de votre intervention, prenez le temps d’éclaircir tout ce qui vous semble encore obscur et surtout de reformuler avec vos propres mots. Rien n’est plus contre-productif que d’ingurgiter le discours d’autrui et de le restituer tel quel. 

Pensez, comme à l’école, qu’une phrase « commence par une majuscule et se termine par un point ». Cette majuscule et ce point, on doit les entendre ! Contrairement à d’autres langues, comme les langues latines (espagnol, italien), la langue française est assez monocorde à l’oral. La majuscule, c’est une sorte d’accent tonique que vous mettez au début de chaque phrase, 

sans exagération, bien sûr. Comme son nom l’indique, le point vient « ponctuer », donner du rythme, de la mesure, mais aussi clore une idée avant de passer à la suivante, à condition de le faire suivre d’un petit silence. 

Bien sûr, il faut favoriser les phrases courtes. Pensez encore à la structure scolaire « sujet-verbe-complément ». Réservons les phrases longues à la littérature. Et encore, n’est pas Proust qui veut… 

Dernier symptôme du stress oral : le fait de répéter plusieurs fois la même chose, en le formulant différemment, parfois trois ou quatre fois ! C’est comme si l’on était pris dans une spirale aspirante, entêtante. Il ne s’agit pas ici de reformuler plusieurs fois une idée complexe pour faciliter la compréhension de l’auditoire. Non ! Là, c’est pour vous que vous le faites, pour vous rassurer, vous apaiser, gagner du temps, meubler, pourquoi pas. Développer une nouvelle idée, c’est prendre le risque de se tromper, alors que là, c’est sûr, vous commencez à « maîtriser »… Ici comme ailleurs, sachez rompre la boucle dès que vous réalisez que vous passez en pilotage automatique.

3- Faites d’une erreur une force

Gardez bien ce principe en tête : celles et ceux qui vous écoutent, vous regardent, savent que vous êtes un être humain. Eh oui ! Personne n’attend que vous vous comportiez comme une machine insensible, insensible à ses propres besoins et ressentis, insensible à son environnement… 

Vous avez la bouche sèche ? Cela gêne votre élocution ? Prenez le temps de boire une gorgée d’eau. Et d’en plaisanter, pourquoi pas. Vous bafouillez, votre langue fourche, vous commettez un lapsus ? Plutôt que de montrer de la gêne, de vous excuser, tirez-en un petit trait d’humour, si cela s’y prête. Vous avez fait une faute de français et vous vous en êtes rendu compte ? Ne la laissez pas passer, vous vous en voudriez ensuite ! Corrigez-vous, faites preuve d’humilité : « C’est d’ailleurs une règle que j’ai apprise il n’y a pas longtemps (grâce au Projet Voltaire, bien sûr !, NDLR). » Si vous avez, dans l’auditoire, une personne qui est « très à cheval sur la grammaire », pourquoi ne pas la convoquer avec bienveillance : « Je me corrige, sinon X va se sentir mal ! » Dans tous les cas, le mot d’ordre, c’est dé-dra-matiser !

4- Cessez de vous juger

C’est un conseil complémentaire au point 3. Ne vous est-il jamais arrivé, alors que vous étiez en train de vous exprimer en public (ou pourquoi pas, dans un média), de vivre une espèce de dédoublement ? Un autre « vous » semble sortir de votre corps, s’installe à vos côtés et vous regarde parler. S’il ne faisait que vous regarder, passe encore ! Mais, alors que vous poursuivez votre intervention, il commente en direct votre prestation, comme il le ferait lors d’une rencontre sportive. Et autant dire qu’il ne s’agit pas de compliments (même si ça peut arriver). Il relève toutes vos petites erreurs : le moindre bégaiement, un mot dit pour un autre, une formulation maladroite… Bref, il refait le match… pendant le match ! 

Comment voulez-vous, alors que votre attention est parasitée par ce « moi maléfique », donner le meilleur de vous-même ? vous concentrer sur ce que vous êtes en train de dire ? Difficile, voire impossible, d’être en même temps dans l’analyse et dans l’action, à l’intérieur et à l’extérieur, ici et ailleurs… 

Mais alors, comment s’en débarrasser ? La technique de la visualisation semble avoir fait ses preuves. Lorsqu’« il » arrive, chassez-le, frappez-le s’il le faut (mentalement bien sûr, mais visualisez votre geste). L’idéal est de pouvoir faire ce travail à la faveur d’une micro-pause, pendant que vous buvez une gorgée d’eau, par exemple. 

Après votre intervention et seulement après, vous aurez tout loisir d’y repenser à tête reposée et de voir ce que vous pourrez améliorer la prochaine fois.

5- Élevez votre vocabulaire

Outre votre aisance, votre clarté, votre humour…, le vocabulaire que vous employez a aussi un rôle à jouer. D’abord, parce qu’il faut bien le reconnaître, nos prises de parole, surtout en entreprise, sont assez standardisées. Même niveau de langue, mêmes mots, un vocabulaire qui se veut avant tout « efficace » (pour ne pas dire « impactant »). 

Certes, on ne vous demande pas un exercice de rhétorique, mais intégrer deux-trois termes de vocabulaire un peu soutenu, pour apporter élégance et précision à votre pensée, ne peuvent que susciter de l’intérêt ! Et ce, dès l’entrée en matière : « Avant de commencer, quelques propos liminaires », « En guise de prolégomènes, voici un graphique », « Rassurez-vous, mon intervention devrait se terminer avant la pause prandiale ». 

– liminaire : placé en tête d’un ouvrage comme préface ou au début d’un discours

– prolégomènes : notions, principes préliminaires à l’étude d’une question.

– prandial : relatif au déjeuner 

Autre idée : votre entreprise use et abuse des anglicismes, du fameux « langage corporate » ? Et si, le temps d’une présentation, vous osiez franciser ces mots, à commencer par courriel (e-mail), mais aussi arrière-salle (back-office), aguiche (teaser), divulgâcher (spoiler), infox (fake news), florilège (best of), mouchard (cookie), remue-méninges (brainstorming), résumé (pitch)… ? Et réhabiliter réunion (à la place de meeting), obligatoire (et non mandatory), croître, grandir (plutôt que scaler) ! 

Derrière la surprise que cela peut susciter de prime abord, peut-être lancerez-vous une nouvelle mode, ou, au moins, les bases d’une réflexion… 

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Sandrine Campese

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