Sommaire Infernal Commençons par l’adjectif qui correspond exactement au nom « enfer », à savoir « infernal » ! Première remarque : pourquoi ne dit-on pas « enfernal » ? Ce serait plus logique, n’est-ce pas ? Parce qu’il a été formé sur le latin infernalis. Ou plutôt devrait-on dire reformé, car au XIIe siècle, l’adjectif existait bien sous la forme « enfernal » avant d’être « relatinisé » en « infernal ». La question méritait donc d’être posée. Cela peut surprendre, mais « infernal, dans la mythologie gréco-latine et la religion chrétienne, est d’usage littéraire. Il signifie « qui appartient à l’enfer ou aux enfers » (le séjour infernal, les fleuves infernaux, les puissances infernales). Dans la langue courante, « infernal » qualifie tout ce qui est « digne de l’enfer », inspirant l’horreur et le mal (une ruse infernale, une cruauté infernale, un piège infernal) et, au sens figuré (et par exagération), ce qui est très violent, très pénible, insupportable (une chaleur infernale, des gamins infernaux, un vacarme infernal). En outre, l’idée d’un engrenage néfaste, qui ne peut s’interrompre, se retrouve dans l’expression « cycle infernal ». Dans tous ces exemples, « infernal » a pour synonyme « diabolique » (voir ci-dessous). Peut-on employer « d’enfer » dans le même sens ? Oui, mais attention, cette locution peut être connotée négativement (une vision d’enfer = une vision d’horreur) comme positivement (un look d’enfer = un look extraordinaire, fabuleux) ! Le saviez-vous ? Une « machine infernale » est un engin explosif fabriqué en vue d’un attentat et, au figuré, une entreprise odieuse dirigée contre quelqu’un et destinée à le perdre. La Machine infernale est aussi le titre d’une pièce de Jean Cocteau (1934). Diabolique… « Infernal » est à l’enfer ce que « diabolique » est au diable ! Tiré du latin diabolicus, l’adjectif signifie « qui vient du diable », « qui est inspiré par le diable » (un pouvoir diabolique, une tentation diabolique). Plus largement, « diabolique » qualifie « ce qui est plein de ruse et de méchanceté », ce qui est doué d’un pouvoir maléfique et mystérieux, inspiré par le diable (un rictus diabolique, une invention diabolique). Dans ce sens, on pourrait aussi dire « démoniaque » (voir ci-dessous). L’Académie française donne une troisième acception, cependant très rare, de « diabolique » : « très difficile, très compliqué, offrant des difficultés subtiles, raffinées » (un travail diabolique, un chemin diabolique). Il se rencontre certainement en ce sens dans la littérature. Le saviez-vous ? Si les trois dictionnaires de référence (Larousse, Le Robert, l’Académie française) font de « diabolique » un adjectif (et uniquement un adjectif), il est pourtant employé comme nom, au pluriel, dans le titre du recueil de nouvelles de Jules Barbey d’Aurevilly, Les Diaboliques (1874). C’est aussi le titre d’un film de Henri-Georges Clouzot, sorti en 1955. Enfin, « diabolique » a accouché d’un adverbe, « diaboliquement », ce qui n’était pas le cas d’infernal (« infernalement » n’existe pas). … et endiablé Si, jadis, l’adjectif signifiait « possédé du diable » ou « qui se conduit comme s’il était possédé du diable », ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Endiablé » veut encore dire « très turbulent » (des enfants endiablés = infernaux), mais surtout « d’une vivacité extrême » (un esprit endiablé, une danse endiablée). Son sens est devenu positif. C’est « diabolique » qui remplace désormais l’acception vieillie d’endiablé. Démoniaque Le diable étant aussi nommé « le démon », voire « le prince des démons », il est naturel que l’adjectif « démoniaque », tiré du latin daemoniacus,entre dans la danse (macabre !). Au sens premier, « démoniaque » est un adjectif, mais également un nom littéraire qui signifie « possédé du démon » (une créature démoniaque, exorciser un démoniaque). Plus largement, « démoniaque » qualifie tout ce qui est « digne du démon », « qui évoque le démon » (un rire démoniaque, une idée démoniaque). Enfin, au figuré, est démoniaque tout « ce qui est d’une perversité diabolique » (une ruse démoniaque). On pourrait aussi dire « pervers » en ce sens. Contrairement à « infernal » et « diabolique », « démoniaque » n’a pas reçu « ses lettres de noblesse » : il n’entre pas dans le titre d’une œuvre. On retrouve néanmoins le nom « démon » dans Les Démons de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski. À noter enfin que l’adverbe « démoniaquement », bien qu’attesté dans le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) est d’usage rarissime, et absent des trois dictionnaires de référence. Satanique L’adjectif « satanique » est formé sur le nom propre Satan. Dans les religions monothéistes, « Satan » est le nom donné à l’ange qui s’est révolté contre Dieu. En effet, Satan, tout comme Lucifer (voir plus bas), est à l’origine une créature céleste. Il devient l’« accusateur » ou l’« adversaire » de Dieu, puis l’esprit du mal, et, pour finir… le diable. Une vraie déchéance ! « Satanique » signifie, au sens propre, « propre à Satan » (un culte satanique, un esprit satanique) et au satanisme, le culte rendu à Satan, souvent sous la forme de messes noires. Au sens large et figuré, « satanique » signifie « qui fait penser à Satan », « digne de Satan », et donc qui fait penser au diable, à l’esprit du mal (une ruse satanique, une méchanceté satanique). Le saviez-vous ? Le « Saki satan » est un singe d’Amérique du Sud pourvu d’une abondante barbe noire. Quant au « bolet Satan », c’est un champignon vénéneux au pied rouge et au chapeau blanc grisâtre. Sardonique… Cet adjectif fait penser à « satanique », et pour cause : il est très proche de lui morphologiquement et sémantiquement. Pourtant, il n’est pas directement lié au diable. En effet, « sardonique » entre surtout dans l’expression « un rire sardonique ». Il est tiré du grec sardonikos,qui signifie « de Sardaigne », le rire étant provoqué, croyait-on jadis, par la sardonia, une renoncule de Sardaigne. Aujourd’hui, ce qui est « sardonique » exprime une « moquerie amère, froide et méchante ». Le Larousse et Le Robert (mais pas l’Académie française) attestent l’adverbe « sardoniquement » (rire sardoniquement). À lire également sur notre blog : 50 nuances de rires : comment décrire le rire avec style ? … et sarcastique Cet autre adjectif, avec des sonorités proches de « satanique » et « sardonique », est tiré du nom « sarcasme ». Comme « sardonique », il signifie « moqueur et méchant » (des propos sarcastiques, un sourire sarcastique). Voltaire, dans sa correspondance, savait se montrer sarcastique ! Luciférien Après Satan… Lucifer ! D’abord, un peu d’étymologie. Lucifer est un nom latin signifiant « porteur de lumière ». Il est composé de lux, lucis, « lumière », et de fero, « porter ». Dans la mythologie romaine, il personnifiait l’« astre du matin » annonçant la lumière de l’aurore. Passé dans la religion chrétienne, Lucifer a d’abord conservé ses caractéristiques mythologiques (celui qui porte la lumière, la vérité, l’étoile du matin, l’astre brillant…) avant de devenir l’ange déchu qui s’est rebellé contre Dieu. On comprend pourquoi Lucifer et Satan sont assimilés l’un à l’autre. Mais alors, que signifie l’adjectif « luciférien » (qui devient « luciférienne » au féminin) ? Au sens propre, « luciférien » signifie « qui se rapporte à Lucifer, qui rend culte à Lucifer, au démon » (une secte luciférienne, une cérémonie luciférienne). Par extension, il qualifie tout ce qui tient de Lucifer, du diable, et se rapproche de « démoniaque » et de « satanique » (un orgueil luciférien, une révolte luciférienne). Le saviez-vous ? « Luciférien » peut également être un nom. Il désigne alors un membre de certaines sectes satanistes qui, au Moyen Âge, rendaient un culte à Lucifer. Méphistophélique… Après « satanique » et « luciférien », « méphistophélique » est le troisième adjectif dérivé d’un nom propre, en l’occurrence Méphistophélès, parfois abrégé en « Méphisto ». Qui est-il ? Contrairement à Satan et à Lucifer, issus de la religion, Méphistophélès est un personnage de folklore populaire, attesté pour la première fois au XVIe siècle dans la légende de Faust, reprise au XIXe siècle dans les pièces de théâtre de l’écrivain allemand Goethe. Méphistophélès est l’incarnation que prend le diable pour rendre visite au docteur Faust et pour lui promettre une seconde vie, où il pourra posséder toutes les connaissances, mais aussi accéder à tous les plaisirs sensibles ; après quoi il laissera son âme à la disposition du diable. Le saviez-vous ? Lucifer et Méphistophélès ont tous les deux la « lumière » dans leur nom : Lucifer, sous la forme latine lucis, et Méphistophélès, sous la forme grecque phôs (que l’on retrouve dans « phosphore »). Cela étant, le nom complet de Méphistophélès signifierait littéralement « celui qui aime l’absence de lumière ». C’est tout naturellement que l’adjectif littéraire « méphistophélique » est apparu pour qualifier « ce qui est digne de Méphistophélès ou qui évoque Méphistophélès »,et plus largement « ce qui semble appartenir au démon ». Il a pour synonyme tous les autres adjectifs traités précédemment. … et machiavélique Ici, point de diable, mais le nom de l’écrivain et homme politique florentin Niccolò Machiavelli (francisé en Nicolas Machiavel), l’auteur du Prince (1531). Directement formé sur le nom Machiavel, « machiavélique » (anciennement « machiavélien ») se fonde sur la doctrine de l’auteur, le « machiavélisme », une conception de la politique prônant la conquête et la conservation du pouvoir par tous les moyens. « Machiavélique » est donc un adjectif péjoratif signifiant « qui a recours à la ruse, à la dissimulation, et ne s’embarrasse pas de scrupules pour parvenir à ses fins » (un personnage machiavélique, un projet machiavélique). Il a pour synonymes « rusé », « perfide », ou encore « scélérat ». Et maléfique ? Si « maléfique » ne fait pas directement appel au démon, il est tout de même relatif au mal, du latin maleficus, « méchant » ou « malfaisant ». « Maléfique » signifie « qui a une action néfaste, une influence malfaisante et occulte » (un rôle maléfique, un pouvoir maléfique), autrement dit, qui cause du mal, qui porte malheur ! À lire également sur notre blog : Le mot juste : funèbre, funeste, macabre ou morbide ? Ces mots pour parler de l’enfer… Toutes les définitions indiquées dans cet article sont tirées des dictionnaires de référence en ligne : Le Robert, le Larousse et le dictionnaire de l’Académie française. Sandrine Campese