Figure de style L’allitération : rythmer grâce aux consonnes Vous avez aimé l’assonance, cette figure de style qui consiste à répéter les mêmes voyelles au sein d’une phrase ou d’un groupe de mots ? Voici sa « cousine », l’allitération ! Cette fois, il ne s’agit pas de répéter la même voyelle, mais la même consonne. Le mot « allitération » vient du latin ad (vers) et littera (lettre). Vous connaissez certainement la célèbre tirade écrite par Jean Racine dans sa pièce Andromaque : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Il s’agit d’une allitération. La répétition du son « s » rappelle le sifflement des serpents évoqués dans la tirade. Évaluer mon niveau Pour progresser en français, faites le test ! Lancer l’évaluation On vous explique Exemples d’allitérations littéraires « Tic-tac, tic-tac ; Ta Katie t’a quitté ; Tic-tac, tic-tac ; Ta Katie t’a quitté » (Boby Lapointe, Ta Katie t’a quitté). Dans cette chanson, Boby Lapointe (auteur, compositeur et interprète) use de multiples allitérations (et d’assonances). Celle-ci, avec la répétition du « t », rappelle bien entendu le bruit de la pendule. On retrouve ce procédé un peu plus loin dans la chanson : « Ôte ta toque et troque ; Ton tricot tout crotté ; Et ta croûte au couteau ; Qu’on t’a tant attaqué ». « Y a pas d’hélice hélas ! C’est là qu’est l’os » (Bourvil et Louis de Funès dans le film La Grande Vadrouille). Dans le célèbre film de Gérard Oury sorti en 1966, les personnages joués par Bourvil et Louis de Funès constatent que les planeurs qu’ils utiliseront pour fuir les soldats allemands ne sont (bien entendu) pas équipés d’hélices. Ce dialogue contient une double allitération : la répétition du son « l » d’abord, du son « s » ensuite. Notons cependant que cela peut également être considéré comme une paronomase (assemblage de mots aux sonorités proches). « J’avoue j’en ai bavé pas vous mon amour ; Avant d’avoir eu vent de vous mon amour » (Serge Gainsbourg, La Javanaise). Serge Gainsbourg ne dédaignait pas les allitérations. Dans sa chanson Bonnie and Clyde, la répétition du son « t » évoque le bruit des « mitraillettes qui reviennent à l’attaque ». Et dans La Javanaise, ce « v » murmuré donne à sa chanson un ton suave et excessivement doux. Exemples d’allitérations courantes Les allitérations, en français, sont surtout à chercher du côté des virelangues, ces phrases qui servent d’exercices d’élocution : « Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien. » Les fonctions de l’allitération Les exemples donnés plus haut le montrent bien : une allitération sert à « rythmer » une phrase. Elle permet aussi « d’imiter ». Ainsi, la répétition d’un son spécifique rappelle le bruit de la pendule, celui de la mitraillette, un murmure amoureux ou le sifflement de serpents. Avis de l'expert Notons que l’Académie française présente l’allitération non comme une figure de style, mais comme une figure de mots, consistant en une « répétition recherchée des mêmes lettres ou des mêmes syllabes » sans préciser qu’il s’agit de consonnes. Les exemples donnés ressemblent même plutôt à des assonances : « Qui terre a, guerre a. Qui refuse, muse. Etc. » Exercice Exerçons-nous ! S’agit-il d’allitérations ? Misérable ! et je vis ! et je soutiens la vue ; De ce sacré Soleil dont je suis descendue ! Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ; Dit cet animal plein de rage. Réponses Cette tirade de Phèdre (Racine, toujours…) contient bien une allitération : le son « s » est répété plusieurs fois. Dans ce vers de son poème Mon rêve familier, Verlaine fait usage d’une assonance (répétition du son « en »), et non d’une allitération. Dans sa fable Le Loup et l’Agneau, Jean de La Fontaine utilise une allitération : le son « t » est répété plusieurs fois.