L’évolution de formidable : de « redoutable » à « merveilleux » (partie 2)

Nous poursuivrons notre analyse du mot formidable, lequel a connu, au fil du temps, une importante évolution sémantique. En effet, l’adjectif est passé d’un sens négatif à un sens positif. Avant, était « formidable » ce que l’on craignait, aujourd’hui est « formidable » ce que l’on apprécie. Comment en est-on arrivé à un tel écart de sens ? Après avoir analysé le sens premier en s’appuyant sur un album de Tintin, nous nous penchons sur l’acception actuelle, à travers les chansons de Charles Aznavour et de Stromae !

For me, formidable

Quand, en 1964, Charles Aznavour chante For me, Formidable, le mot est bien compris au sens laudatif (élogieux) de « extraordinaire », « sensationnel ». Rappelons qu’à cette époque, formidable était parfois abrégé en « formi ». C’est sans doute la raison pour laquelle les paroles de la chanson s’amusent de l’homophonie entre l’anglais for me (pour moi) et l’apocope « formi ».

Il serait un peu hâtif de croire que formidable est passé d’un extrême à l’autre d’un coup de baguette magique. En réalité, le glissement de sens s’est fait par étapes. De « terrible », on est d’abord passé à « dont la taille, la puissance est grande », vers 1830. Puis, on a laissé de côté les considérations physiques, pour aller vers « remarquable », « étonnant ».

L’emploi de formidable au sens « que l’on apprécie fortement » est encore répertorié comme « familier » par certains dictionnaires. Ce n’est pas la première fois qu’un mot à connotation négative, voire agressive, est ainsi détourné. Le langage « d’jeuns » regorge d’exemples : « ça déchire », « c’est une tuerie », « c’est de la bombe », et plus récemment encore, « saigner quelque chose », c’est-à-dire l’user, l’abîmer à force de l’utiliser et de l’apprécier (ex. : « saigner un dessin animé » pour « le regarder un nombre incalculable de fois avec le même plaisir »).

Le maestro du Formidable

Que ce soit dans l’un ou l’autre de ses sens, formidable est un mot plutôt ringard du point de vue des « jeunes générations » qui ne l’emploient plus guère.

Pourtant, une des nouvelles vedettes (pour employer un autre mot désuet !) de la chanson française, Stromae, a intitulé une de ses chansons Formidable.

Dans le refrain, le chanteur fait rimer formidable avec « fort minable », très proche phonétiquement à une lettre près, tout en étant l’antithèse parfaite. Enfin, la version anglaise des paroles est intéressante : formidable est remplacé par wonderful, que l’on traduit plus volontiers par « magnifique ». Ce nouveau sens esthétique ferait-il renaître formidable de ses cendres ?

Sandrine Campese
Crédit photo

 

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