Nouveaux mots du Petit Larousse et du Petit Robert 2022 : que disent-ils de nous ?

En juin 2021, de nouveaux mots ont fait leur entrée dans les dictionnaires de référence : Le Petit Larousse et Le Petit Robert. Un nouveau cru abondamment pourvu (170 mots chez Larousse contre 150 environ d’habitude) et placé, sans surprise, sous le signe de la crise sanitaire et des nouvelles pratiques qui en découlent. Bien sûr, le numérique et le sociétal y tiennent bonne place. Anxiogène, craignez-vous ? Heureusement, quelques mots plus « légers » sont aussi consacrés ! Sans plus attendre, voici les grands enseignements que nous pouvons tirer de ces dernières éditions.

–  Les mots de la crise sanitaire s’installent durablement

En 2020, souvenez-vous, le nom covid avait fait son entrée dans le dictionnaire. Comment passer à côté ? Le coronavirus, lui, existait déjà : il est daté « vers 1970 » chez Robert.

On peut noter, en 2021, l’apparition dans le même dictionnaire de l’apocope corona. Ce procédé témoigne généralement d’un certain degré de proximité, de banalité, de familiarité : « Pas de bol, j’ai chopé le corona ! ». À quand le « coro » ? Dans le même ordre d’idée, Larousse accueille réa, apocope de « réanimation », qui semblerait presque « sympathique » si la réa-lité qu’il recouvre n’était pas tragique… Toujours chez Larousse apparaît le mot-valise coronapiste, « piste cyclable provisoire née du déconfinement pour favoriser la pratique du vélo en ville ». Il semble pourtant assez peu employé, par rapport au traditionnel « piste cyclable ».

En revanche, les quelques dérivés de covid que l’on a pu rencontrer çà et là dans la presse ou sur les réseaux sociaux, tels covidé, covidisé, covidien, covidiste… n’ont pas été (encore) admis.

Dans la précédente édition, Le Petit Larousse (contrairement au Petit Robert) n’avait pas encore intégré les mots dérivés de « confiner » : déconfiner, déconfinement, reconfiner, reconfinement. C’est désormais chose faite !

Bien sûr, un néologisme n’est pas seulement un nouveau mot, c’est aussi un sens nouveau attribué à un mot existant. Aujourd’hui, qui associe spontanément l’écouvillon à son sens premier : « brosse cylindrique à manche pour nettoyer le canon d’une arme à fond » ? Désormais, il est tout avant la tige qu’on insère dans le nez pour dépister une infection. Plus savamment, d’ailleurs, c’est un prélèvement nasopharyngé (autre nouveauté !) De même, l’anglicisme cluster prend, chez Larousse, le nouveau sens de « foyer de contagion » (francisation préférée à l’anglicisme). Autre variation, de catégorie cette fois-ci, l’adjectif asymptomatique est devenu un nom : un(e) asymptomatique, les asymptomatiques

Des mots savants, il y en a encore chez Robert : désormais, un virus peut être aéroporté, mais sans l’intervention d’un avion, d’un planeur ou d’un hélicoptère, comme dans l’acception initiale. Des micro-organismes en suspension dans l’air jouent tout aussi bien les transporteurs ! Et parce que le virus est justement transmis par aérosol, il est question de son aérolisation. Notons enfin toute une déclinaison de vocables autour de la vaccination : vaccinodrome, « couverture vaccinale », antivaccins, antivax

Le ou la covid ? Les deux !  Un an et demi après son apparition, le genre du nom covid n’est toujours pas tranché. Chez Larousse, le féminin est préféré (en tout cas par son lexicographe Bernard Cerquiglini), mais les deux genres sont acceptés. Chez Robert, les deux genres sont également indiqués. Quant à l’Académie française, qui a très tôt préconisé le féminin, elle est bien obligée de constater, avec le recul, que l’usage lui préfère le masculin.

–  Nous sommes toujours plus connectés

Sans surprise, aussi ! Connectés, nous l’étions déjà avant la crise, mais celle-ci, en imposant le confinement, le télétravail, la distanciation sociale, a durablement ancré des habitudes virtuelles dans notre vie.

Désormais, nombre de réunions se déroulent en visio, apocope de « visioconférence ». Ici aussi, l’apocope témoigne d’une pratique désormais familière. Plus technique est le VPN (commun à Robert et à Larousse) : c’est le système par lequel les employés se connectent au réseau local de leur entreprise, ce qui assure une connexion privée et sécurité.

La consommation croissante de contenus en ligne est une aubaine pour les vlogueurs et les vlogueuses qui tiennent un vlog (blog dont le média est la vidéo), mots qui entrent dans Le Petit Robert.

Même « déconfinés », nous avons toujours la possibilité de commander en ligne, un livre, par exemple, et d’aller le retirer en librairie, selon le procédé du « click and collect », que Le Petit Larousse a également intégré sous la forme francisée (et préférable !) cliqué-retiré ou retrait rapide.

En revanche, on n’échappe pas, chez Robert, aux noms formés de l’anglicisme tech : à la biotech (start-up de biotechnologie) s’ajoute la fintech (start-up qui utilise les nouvelles technologies pour proposer des services bancaires et financiers performants).

–  Une société plus diverse et « inclusive »

De nombreux néologismes « sociétaux » apparaissent dans Le Petit Robert pour décrire, par exemple, de nouvelles habitudes de consommation. Réduire sa propre consommation ? C’est faire de la déconsommation, terme proche du frugalisme qui consiste à adopter un mode de vie simple pour atteindre l’indépendance financière et profiter d’une retraite précoce.

Toujours dans Le Petit Robert, des mots reprennent de la vigueur, comme le vieux verbe silencier, « réduire au silence », une minorité, par exemple. On avait déjà « invisibiliser ». Chez Larousse, c’est l’adjectif racisé qui fait son entrée. Il se dit de « quelqu’un qui est l’objet de perceptions ou de comportements racistes. ». Ainsi, certaines populations peuvent être racisées, le nom correspondant étant racialisation.

Les vocables autour du préfixe trans- se précisent afin de mieux décrire la réalité. Qu’on se le dise : les termes transformiste ou transsexuel appartiennent au passé ! Désormais, il est question de transgenre ou de transidentité. Et afin de nommer la détresse ressentie par une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à sa naissance, on emploie l’expression « dysphorie de genre ».

–  Un peu de légereté ! 

À la suite de Robert, Larousse a intégré le nom mocktail (cocktail sans alcool) et le verbe s’enjailler, venu de Côte d’Ivoire (faire la fête, s’amuser). De même, Larousse accueille enfin le nom d’origine japonaise émoji (francisé avec son accent) aux côtés du français émoticône et de l’anglicisme smiley. Rappelons qu’au Québec c’est une « binette » !

Bien sûr, dans les dictionnaires français (en tout cas, chez Robert), la bonne chère a toujours une place de choix ! Pour celles et ceux qui aiment les voyages culinaires, nous vous proposons le bao, petite brioche farcie cuite à la vapeur, emblématique de la cuisine chinoise, ou le chawarma, viande épicée grillée sur une broche, spécialité du Moyen-Orient. Vous préférez le terroir français ? Pas de problème, la truffade, spécialité auvergnate à base de pommes de terre de pommes de terre rissolées mélangées à du cantal ravira vos papilles ! Enfin, les œnophiles seront heureux de voir accueilli le malbec, cépage rouge cultivé dans le Sud-Ouest, qui donne des vins tanniques et colorés.

Sandrine Campese

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    Bonsoir Liliane, c’est exact, merci ! Ni moi ni la correctrice n’avons vu la coquille, par habitude le cerveau a tendance à ajouter de lui-même la lettre manquante ;-). Merci de votre vigilance ! Bonne soirée.