Bobet, faire la pote, tiaffe… 10 helvétismes qui méritent d’être connus !

Quand vous pensez au français parlé en Suisse, ce sont les mots huitante, septante, et l’expression « Y’a pas l’feu au lac » qui vous viennent à l’esprit ? Il est temps d’élargir votre horizon ! Après les québécismes et les africanismes, nous nous intéressons ce mois-ci aux helvétismes, et plus précisément aux romandismes, issus de la Suisse romande. La plupart figurent dans Le Petit Robert et Le Petit Larousse. Raison de plus pour en faire (bon) usage !

1- Avoir son fond
Attention, faux ami ! « Avoir son fond », ce n’est pas « être en fonds », c’est-à-dire « avoir de l’argent disponible ». Dans cette expression, attestée dans Larousse, le fond est le fond de la mer, de la piscine… « Avoir son fond », c’est « toucher le fond avec les pieds », plus simplement « avoir pied » ! Logique, non ?

Rappel : sans « s », le fond est la partie la plus basse de quelque chose de creux (un récipient) ou de profond (le fond de l’eau, de la mer). Avec un « s », le fonds est la terre cultivée ou bâtie, et par extension le capital dont on dispose, qu’il soit économique, culturel ou humain.

2- Batoiller
Ce verbe vous fait penser à batailler ? D’après Larousse, il est issu du verbe battre. Néanmoins, ce ne sont pas des coups qui sont ici échangés, mais bien des mots ! Batoiller, en Suisse romande, c’est « bavarder ». Un autre helvétisme, également en usage dans l’est et le sud-est de la France, a un sens proche. Il s’agit de barjaquer, formé sur le germanique brekan, « briser » et jacasser. Il signifie, familièrement, « bavarder de manière excessive, parler à tort et à travers ».

3- Bobet
Cet adjectif, qui fait bobette au féminin, signifie « idiot, nigaud ». S’il a fait son entrée dans Le Petit Robert 2021, Larousse l’avait accueilli au préalable. Vous pourrez donc vous exclamer, outre-Jura, « Mais qu’il est bobet, celui-là ! ». Attention, tout de même, à ne pas vous faire comprendre…

4- Calosse
Ce nom est le seul de notre inventaire à ne pas figurer dans nos dictionnaires. Pour autant, il mérite d’être connu, surtout en cette période estivale ! Le calosse, en Suisse romande, c’est le maillot de bain. À Genève, on parle même de « costume de bain ». Dans votre sac, vous ajouterez peut-être des shlaps (des sandales) et un linge (une serviette) !

5- Faire le quatre-heures
« Faire le quatre-heures », en Suisse romande, c’est « prendre le goûter ». Cette expression, apparue dans l’édition 2020 du Petit Robert, vous semble familière ? C’est normal ! En France, le nom quatre-heures a, depuis la fin du XIXe siècle, le sens de « goûter ». Ainsi, Renaud chante-t-il « J’ai eu si mal au cœur (…) Qu’j’ai vomi mon quatre-heures… » (Dès que le vent soufflera, 1983). En fin de compte, nos voisins suisses ont transformé le nom en action, comme c’était déjà le cas en Bourgogne et en Franche-Comté. En français d’Afrique, cela pourrait donner « quatreheuriser » !

En Suisse, le français est la langue d’environ un million et demi de personnes.

6- Faire la pote
Rien à voir avec le pote (le copain) ou encore la popote (la cuisine) ! « Faire la pote », en Suisse romande, c’est « faire la tête, bouder ». Dans cette expression, attestée dans Larousse, il y a le nom pote, qui désignerait une grosse lèvre arrondie et pendante. Faire la pote reviendrait donc à faire la moue, d’une certaine façon ! Vous aussi, vous avez des enfants qui font la pote ? À noter que l’expression s’entend également en Lorraine.

7- Natel
Nouvellement entré dans Le Petit Robert 2021, déjà attesté dans Larousse, le natel est d’abord un nom de marque. Natel, acronyme de l’allemand National Telefon, était à l’origine un réseau de téléphonie mobile pour les automobiles. Si la société Swisscom a depuis racheté la marque, le terme reste employé dans toute la Suisse pour désigner… le téléphone portable !

Le français parlé en Suisse romande est appelé indifféremment français de Suisse ou suisse romand.

8- Piorner
Difficile de deviner le sens de ce verbe par la simple observation. Piorner, comme l’indique Larousse, est un verbe familier qui signifie « pleurnicher, geindre » en Suisse romande. Son origine n’est pas précisée. Il équivaut au verbe braire, bien connu dans le nord de la France et en Wallonie, et popularisé par le film Bienvenue chez les Ch’tis.

9- Roiller
Non, ce n’est pas de railler ni de rouiller, mais bien de « roiller » qu’il s’agit ! Ce verbe impersonnel, qui figure dans Larousse, signifie « pleuvoir à verse ». Il est issu du latin roticulare, « rouler ». C’est l’équivalent du verbe dracher, bien connu des nordistes et des Belges. La roille, comme la drache, est le nom désignant cette pluie forte. Espérons qu’il ne roillera pas pendant les vacances !

C’est à Jean-Jacques Rousseau que l’on doit l’introduction et la diffusion du mot chalet, d’origine suisse, en français !

10- Tiaffe
Ce nom féminin, qui appartient au registre familier, désigne, en Suisse romande, la très forte chaleur. Le cagnard, disent les Provençaux ! C’est aussi la neige fondante qui se transforme en boue. Si le nom figure dans Larousse, son origine n’est pas précisée. S’agissait-il d’une onomatopée évoquant des bruits de pas dans la boue, comme le suggère le Wiktionnaire ? Les régionalismes sortant, par définition, des sentiers battus, se propageant par moult canaux, il est souvent difficile d’en déterminer l’origine !

Sandrine Campese
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Ces expressions sont plutôt employées sur le canton de Vaud et non pas dans toute la Suisse Romande. Je n’ai jamais entendu « avoir son fond » ni « faire la pote ». Et les autres, c’est vraiment surtout vaudois. Roiller s’utilise un peu partout, comme les quatre heures et le natel.
Le calosse c’est une sorte de déformation de caleçon de bain. Costume de bain se dit aussi ailleurs qu’à Genève.