Alphabète, cadeauter, taxieur… 10 africanismes pour « ambiancer » son français !

Après les québécismes qui étaient à l’honneur le mois dernier, place aux africanismes ! Leurs points forts ? Ils vont à l’essentiel – un grand nombre de verbes du premier groupe sont formés à partir de substantifs (cadeauter, siester…) –, voire à la source même du mot (alphabète), et permettent d’éviter les anglicismes (essencerie…). Bon nombre des termes de cette liste sont désormais dans nos dictionnaires, et les autres ne demandent qu’à y entrer. Qu’attendons-nous pour nous inspirer de l’inventivité africaine ?

1- Alphabète

En lisant ce mot, on se demande bien pourquoi, en France, on se limite à analphabète. C’est vrai, pourquoi pas alphabète tout court ? Analphabète, on le sait, est composé du préfixe privatif a– (sous la forme an-, car placé devant une voyelle), et des deux premières lettres grecques alpha et bêta. Littéralement donc, un analphabète « ne sait ni alpha ni bêta », c’est-à-dire « ni A ni B ». Et si l’on ignore les deux premières lettres de l’alphabet, alors foncièrement, on ne peut ni lire ni écrire… Ce sont les Burundais qui, les premiers, ont débarrassé le mot de son préfixe pour désigner « celui qui sait lire et écrire », définition que l’on peut désormais lire dans Le Petit Larousse illustré 2020. Pas bête  !

2- Ambiancer

Comme siester, un peu plus bas, ambiancer fait partie de ces mots qui nous sont familiers. Ambiancer, c’est mettre de l’ambiance, de l’animation quelque part. Alors que sa première attestation en Afrique remonte à 1976, le verbe n’a été admis dans Le Petit Larousse illustré qu’en 2017. Jusqu’alors, on l’employait plutôt à la forme pronominale s’ambiancer, c’est-à-dire « faire la fête », « sortir en boîte de nuit ». Celui ou celle qui « (s’)ambiance » est un ambianceur, une ambianceuse. Voir ci-après « Sapeur ».

À noter que le français de Côte d’Ivoire nous a déjà donné le verbe s’enjailler, de même sens, que les jeunes générations ont également adopté.

3- Boucantier

Originaire de Côte d’Ivoire, formé sur l’argot local appelé nouchi, ce nom a d’abord désigné dans les années 2000 les stars du « coupé-décalé » qui dansaient dans des tenues bling-bling. Formé sur boucan qui signifie « vacarme », il fait boucantière au féminin. Si le phénomène est en perte de vitesse depuis déjà une dizaine d’années, le mot, lui, continue de désigner celui ou celle qui aime afficher son aisance matérielle, son style de vie extravagant. En France comme ailleurs, les boucantiers ne manquent pas. Ne nous privons donc pas d’utiliser le mot, qui danse désormais dans les pages du Petit Larousse illustré 2020.

4- Cadeauter

Ce verbe, qui signifie « offrir un cadeau », est un nouveau venu dans le dictionnaire ! Il a fait son entrée cette année dans Le Petit Robert 2020. Désormais, vous pourrez dire, à votre anniversaire ou à Noël (ou pour toute autre occasion), que votre belle-mère vous a cadeauté un cuiseur à vapeur. À quand gâteauter, pour « offrir un gâteau » ?

À lire également : Nouveaux mots du Larousse et du Robert : que disent-ils de nous ?

5- Carrefourter

Ce verbe-là est bien utile pour dire « attendre quelqu’un à un carrefour ». Et nettement plus rapide quand on doit fixer un rendez-vous alors qu’on est déjà dans sa voiture : « Je te carrefourte dans cinq minutes. » Efficace ! Néanmoins, pour entrer dans nos dictionnaires, carrefourter attend encore son tour…

6- Essencerie

C’est le plus ancien africanisme de notre inventaire à être entré dans Le Petit Larousse illustré. En 1992, pour être précis. Il est regrettable qu’il ne soit pas parvenu à détrôner l’anglicisme station-service, alors qu’il est parfaitement formé et intelligible. Ce serait un grand service à rendre à la langue française !

7- Gréver

Pourtant coutumière des grèves, la France n’a pas encore adopté l’africanisme gréver, qui signifie « faire la grève ». À ne pas confondre avec le verbe grever, qui lui existe déjà, et qui signifie « soumettre quelque chose à des charges financières ». Peut-être un jour pourra-t-on lire, à la une des journaux français, que « les conducteurs de train grèvent depuis plusieurs semaines ». Cela fera toujours gagner quelques caractères aux rédacteurs !

8- Sapeur

Rien à voir avec le sapeur-pompier ! Ce nom est tiré de sape, qui désigne les vêtements, l’habillement. C’est aussi l’acronyme de Société des ambianceurs et personnes élégantes. En Afrique, le sapeur est un homme qui s’habille avec élégance. En pratique, il mélange volontiers les couleurs très vives. C’est l’équivalent de notre dandy.

9- Siester

Siester, en Afrique, c’est « faire la sieste ». Ce verbe, de plus en plus employé dans l’Hexagone, a fait son entrée dans Le Petit Robert 2016. Il fait partie des « africanismes » qui connaissent un certain succès en France. Si vous l’employez déjà, vous savez désormais qu’il vient du berceau de l’humanité !

10- Taxieur

Ce nom, composé de taxi, auquel on a ajouté le suffixe -eur, a fait son entrée dans Le Petit Larousse illustré 2020. Au féminin, on dit taxieuse. Le mot est employé en Afrique du Nord, spécifiquement en Algérie, pour dire « chauffeur de taxi ». Lui aussi a son raccourci !

Sandrine Campese
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Bonjour, très intéressant cestermes qui entrent dans un dictionnaire soit le Larousse , soit le petit Robert. Mais n’est-ce pas l’académie française qui valide les nouveaux mots de la langue française et nous permet de les employer? Ma référence en terme de dictionnaire serait plutôt le Littré. Merci de m’éclairer.