Lapalissade, tautologie, truisme : 3 figures de style très « évidentes » !

Poursuivons notre voyage au pays des figures de style ! Après les figures d’opposition, de sonorité et d’atténuation, les trois nouveaux procédés que nous mettons à l’honneur aujourd’hui ont un point commun : l’évidence ! En effet, la lapalissade, la tautologie et le truisme se rencontrent dans les discours banals et creux. À moins qu’ils ne soient, parfois, plus riches qu’ils n’y paraissent, et invitent à la réflexion…

La lapalissade

Le nom lapalissade a été formé sur celui de Jacques de La Palice – ou de La Palisse – (1470-1525). Bien malgré lui, ce dernier est passé à la postérité pour ses « réflexions niaises ou ridicules tant elles sont évidentes ».

En réalité, il s’agirait d’un malentendu. Sur son tombeau était gravée l’épitaphe : « Hélas s’il n’était pas mort / Il ferait encore envie. » Une lecture erronée l’a transformée en « Il serait encore en vie ». À l’époque, en effet, le « s » (dit long) ressemblait à un « f ».

Bien plus tard, le poète Bernard de La Monnoye a écrit sur lui une chanson populaire remplie de vérités évidentes, dites « vérités de La Palisse ». Les deux vers suivants sont les plus fameux : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie. »

Depuis, lorsque vous dites quelque chose de la plus extrême évidence, votre interlocuteur vous répond : « La Palice en aurait dit autant ! » Vous pourrez désormais rétorquer qu’il se trompe…

La tautologie

Étymologiquement, la tautologie, du grec tauto, « le même », et logos, « discours », consiste à « dire la même chose ». C’est un raisonnement vide de sens, qui démontre ce qui a été admis au départ. Un discours qui se mord la queue, en somme !

Le procédé est très apprécié au théâtre, et notamment chez Molière : « Tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose » (Le Bourgeois gentilhomme), « Elle est détestable parce qu’elle est détestable » (La Critique de l’École de femmes).

En effet, les tautologies les plus simples sont fondées sur la répétition d’un même terme. Dire, comme Jacques Prévert dans Paroles « Je suis comme je suis », ou comme Jean-Luc Godard, Une femme est une femme, revient à employer une tautologie. Autre exemple : lorsque, dans un épisode de la série Friends, Rachel lance à Joey « Face tu perds, pile je gagne », cela revient exactement au même !

Mais la tautologie, sous des allures légères, peut être plus sérieuse. L’expression « appeler un chat un chat » a un sens bien précis : « appeler les choses par leur nom » et, par extension, « être franc et direct ». Enfin, quand Johnny Hallyday déclare, faussement naïf, « Pour faire un couple, il faut être deux », n’invite-t-il pas à réfléchir sur l’investissement égalitaire des deux partenaires au sein d’une relation ?

Le truisme

Truisme est la francisation du nom anglais truism, qui vient lui-même de l’adjectif true, « vrai ». Le mot désigne une vérité si évidente qu’elle ne méritait pas la peine d’être énoncée (dans certains contextes du moins). Dire, par exemple, que l’été est la saison la plus chaude est un truisme.

Quelques truismes « célèbres » : celui de Jacques Prévert, décidément coutumier du fait, « On ne fait jamais d’erreur sans se tromper » (tiré de L’Affaire est dans le sac) ou celui de Pierre Dac, qui parodie le premier vers de la fable Le Lièvre et la Tortue en déclarant : « Rien ne sert de courir si l’on n’est pas pressé » !

De même, le titre de cette comédie française, Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu, ne saurait être contredit ! Il détourne, à des fins humoristiques, un dilemme populaire opposant l’argent à la santé : vaut-il mieux être riche et mal foutu que fauché et bien portant ? Ici l’alternative comporte deux options qui se valent ou plutôt ne valent pas mieux l’une que l’autre !

Au pluriel, Truismes est aussi le titre d’un roman de Marie Darrieussecq, publié en 1996.

 

Sandrine Campese

Photo : buste en marbre de La Palice ; source : Wikipédia

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Il faut remarquer qu’en dehors des figures de style notre lexique est particulièrement riche en mots de cette famille des banalités : poncif, lieu commun, cliché, stéréotype, idée reçue, platitude, évidence, trivialité.
Est-ce la richesse de nos discours politiques qui nous vaut cet incroyable inventaire de l’insignifiant ?
« Bon, ce que j’en dis, c’est histoire d’en causer… »

    Très bonne observation, Chambaron. Il faudrait voir si les autres langues ont, en la matière, un vocabulaire aussi fourni, ou si la platitude du discours est un mal purement françois ;-).

      J’ai l’impression que nous avons un vocabulaire extraordinairement étendu pour les sujets touchant à la langue. C’est sans doute le fruit de siècles de créations, de débats, de recherches dans des domaines aussi divers que la poésie, la philosophie, les sciences, la politique. Par rapport aux autres langues voisines, nous souffrons — ou bénéficions — d’une hypertrophie lexicale notable. Voilà matière à un billet