Allitération, dérivation, polyptote : 3 figures qui parlent à l’oreille

Poursuivons notre série sur les fDiptyque Marylin de Andy Warholigures de style avec trois nouveaux procédés particulièrement poétiques. Chacun repose sur la répétition de lettres ou de syllabes. Leur but ? Reproduire un son, caractériser une chose ou une idée, aider à la mémorisation. Voici quelques exemples, classiques et modernes, pour se familiariser avec l’allitération, la dérivation et le polyptote.

1) L’allitération

L’allitération est la répétition d’une ou plusieurs consonnes dans une suite de mots.

La plus célèbre allitération nous vient du théâtre : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » s’interroge Oreste dans Andromaque de Racine (Acte V, scène V). Ici, le choix d’une allitération en « s » n’est pas le fruit du hasard. Le redoublement de consonnes sifflantes vise clairement à reproduire le son du serpent.

Plus rarement, il arrive que les mots d’une proposition ou d’une phrase commencent tous par la même consonne. Cette allitération parfaite se nomme « tautogramme ». C’est le cas de l’adage latin Veni, vidi, vici qui est aussi une gradation.

Enfin, lorsque ce ne sont pas des consonnes, mais une ou plusieurs voyelles (on parle de « sons vocaliques ») qui sont répétées dans une même phrase, il s’agit d’une assonance. En poésie, l’assonance se retrouve dans les vers de Paul Verlaine « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, quelle est cette langueur qui pénètre mon cœur ? » (Romances sans paroles, 1874).

2) La dérivation

La dérivation consiste à employer, dans un même énoncé, des mots formés sur la même racine. Ici encore, le théâtre nous en fournit un bel exemple : « Ton bras est invaincu, mais non pas invincible » (Pierre Corneille, Le Cid).

De manière plus prosaïque, on peut citer le titre d’une célèbre sitcom des années quatre-vingt-dix, La Philo selon Philippe. « Philo », apocope de « philosophie », et le prénom Philippe sont issus de la même racine grecque phileo qui veut dire « aimer ». Étymologiquement, la philosophie est l’amour de la sagesse (sophia) et Philippe, comme son nom l’indique, aime le cheval (hippos) !

D’autres dérivations se rencontrent dans des titres de films comme Accords et Désaccords et Séquences et Conséquences.

3) Le polyptote

Le polyptote consiste à répéter le même mot sous des formes grammaticales différentes. Les polyptotes les plus fréquents font varier un même verbe en voix, en mode, en temps ou en personne. Le proverbe « tel est pris qui croyait prendre » (Jean de La Fontaine, Le Rat et l’Huître, 1678) en est une illustration.

Il existe une autre figure de style, appelée « antanaclase », qui utilise deux fois le même mot dans une phrase en lui donnant deux sens différents. Elle s’appuie donc sur la polysémie (plusieurs sens) des mots.

L’antanaclase la plus connue est sans nul doute celle de Blaise Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Pensées, 1670), où « raison » désigne tour à tour le motif de quelque chose et la faculté de juger.

Sandrine Campese

Crédit Photo : Andy Warhol

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bonjour Sandrine,

En tant que journaliste, je me suis bien sûr intéressé à l’anaphore grâce à Normal Ier. D’ailleurs les journalistes adorent employer ces mots savants désignant les figures de style : ça fait chic. Comme le disait Jean Paulhan, « Ce sont de beaux noms : crase, hyperbate, synecdoque, anaphore et les autres. Ce sont mots d’observation et de savoir, ce sont mots de métier, légèrement exotiques, étranges (on dirait féeriques) », même s’ils ne servent pas à grand chose pour l’appréciation du texte ou sa compréhension.

Du coup, lorsque Valls nous a fait à son tour une figure de style lors de sa déclaration de candidature (« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà le prochain président de la République, rien n’est écrit. »), la presse s’est empressée avec fébrilité de trouver le terme qualifiant adéquat. S’agissait-t-il d’une anaphore ? d’une épiphore ou d’une métonymie se sont doctement demandé les organes de presse qui se retrouvèrent soudain peuplés de spécialiste en rhétorique voire même en stylistique, ce que personne n’aurait osé imaginer.

Hélas, ils ont encore du travail. C’est Ingrid Riocreux qui donne la réponse sur son blog, La Voix de nos maîtres : il s’agit d’une symploque. C’était aussi symploque que cela !

    C’est une symploque en effet, du grec sumplokê (« entrelacement »). Dans cette figure de style, les mots ou groupes de mots commençant une phrase et ceux la terminant sont repris au début et à la fin de la phrase suivante. Merci Jacques de nous faire connaître et le procédé et le terme ! Bon week-end.

Bien qu’apparemment plus simple, la simple répétition d’un mot est aussi un procédé courant et efficace. Qui ne connaît les imprécations de Camille (« Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! » dans Horace de Corneille) ou les déclarations de François (« Moi Président… » dans une célèbre intervention) ? Grand procédé rhétorique classique dénommé anaphore…

De nos jours, c’est la publicité qui fait le plus appel à toutes ces figures. Un petit florilège ?
— Dubo… du bon… Dubonnet !
— Du pain, du vin, du Boursin…
— Au volant, la vue c’est la vie !
— Dior, J’adore !
— La voiture. Pas l’aventure (Hertz)
— Dim, très mâle, très bien.
Et bien d’autres à compléter !

Vous allez me demander : « Mais qu’est-ce que t’as doudou dis donc » à nous raconter tout ça ? En fait, rien. C’était juste pour illustrer le schimilibilic…