Antiphrase, euphémisme, litote : 3 figures d’atténuation

Voici trois procédés rhétoriquPetite plume blanchees
qui tournent autour du pot ! Mais attention, chacun a sa spécificité. Contrairement à l’antiphrase et à l’euphémisme, la litote est construite à la forme négative. De même, l’antiphrase et la litote atténuent un propos en apparence, pour mieux le renforcer dans la réalité, tandis que l’euphémisme l’adoucit pour de vrai. Pour comprendre ces trois figures de style, le contexte et l’intonation de la voix sont indispensables. Mais trêve de blabla, faisons sans plus tarder les présentations.

L’antiphrase

Le mot vient du grec anti-, « contre », et de phrazeïn, « exprimer, dire ». L’antiphrase revient donc à « dire le contraire ». Comment ? En employant un mot, un groupe de mots ou une phrase dans un sens contraire à sa véritable signification, le plus souvent par ironie.

L’exemple le plus célèbre nous vient du théâtre, et précisément du Barbier de Séville de Beaumarchais. Après s’être fait insulter, le personnage de Figaro répond en ces termes : « Voilà des bontés dont vous m’avez toujours honoré ! »

Historiquement, le procédé a permis à des penseurs et à des écrivains d’échapper aux foudres de la censure. Pour le comprendre, encore fallait-il avoir du second degré !

Quotidiennement, nous manions l’antiphrase avec beaucoup de naturel, par exemple, lorsque nous disons « C’est malin ! » pour qualifier un comportement idiot ou encore « Bravo, continue comme ça ! » envers une personne qui n’est pas du tout sur la bonne voie…

L’euphémisme

Littéralement, l’euphémisme consiste à « parler avec bienveillance », du grec eu, « bien », et phèmi, « dire ». Le but ? Adoucir une expression qui pourrait choquer par sa crudité, sa brutalité ou sa tristesse.

Au théâtre, le procédé a notamment été utilisé par Molière dans Le Médecin malgré lui. Quand Sganarelle demande pudiquement « La matière est-elle louable ? », il veut dire « Les selles sont-elles bien formées ? ».

De nos jours, les euphémismes sont légion. Il existe, bien entendu, quantité de manières détournées de parler de la mort (il nous a quittés, il s’en est allé, il s’est éteint, il a passé l’arme à gauche, il a rejoint les étoiles…) et de la guerre (théâtre des opérations, frappe chirurgicale, dommages collatéraux…).

Au quotidien, le procédé est surtout utilisé dans le but de ne pas stigmatiser certains peuples ou certaines populations. Exemples : pays en développement, troisième âge, non-voyant, personne à mobilité réduite ou de petite taille, etc.

La litote

Le nom « litote », qui n’a rien à voir avec la linotte, vient du grec litotès, de litos, « d’apparence simple, sans apprêt ». La litote consiste donc à dire moins pour suggérer plus.

La plus connue est contenue dans Le Cid de Corneille. Dans l’acte III, scène IV, Chimène s’adresse à Rodrigue en ces termes : « Va, je ne te hais point ! », pour lui signifier qu’elle l’aime encore.

Mais la litote n’est pas réservée à la littérature ! Lorsque quelqu’un vous soumet une idée et que vous répondez : « C’est loin d’être bête » ou « Ce n’est pas complètement idiot », c’est une manière détournée de lui dire que c’est intéressant, voire brillant. De même, pour commenter le physique d’une personne attirante, on préférera lancer « Mmh, pas mal ! », qui aura plus d’impact que tout autre commentaire…

Le contexte est également utile pour interpréter la litote. « On ne va pas mourir de froid » sera d’autant mieux compris que la température sera élevée. « Ce n’est pas donné » ponctuera une conversation dans laquelle il est question d’achat, etc.

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Sandrine Campese

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