Trop, c’est trop ? Du bon usage de l’adverbe de quantité

Nous utilisons un grand nombre d’adverbes pour apporter de la nuance, de la précision, de l’élégance à nos propos. Rappelons qu’un adverbe est un mot invariable qui modifie le sens d’un adjectif, d’un verbe ou d’un autre adverbe. Intéressons-nous aujourd’hui aux adverbes de quantité qui sont souvent mal employés.

 AutantCuillère remplie de sucre qui déborde

Cet adverbe peut donner lieu à deux hésitations. La première consiste à utiliser « aussi » à la place de « autant », l’un et l’autre exprimant la comparaison ou un degré d’intensité. Pourtant, ils ne sont pas interchangeables. Ce qui les distingue ? La nature du mot auquel ils s’appliquent.

– Aussi ques’emploie avec un adjectif ou un adverbe. Exemples : « aussi grandqu’eux », « aussiviteque possible ».

– Autant ques’emploie avec un nom ou un verbe. Exemples : « autant d’exemplesque vous voudrez », « autant que fairese peut ».

Pour aller plus loin : http://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/aussi-que-ou-autant-que/

La seconde hésitation concerne la fameuse expression « au temps pour moi », que l’on rencontre de plus en plus sous la forme « autant pour moi ». Cette graphie, qui contredit l’étymologie du mot, semble faire de plus en plus d’adeptes. C’est à se demander si elle ne sera pas bientôt proposée comme variante dans les dictionnaires…

Voir notre article : http://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/au-temps-pour-moi-ou-autant-pour-moi/.

Autrement

Cet adverbe peut être synonyme de « différemment », mais il s’emploie aussi pour renforcer un comparatif de supériorité. Il signifie alors « bien plus ».

Exemple : « Un film plutôt qu’un divertissement, c’est autrement intéressant ! » (= c’est bien plus intéressant !)

On évitera donc de dire ou d’écrire « autrement plus », qui est un pléonasme (= bien plus plus).

Pour aller plus loin : http://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/autrement-ou-autrement-plus/

Davantage

Il est tentant de vouloir écrire cet adverbe en deux mots, mais il n’en est rien. En deux mots, d’avantage(s)est un nom précédé d’un déterminant. Pour ne plus hésiter, retenez la règle suivante :

– « Davantage (de) » peut être remplacé par « plus (de) ».

Exemple : « Je voudrais davantage de reconnaissance. » (= Je voudrais plus de reconnaissance.)

– « D’avantage(s) » peut être remplacé par « de bénéfice(s) ».

Exemple : « Il ne voit pas d’avantage à s’abonner. » (= Il ne voit pas de bénéfice à s’abonner.)

Pour aller plus loin : http://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/davantage-ou-d-avantages/

Excessivement

L’adverbe excessivement veut dire « trop, avec excès ». On évitera d’en user avec des adjectifs supposant un jugement favorable ou positif. Dans ce cas, c’est « extrêmement » qui convient.

Exemple : « Cet élève est extrêmement doué en orthographe, bien qu’il soit excessivement bavard. »

Peu

L’hésitation est de mise quand « peu » est utilisé dans l’expression « peu de chose(s) ». Le nom chose doit-il être au singulier ou au pluriel ? Deux cas de figure sont à distinguer :

– Il s’agit là d’une locution pronominale indéfinie, au sein de laquelle « chose » doit rester au singulier, comme dans « quelque chose » ou « autre chose. »

Exemple : « C’est si peu de chose que cela ne vaut pas la peine d’en parler. »

– Si l’on redonne à « chose » son sens d’« objet », d’« élément », le pluriel est de mise. Exemple : « Il y a peu de choses différentes sur cette table. »

Pour aller plus loin : http://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/peu-de-chose-ou-peu-de-choses/

Trop

Comme « excessivement », tropa un sens négatif. Il vient d’un mot francisque signifiant « village, troupeau, entassement » et a donné « troupe ». Là où « très » indique une quantité importante, « trop » indique un excès. Une banane « très mûre » peut avoir un goût prononcé donc appréciable, mais une banane « trop mûre » n’est pas loin d’être immangeable…

Faisant fi de cette nuance, nous sommes nombreux à employer « trop » dans le sens positif de « très », voire de « très très ». Tel gâteau est « trop bon », telle chanteuse est « trop belle », etc. « En fait d’amour, vois-tu, trop n’est pas même assez », a écrit Beaumarchais, mais tout de même, point trop n’en faut !

Sandrine Campese

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