« Une augmentation conséquente », « pallier à un problème »… 5 erreurs de français que l’on commet à son insu ! (3)

Voici cinq nouvelles erreurs que nous commettons souvent sans nous en rendre compte, tant elles sont habituelles, dans les médias, notamment. L’usage étant roi en la matière, les dictionnaires ont fini par intégrer ces formes originellement fautives. Désormais, elles participent davantage de la maladresse, du registre de langue, que de la véritable erreur. Néanmoins, les quelques éléments suivants vous permettront d’y voir un peu clair et de choisir en connaissance de cause, de façon conséquente !  

Erreur no 1 : « Nous avons convenu » au lieu de « Nous sommes convenus »

Vous vous êtes certainement demandé comment employer le verbe convenir : avec l’auxiliaire être ou avoir ? Traditionnellement, on distingue deux cas. Quand le verbe convenir signifie « être approprié, utile, agréable », il se construit avec avoir. Exemple : « Jusque-là cette fonction m’a convenu. » Quand convenir signifie « se mettre d’accord », il se construit avec être. On dira donc : « Elles sont convenues de se revoir mardi », « Nous sommes convenus que vous parlerez le premier ».

C’est en tout cas ce que préconise l’Académie française. Et les dictionnaires ? Ils acceptent les deux. Ainsi, Le Petit Robert donne comme exemple : « Elles ont convenu d’un lieu de rendez-vous. » Quant au Petit Larousse, il réconcilie les deux visions en distinguant le registre courant (ils ont convenu d’un jour pour se rencontrer ; il a convenu de son erreur) du registre soigné (ils sont convenus d’un jour pour se rencontrer ; il est convenu de son erreur.).

Erreur no 2 : « Je t’appelle depuis Marseille » au lieu de « Je t’appelle de Marseille »

Avis de disparition ! Mais où est donc passée la préposition « de » qui introduit un complément circonstanciel de lieu ? Tendez l’oreille, elle est systématiquement remplacée par « depuis », qui doit pourtant être suivi d’un complément circonstanciel de temps ! On évitera donc de dire « Je t’appelle depuis Marseille », et l’on préférera « appeler de Marseille ».

Seule tolérance, indique l’Académie française : si le complément circonstanciel de lieu se rapporte à un verbe en mouvement, on peut employer « depuis ». Exemple : « Depuis Marseille, nous avons roulé sous le soleil. » De même, avec « jusqu’à » : « La France s’étend, du nord au sud, depuis Calais jusqu’à Perpignan. »

Dans tous les autres cas, notamment dans notre exemple, c’est « de » !

Erreur no 3 : « une augmentation conséquente » au lieu de « une augmentation importante »

Autre maladresse, l’emploi de « conséquent » pour dire « important », en particulier quand il est question d’argent. Pour comprendre, il faut revenir à la définition de conséquent : « qui suit une logique ». Ainsi, quand on est « conséquent avec ses principes », on agit, on raisonne en conformité avec ses principes, en accord avec soi-même.

La notion de quantité n’a donc pas sa place ici ! Et pourtant, on entend régulièrement parler d’une « augmentation conséquente », par exemple, là où l’on pourrait dire importante, élevée, considérable, notable

Ici aussi, que disent les dictionnaires ? Pour Le Petit Robert, l’emploi de conséquent pour important est « critiqué ». Sa première attestation remonte pourtant à 1780 ! Larousse déconseille cet usage « dans l’expression soignée », préférant les « équivalents » que nous avons cités plus haut.

Erreur no 4 : « participer de » au lieu de « participer à »

Les deux constructions existent, mais elles n’ont pas du tout le même sens ! Dans les médias, on entend fréquemment des déclarations comme : « Cette crise participe de l’appauvrissement de la société. » Oui, mais non ! Ici, c’est bien « participer à » qui convient. On pourrait aussi dire « prendre part à », « contribuer à ». La tournure correcte est donc : « Cette crise participe à l’appauvrissement de la société. »

Et « participer de », alors ? C’est une vieille tournure littéraire, attestée dès 1544, d’après Le Petit Robert, et qui connaît un regain de vitalité, dans une forte tendance à l’hypercorrection de la langue (s’exprimer de manière « trop correcte », et finalement incorrecte à force de trop vouloir parler ou écrire de façon irréprochable). Elle est à réserver aux cas où vous voulez dire que quelque chose « présente une similitude avec », « relève de ». Exemples : « Ce spectacle participe du cirque et du music-hall », « Toute littérature participe d’une civilisation ». On pourrait dire « avoir trait à », « être issu de ».

Vous redoublerez donc de vigilance quant à la préposition qui suit « participer ». Le « mouvement » n’est pas le même : avec « à », en quelque sorte, on apporte, on ajoute quelque chose à quelque chose d’autre ; avec « de », on retire, on extrait quelque chose de quelque chose d’autre.

À noter que le verbe participer peut très bien se construire « absolument », c’est-à-dire sans complément. Il signifie alors « prendre part aux activités d’un groupe » et s’emploie beaucoup dans le domaine scolaire. On dira fréquemment d’un élève qu’il doit « participer » en cours.

Erreur no 5 : « pallier à un problème » au lieu de « pallier un problème »

Le verbe pallier a une particularité, souvent méconnue : il est directement suivi d’un complément. On peut pallier un manque, pallier une difficulté, pallier un problème… mais pas « pallier à quelque chose ». Certes, on dit « remédier à », mais ce n’est pas le même verbe et il n’a pas le même sens !

En effet, dans le langage médical, « pallier un mal », c’est le guérir en apparence. C’est ainsi que l’on parle de « soins palliatifs ». En aucun cas, il ne s’agit d’un remède véritable.

D’ailleurs, l’étymologie de pallier est très explicite : à l’origine de ce verbe, il y a le pallium, ce manteau dont les Grecs avaient l’habitude de se couvrir et que le pape porte encore ! Au sens propre, pallier consiste donc à « couvrir d’un manteau » pour cacher, dissimuler quelque chose.

Enfin, le verbe pallier s’écrit avec deux L. Si vous l’écrivez avec un seul L, il s’agit du palier, la plate-forme située à chaque étage d’un escalier !

Sandrine Campese

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Bonjour,
Concerne le mot « conséquent »
En effet, j’entends souvent les journalistes (journal télévisé) utiliser le mot conséquent: des dégâts conséquents, des blessures conséquentes etc….
Cette maladresse est répétée continuellement pendant les infos! Je ne peux pas comprendre qu’on laisse passer une telle erreur sur les chaines de télévisions! Merci. Bien à vous.

    Bonjour Lilou, oui, c’est bien le sens de nos recommandations… Sachez néanmoins que l’adjectif, dans cette acception, est dans Le Petit Robert, noté « FAM. (emploi critiqué) ». De même, Larousse : « emploi courant dans l’expression relâchée ». Il n’y a qu’un pas pour qu’il finisse pas être tout bonnement accepté. Bonne journée.

Commentaires sur le verbe « convenir » :
– comme vous l’évoquez en entrée, il est excessif de faire figurer la nuance d’auxiliaire dans une rubrique « erreurs de français » alors que vous concédez vous-même qu’en définitive il ne s’agit avec « être » que d’un usage littéraire, visiblement en voie d’extinction avancée.
– il est en revanche important pour le sens de rappeler que « convenir de » comporte par essence (préfixe latin ???-, « avec ») au moins deux intervenants, même si le second est parfois sous-entendu. Autrement dit, on ne peut convenir seul de quoi que ce soit, on le fait toujours par rapport à quelqu’un et on ne convient donc d’une erreur que si on vous l’a reprochée auparavant.

bonjour
a priori une erreur s’est glissée dans votre article :
citation :
« il se construit avec être. On dira donc : « lls ont convenu de se revoir mardi », « Nous avons convenu que vous parleriez le premier ». »
vous parlez de conjuguer avec « être » et vous écrivez un exemple avec « avoir »
merci de m’expliquer si c’est moi qui me trompe.

amicalement