Les nouveaux mots du Petit Larousse et du Petit Robert 2021 : Que disent-ils de nous ?

C’est désormais la tradition, autour du 20 mai, le Petit Robert et le Petit Larousse dévoilent les mots nouveaux (ou néologismes) qui ont la chance de pénétrer l’antre lexicographique ! C’est l’occasion, pour le Projet Voltaire, de définir quelques-uns de ces termes et d’en tirer des enseignements. Cette année, ils sont bien entendu profondément influencés par la période que nous venons de vivre. Nous verrons d’ailleurs que les deux dictionnaires, menés par Alain Rey (Le Robert) et Bernard Cerquiglini (Larousse), par les choix qu’ils opèrent, ont plus que jamais leur identité propre.

– Nous avons traversé une crise sanitaire

Impossible de passer à côté des mots qui sont sur toutes les lèvres depuis le mois de mars ! Si Le Robert a accueilli les néologismes déconfiner et déconfinement, Larousse n’a pas souhaité les répertorier pour l’instant. Ce sera l’année prochaine, à n’en pas douter.

Le terme covid a bien entendu fait son entrée. C’est, rappelons-le, un acronyme anglais, abréviation de coronavirus disease. Dépourvu de majuscule, il peut être masculin ou féminin, indique Le Robert, qui ne suit pas les recommandations de l’Académie française qui l’a fait féminin. Quant à coronavirus, qui existait déjà dans les deux dictionnaires, il a vu sa définition actualisée et enrichie d’exemples récents. Même chose pour les mots aérosol, cluster, confiné, confinement, confiner, écouvillon, pandémie

Chez Le Robert, de nouvelles locutions se sont fait jour : les fameux gestes barrières, la distanciation sociale, l’immunité collective, le traçage numérique, le patient zéro… Chez Larousse, on s’interroge sur les mots reconfinement et même redéconfinement pour une prochaine édition.

– Nous sommes de plus en plus connectés

Ce n’est certes pas une surprise, mais les mots liés aux pratiques numériques sont légion. En la matière, Le Petit Robert intègre un certain nombre d’anglicismes, qu’on aurait aimé voir traduits en bon français, mais « l’usage » semble en avoir décidé autrement… C’est le cas de bot, cloud, brainstormer, blacklister, spammer, trackeur, story… Le verbe télétravailler, employé à l’envi ces derniers mois, a fait son apparition à côté de télétravail. Sans oublier la téléconsultation, qui a révolutionné le lien entre médecins et patients ! Enfin, entre technophiles et technophobes, Le Robert rend compte de la fracture numérique grâce au mot-valise illectronisme.

Le Petit Larousse, lui, intègre le chatbot (intelligence artificielle censée répondre à nos questions) et l’influenceur (personne qui influence les pratiques de consommation des internautes).

– La société française évolue rapidement

Et les mots sont là pour en témoigner ! Côté mœurs, les termes polyamour, pansexuel, transitionner (engager une démarche visant à faire correspondre son expression de genre à son identité de genre), non binaire (qui ne se reconnaît pas dans l’identité de genre masculine ou féminine), marche des fiertés (francisation de gay pride, que l’on peut saluer), entrés au Petit Robert, témoignent de la diversité identitaire et sexuelle caractéristique des années 2020. Le mot-valise sexto, ce texto coquin et suggestif, est également notable.

Chez Larousse, outre le triste et révoltant féminicide, on s’intéresse à des formes plus larges d’engagement et de militantisme avec antivax (mouvement d’opinion opposé à la vaccination), Black Bloc (groupe de militants organisés pour attaquer les symboles de l’État, du capitalisme lors de manifestations), dégagisme (attitude d’insoumission et de rejet prônant l’éviction des détenteurs du pouvoir). Larousse, décidément au fait des tendances et phénomènes de société (outrepassant un peu l’usage commun ?) propose en outre frugalisme, gréviculture, hygge (déjà intégré dans Le Petit Robert l’année dernière), hipstérisation… Enfin, notons l’entrée de la remontada (remontée). Issu du monde du sport, cet hispanisme désigne au sens large un retour au premier plan, une victoire spectaculaire après une défaite, une traversée du désert, etc.

– Nous aimons toujours autant la bonne chère

Et nous ne boudons pas notre plaisir à découvrir des spécialités culinaires du monde entier ! Au Petit Robert, on a intégré le dal (plat de lentilles indien), le halloumi (fromage chypriote), des mets asiatiques comme le tataki de thon et les mochis glacés. Plus près de nous, en Belgique, on appréciera les boulets à la Liégeoise. Et des spécialités françaises, y en a-t-il ? Oui, comme en témoigne le crémet d’Anjou, ce dessert à base de crème fouettée et de blancs d’œufs en neige. Enfin, citons le citron caviar, agrume originaire d’Australie, qui parfumera peut-être un mocktail, un cocktail sans alcool.

– Et nous sommes plus que jamais francophones !

Depuis quelques années, on observe une montée en puissance des « francophonismes » dans nos chers dictionnaires. Chez Le Robert, on peut noter les belgicismes douf (lorsqu’il fait douf, c’est que le temps est lourd) et nareux (ceux qui se montrent difficiles quant à la propreté de la nourriture et des couverts). Également en usage dans le plat pays, l’expression pincer son français, qui signifie « parler le français avec une certaine préciosité ou avec l’accent parisien ». Les intéressés apprécieront ! En Suisse, on peut être déçu en bien, c’est-à-dire agréablement surpris, et bobet signifie « idiot, nigaud ».

Le Petit Larousse accueille quant à lui le terme ivoirien brouteur, qui signifie « arnaqueur opérant sur Internet », et nanane, l’équivalent de notre « bonbon » au Québec.

À lire également : Nouveaux mots du Larousse et du Robert 2020 : que disent-ils de nous ?

Sandrine Campese

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