« Ils se sont succédés », « il faut que l’on se voit »… 5 erreurs de français que l’on commet à son insu ! (4)

Voici de nouvelles erreurs, grammaticales ou lexicales, que l’on rencontre assez fréquemment. Celles et ceux qui les commettent seront étonnés que vous les releviez, avec tact et délicatesse, bien sûr ! C’est l’occasion de leur faire découvrir une règle de grammaire, subtile mais logique, l’origine d’un mot éclairant le sens et l’orthographe, bref, de partager votre passion pour la langue française !

Erreur no 1 : « Ils se sont succédés » au lieu de « Ils se sont succédé »

Certes, à l’école, nous avons tous appris qu’on accordait le participe passé avec le sujet quand il était employé avec être. Mais c’était compter sans les verbes pronominaux, construits avec un pronom réfléchi (me, te, se, nous, vous, se). Ceux-là jouent les trouble-fête !


Pour savoir s’il faut accorder leur participe passé, il faut se demander quelle est la fonction du pronom réfléchi. S’il est complément d’objet direct (COD), le participe passé s’accorde avec le sujet. S’il est complément d’objet indirect (COI), le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet.

Pour mettre au jour un COD ou un COI, mieux vaut assurer ses arrières en posant la question « qui / quoi ? » ou « à qui / à quoi ? » après le verbe. « Qui / quoi ? » introduira un COD. « À qui / à quoi » introduira un COI. Ici, ce sera : « Ils ont succédé à qui ? », « à se », c’est-à-dire l’un à l’autre. Puisque la question est « à qui?? », « se » est bien COI. Donc pas d’accord !

Si l’on est un crack en grammaire, on saura que « se succéder » est transitif indirect (on succède à quelqu’un), ce qui signifie qu’il se construit avec un COI. Un verbe transitif direct se construit avec un COD, et un verbe intransitif n’a pas de complément. Par exemple, le verbe parler entre dans les trois catégories : Je parle / Je parle chinois / Je parle à ma mère.

Erreur no 2 : « réverbatif » au lieu de « rébarbatif »

Tendez l’oreille ! Pour qualifier quelque chose d’ennuyeux, de désagréable, il n’est pas rare d’entendre que c’est « réverbatif » ! Loin de nous l’idée de jeter la pierre à celles et ceux dont la langue fourche : ils évitent inconsciemment une prononciation malaisée, en raison de la proximité des syllabes « bar » et « ba ». Certes, le mot « barbare », lui, n’est pas particulièrement difficile à prononcer, mais dans « rébarbatif », qui est plus long, on commence par le préfixe « ré », qui fait toute la différence. Par confort, par souci de rapidité, donc, on glisse naturellement vers la prononciation fautive « réverbatif », familière, puisque nous avons déjà le… « réverbère » !


En disant « réverbatif », on passe à côté de l’origine du mot, et donc de son sens. Dans « rébarbatif », qui est la seule forme correcte, transparaît le nom barbe. Quel rapport, me direz-vous ? L’adjectif s’est d’abord appliqué à une personne à la barbe revêche, qui rebute par son apparence. Puis il a pris le sens figuré de « difficile et ennuyeux » (une tâche rébarbative, un discours rébarbatif). Le lien avec la barbe s’est un peu distendu, bien qu’il reste manifeste dans l’expression exclamative « La barbe ! »

Erreur no 3 : « La situation s’est empirée » au lieu de « La situation a empiré »

Eh non, le verbe empirer n’existe pas à la forme pronominale ! On ne peut donc pas le faire précéder du pronom réfléchi se (ici sous la forme élidée s’). Pour le formuler encore autrement, « s’empirer » n’existe pas ! On dira donc que la situation a empiré (et non « s’est empirée »). Retenez que la situation est déjà bien assez grave sans qu’on ajoute un « s’ » ! De plus, c’est bien l’auxiliaire avoir – et non être – qui permet de conjuguer ce verbe aux temps composés.

Enfin, le verbe empirer est généralement intransitif, c’est-à-dire qu’il se construit sans complément. On dira que l’état du malade empire, c’est-à-dire qu’il « devient pire ». On pourra dire aussi qu’il s’aggrave, se dégrade, se détériore…

Le Petit Robert signale l’usage « rare » du verbe empirer suivi d’un complément, pour dire « rendre pire ». Ainsi, à la tournure « le traitement empire sa maladie », on préférera « aggrave sa maladie ».

Erreur no 4 : « Il faut que l’on se voit » au lieu de « Il faut que l’on se voie »

De nouveau, cette règle en surprendra plus d’un(e), tant il est fréquent de lire, dans les courriels et les SMS : « Il faut que l’on se voit. » Or, dans cette phrase, l’action n’est pas encore réalisée au moment où l’on parle. Votre interlocuteur exprime une volonté, une nécessité : celle de se voir. L’entrevue aura-t-elle vraiment lieu ? Nous n’en savons rien à ce stade ! Voilà pourquoi on ne peut employer l’indicatif (ici, « voit »), car c’est le mode du réel, de l’action qui est en train de se passer.

Mais alors, que dire ? qu’écrire ? Voie, avec un « e » final, qui correspond au subjonctif, mode du virtuel, de l’action non encore réalisée.

Pour ne plus vous tromper, remplacez le verbe par un autre dont la forme diffère, à l’oreille, entre l’indicatif et le subjonctif. Par exemple, prendre ou faire. Ce qui donne, ici, « il faut que l’on se prenne », « il faut que l’on se fasse » d’où… « il faut que l’on se voie ».

Erreur no 5 : « omnibuler » au lieu de « obnubiler »

Quel joli mot que le verbe « obnubiler », au regard de son étymologie ! Dommage qu’il soit si souvent malmené. Comme pour « rébarbatif », plus haut, c’est par commodité qu’on l’écorche. Et en pensant à un autre mot proche : « omnibus » ! Voilà comment « obnubiler », forme correcte, devient « omnibuler » voire « omnubiler », formes incorrectes.

Un joli mot, je vous le disais, qui est constitué du mot latin nubes signifiant « nuage ». À cette racine (pourtant céleste !) s’ajoute le préfixe ob- signifiant « devant ». On le retrouve, d’ailleurs, dans le nom objet, littéralement « jeter devant » ! Ob + nubes, « devant » + « nuage », nous y sommes : être obnubilé, c’est être couvert de nuages. On est obsédé par quelque chose ou quelqu’un, à tel point que cela obscurcit nos pensées, nos sentiments…

Rien à voir, donc avec le préfixe omni-, que l’on retrouve dans « omnibus »et qui signifie « tout », encore moins avec « omnu- », inconnu au bataillon !

Sandrine Campese

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merci – j’apprecie ces « mises a jour » du parlé courant – d’autant plus qu’avec les annees, a entendre trop fréquemment des mots ou formulations sous leur forme erronee on finit par douter de sa propre connaissance, Vivant dans un pays anglo-saxon – donc m’exprimant couramment en anglais, j’ai a coeur de ne pas trop perdre -en qualite- ma connaissance du francais qui est ma langue maternelle et fut tout au long de ma scolarite la matiere dans laquelle j’excellais – je suis toujours aussi fiere de dire que c’est grace a ma note en francais que j’ai « decroche » mon bac. Encore merci … (j’utilise un clavier anglais, d’ou le manque d’accents appropries)

Bonjour Sandrine, et merci – j’adore ce mot depuis toujours : obnubilé…
Mon pote de toujours Félix (Gaffiot) précise d’ailleurs que l’adjectif existait en latin : obnubilus, « enveloppé de ténèbres », ce qui a bien une connotation négative…
Bravo pour vos articles, et bon week-end !

    Bonsoir Vincent, je n’avais pas fait attention à l’adjectif obnubilus, car c’est le verbe obnubilare qui est mis en avant dans les dictionnaires ! Merci à vous et à ce cher Félix ;-). À bientôt. Sandrine

Bonjour,
Je me permets de vous signaler que vous utilisez un argument fallacieux que l’on retrouve chez nombre de personnes et qui n’a aucune pertinence empirique. Je vous cite : « Eh non, le verbe empirer n’existe pas à la forme pronominale ! »
Cette affirmation est très étonnante car si c’était le cas vous n’auriez pas besoin de dire qu’il s’agit d’une faute. Ainsi, si vous donnez des conseils pour corriger cette usage, c’est bien parce qu’il existe. On trouve même des sites qui mentionnent sa conjugaison : https://www.conjugaisonfrancaise.com/s-empirer.html. Ainsi, qui décide de ce qui existe ou pas en français ?

    Merci de votre message, Lyson. Des « cancres », non, en revanche ! On peut peut être en difficulté pour de nombreuses raisons. Ne pas maîtriser l’orthographe n’est ni un signe de paresse, encore moins un signe de bêtise. D’autant plus que cette série d’articles porte sur des règles assez subtiles, lesquelles peuvent être ignorées de personnes tout à fait instruites et cultivées. Restons bienveillants. Bonne journée.

      Bonjour Sandrine,
      Cette phrase se trouve dans l’introduction/présentation de l’article, dans le corps du mail que nous avons reçu ce jour à 8 h 02. Voir ci-dessous.
      (Perso, j’aurais écrit « cela va sans dire » !)

      « ILS SE SONT SUCCÉDÉS », « IL FAUT QUE L’ON SE VOIT »… 5 ERREURS DE FRANÇAIS QUE L’ON COMMET À SON INSU !

      Dans ce nouvel épisode de la série de Sandrine Campese sur les « 5 erreurs de français que l’on commet à son insu », découvrez de nouvelles erreurs grammaticales ou lexicales, que l’on rencontre assez fréquemment. Celles et ceux qui les commettent seront étonnés que vous les releviez (avec tact et délicatesse, il va s’en dire !). C’est l’occasion de leur faire découvrir une règle de grammaire, subtile mais logique, l’origine d’un mot éclairant, le sens et l’orthographe, bref de partager votre passion pour la langue française !