C’est la cerise sur le pompon, remuer le couteau sur le feu… 5 expressions télescopées (2)

Vous avez été nombreux à apprécier le premier volet de notre série sur les expressions télescopées. Comme, en la matière, l’imagination des locuteurs francophones semble être sans limite, voici une nouvelle fournée de locutions mêlées. À force d’être employées, elles finiraient presque par entrer dans l’usage… En attendant, rendons à César ce qui est à César, et à chaque expression sa véritable signification !

1- C’est la cerise sur le pompon

Les expressions télescopées : C’est la cerise sur le gâteau + C’est le pompon

Une fois n’est pas coutume, les deux expressions qui ont servi à inventer la troisième sont de sens contraire, ce qui rend le télescopage plus qu’audacieux, pour ne pas dire hasardeux ! 

En effet, « la cerise sur le gâteau » est ce qui vient s’ajouter à un ensemble d’éléments généralement positifs. C’est le petit détail qui parachève, qui couronne une entreprise. À noter que les Canadiens disent « c’est la cerise sur le sundae ». 

Or, si le pompon se mêle aussi à des éléments déjà présents, c’est pour ajouter du négatif au négatif, du désagréable au désagréable. « C’est le pompon ! » est synonyme d’autres expressions comme « C’est le comble ! », « C’est le bouquet ! », «  C’est la meilleure ! » (qui est une antiphrase) ou encore « Il ne manquait plus que ça ! ». D’ailleurs, « en avoir ras le pompon », c’est « en avoir ras le bol ». Rien de bien réjouissant dans tout cela ! 

Mais alors, l’expression télescopée « c’est la cerise sur le pompon » pourrait-elle caractériser un élément positif s’ajoutant à un ensemble d’éléments négatifs ? Le débat est lancé !

2- C’est la goutte d’eau qui met le feu aux poudres

Les expressions télescopées : C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase + C’est l’étincelle qui met le feu aux poudres

Davantage de cohérence dans ce télescopage-ci ! En effet, les « expressions mères » ont toutes les deux une connotation négative. « La goutte d’eau qui fait déborder le vase » est la petite chose pénible qui vient s’ajouter au reste et qui fait qu’on ne supporte plus l’ensemble. On dit aussi que la coupe est pleine. 

Quant à « l’étincelle qui met le feu aux poudres », c’est le petit incident qui déclenche un conflit, une catastrophe. 

Dans les deux cas, on imagine très bien les conséquences physiques de chaque phénomène. En revanche, pour « la goutte d’eau qui met le feu aux poudres », c’est un peu moins évident, l’eau étant censée éteindre le feu, et non l’attiser…

3- Remuer le couteau sur le feu

Les expressions télescopées : Remuer le couteau dans la plaie + Jeter de l’huile sur le feu

Voici deux expressions dont il est aisé de deviner l’effet escompté : l’amplification ! L’amplification d’une blessure, d’une douleur déjà existante, dans le fait de « remuer (ou d’enfoncer, retourner) le couteau dans la plaie ». L’amplification du feu et, par extension d’une situation déjà conflictuelle, en « jetant de l’huile sur le feu ».

On comprend donc pourquoi, à la lumière de leur signification, ces deux expressions peuvent se télescoper dans la langue quotidienne. Chacune ajoute du mal au mal, de la tension à la tension, du désordre au désordre… 

Néanmoins, ce n’est pas le même « mal » que de faire souffrir en attisant une douleur morale ou en attisant un conflit, en poussant à la dispute. Cette distinction échappe peut-être à celles et ceux qui inventent l’expression « remuer le couteau sur le feu », action qui paraît moins préjudiciable. C’est surtout le couteau qui risque d’être endommagé, à moins, bien sûr, de maîtriser l’art de l’aiguisage à la flamme. 

Notons l’existence de deux autres expressions proches : « mettre le doigt sur la plaie » (trouver la cause du mal) et « avoir le couteau sous la gorge » (être contraint par une menace).

4- Sortir la tête du tunnel

Les expressions télescopées : Sortir la tête de l’eau + Voir le bout du tunnel

Ici, force est d’admettre que ces deux expressions sont… synonymes ! « Sortir la tête de l’eau », c’est arriver au terme d’une situation difficile ; « voir le bout du tunnel », c’est aussi « sortir d’une période difficile, pénible ». 

Signalons tout de même que l’expression « sortir la tête de l’eau », si elle est bel et bien dans l’usage, est absente des dictionnaires de référence. Y figurent néanmoins « être sous l’eau » et « avoir la tête sous l’eau », c’est-à-dire « être débordé de travail, ne plus avoir une minute à soi », voire « ne pas s’en sortir financièrement ». Dommage que le cas où l’on arrive enfin à reprendre sa respiration n’y soit pas envisagé ! Mieux vaut donc faire ce qui est prévu dans Le Petit Robert : « garder la tête hors de l’eau », autrement dit, « ne pas sombrer » ! 

Le télescopage entre ces deux expressions était donc plus que prévisible, d’autant que « voir le bout du tunnel » a pour variante « sortir du tunnel ». Or, si l’on sort du tunnel, on y sort la tête avant le reste. L’expression « sortir la tête du tunnel » finira-t-elle par faire son entrée dans les dictionnaires ? L’avenir nous le dira…

5- Se retrousser les coudes

Les expressions télescopées : Se retrousser les manches + Se serrer les coudes

Attention, « se retrousser les coudes » semble aussi impossible que… se lécher les coudes ! Pire, ça pourrait être douloureux ! Quant au sens de cette expression télescopée, il reste assez énigmatique. Non pas que les « expressions mères » s’opposent, mais elles ont chacune une signification bien précise. 

« Se retrousser les manches » permet d’être plus à l’aise pour travailler, voilà pourquoi, au sens figuré, cela revient à « se mettre au travail avec ardeur ». 

Quant à « se serrer les coudes » (ou « se tenir les coudes »), c’est « s’entraider, être solidaire ». Certes, lorsqu’on veut se serrer les coudes, il peut être utile de se retrousser les manches, mais les coudes ? Nous ne voyons toujours pas comment faire !

Sandrine Campese

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