Cartouche, mémoire, sarcophage. Ces noms qui changent de sens en changeant de genre ! (suite et fin)

Troisième et dernier volet de notre série thématique consacrée aux noms qui changent de sens en changeant de genre. Vous pensiez tout savoir de ces mots qu’on emploie couramment ? C’est méconnaître les subtilités de notre belle langue ! Masculins mais aussi féminins, féminins mais également masculins, ces noms dévoilent une nouvelle facette, offrent une autre lecture. Et si nous les rencontrions une seconde fois ?

Une cartouche / un cartouche

Entendu au musée : « Peux-tu me lire ce qui est écrit dans le cartouche ? — Le quoi ? — Le cartouche ! » Eh oui, le nom cartouche s’emploie au masculin pour désigner un « emplacement réservé à la légende ou au titre, situé au bas d’un tableau, d’une carte géographique, etc. ». Et avant cela ? C’était « un ornement destiné à recevoir une inscription, une devise, des armoiries ».

Le masculin est donc le premier genre de ce nom, issu de l’italien cartoccio et attesté en français dès le XVIe siècle. Ce n’est que plus tard qu’est apparue la cartouche d’arme à feu, de stylo-plume ou de jeu vidéo ! Notons enfin que cartouche est de la même famille que « carte » et « charte ».

Un enseigne / une enseigne

Restons dans la même idée, avec l’enseigne ! C’est un très vieux mot, apparu au XIe siècle. À cette époque, une enseigne est un indice, une marque, une preuve, sens très proche du « signe », de la même famille. D’où la locution « à bonne enseigne », c’est-à-dire « sur de bonnes preuves, des garanties sûres ». C’est ainsi qu’on est arrivé au « panneau portant un emblème, une inscription, un objet symbolique, qu’un commerçant, un artisan met à son établissement pour se signaler au public ».

Mais alors, que désigne « un enseigne » ? Au masculin, ce nom ne se rencontre plus que dans des écrits historiques. Un enseigne était un officier qui portait le drapeau. Notons que l’idée de « signe » est y également présente.

Une mémoire / un mémoire

Ici, le genre le plus ancien est le féminin ! Très ancien, même, puisqu’il remonte au XIe siècle. Ce n’est un secret pour personne, la mémoire est, au sens large, la « possibilité de garder un souvenir, de conserver une information » ou encore « ce dont on se souvient ».

Or, quoi de mieux que l’écrit pour garder quelque chose en mémoire ? Voilà comment est né le mémoire, d’abord en droit (« écrit destiné à exposer, à soutenir la prétention d’un plaideur ») puis en histoire et en littérature (« relation écrite qu’une personne fait des événements auxquels elle a participé ou dont elle a été témoin »). En ce sens, les Mémoires de Saint-Simon ou les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand nous viennent spontanément… en mémoire !

Notons que le nom mémoire vient du latin memoria, de même sens. Mais il existe une autre racine, le grec mnêmê, que l’on retrouve dans amnésie et mnémotechnique. 

Un parallèle / une parallèle  

Quand nous étions à l’école et que nous apprenions la géométrie, le nom féminin parallèle nous est devenu familier. Pour vous rafraîchir la mémoire, une parallèle est une droite parallèle à une droite de référence, autrement dit : elles ne se rencontrent jamais. 

Changeons de discipline et passons à la géographie ! Un parallèle est, sur Terre, un cercle imaginaire reliant tous les lieux situés sur une même latitude. Certains parallèles sont plus connus que d’autres, comme le 38e parallèle nord (frontière entre les zones d’occupation américaine et soviétique en Corée en 1945) ou le 60e parallèle sud (frontière nord de l’Antarctique telle que définie dans le traité sur l’Antarctique).

Dans le langage courant, enfin, un parallèle est une comparaison suivie entre deux ou plusieurs sujets. On peut établir, faire un parallèle entre deux questions, entre deux personnages. 

Un pendule / une pendule 

C’est le pendule qui a donné naissance à la pendule, et non l’inverse?! Le pendule, nous l’avons découvert, enfant, en lisant Les Aventures de Tintin. C’est en effet l’un des accessoires du truculent professeur Tournesol. Par définition, le pendule « pend » (du latin pendere, « pendre »). Mais avant d’être un instrument servant à détecter des sources ou des radiations, le pendule est un « solide animé d’un mouvement oscillatoire sous l’effet de forces variées ».  

Ainsi, une horloge est constituée d’un pendule (ou d’un balancier). C’est à partir de ce sens qu’est née la pendule, par synecdoque, puisqu’on désigne le tout (l’objet) par la partie (son mécanisme). 

Une rencontre / un rencontre 

Figurez-vous que le nom rencontre existe au masculin ! Ça vous en bouche un coin ? Alors, certes, l’acception de « un rencontre » est très spécifique, puisque le mot n’est utilisé que dans le jargon du « blason ». Il désigne une tête d’animal vue de face. Ainsi, « un rencontre de cerf » n’est pas l’entrevue de deux cervidés (en outre, la tournure initiale serait incorrecte grammaticalement), mais bien la tête d’un cerf empaillée, fixée sur un mur. Parfois, être entouré(e) de rencontres, ce peut être assez impressionnant, voire effrayant ! 

D’ailleurs, s’agissant du cerf, l’on parle aussi de « massacre », pour désigner le bois de cerf muni de l’os frontal qui le supporte. Pourquoi « massacre » ? Parce que ce mot a d’abord servi à nommer l’action de tuer une grande quantité de gibier. Par extension, il a le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. 

Un sarcophage / une sarcophage 

Nul besoin d’être calé(e) en égyptologie pour connaître le sarcophage, ce cercueil de pierre de l’Antiquité et du haut Moyen Âge. Le nom vient du grec sarkophagos, « qui mange de la chair ». Nul besoin, non plus, d’être helléniste pour reconnaître le suffixe -phage qui signifie « manger ». En effet, d’après les croyances antiques, les pierres des sarcophages détruisaient les cadavres non incinérés. Ce mot, dans son genre masculin, s’est répandu en France au XVIe siècle.  

Il faut attendre deux siècles pour voir apparaître le genre féminin, cette fois-ci en zoologie. Une sarcophage, kézako ? C’est une grosse mouche qui pond sur les matières organiques en décomposition. 

Sandrine Campese 

N.B. La plupart des définitions sont extraites du Petit Robert de la langue française (version numérique). Les autres sont issues du Larousse en ligne (larousse.fr).  

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