50 nuances de rires : comment décrire le rire avec style ?

Depuis que François Rabelais a consacré le rire comme étant le « propre de l’homme », rien que cela, non seulement nous rions, mais nous avons quantité de termes à notre disposition pour le nuancer, le qualifier, et nommer toutes les sources du rire ! Alors, pourquoi se priver de les employer ? Voici un inventaire à soumettre à toute rieuse et tout rieur qui se respecte, aux pince-sans-rire et même aux agélastes !

Les différentes façons de rire

Les expressions pour décrire le rire ne manquent pas. Cette richesse permet de nommer toutes les nuances du rire !

Du rire franc au rire fou

Parmi les expressions connues, citons « éclater de rire », « étouffer de rire », « se tordre de rire », « mourir (ou crever) de rire »… On peut également « rire de bon cœur », « rire aux anges » (un peu béatement), « rire comme un fou », « rire aux éclats », « rire aux larmes », « rire à gorge déployée », mais aussi, comme on disait anciennement, à gorge rompue ou étendue. Ou encore : « rire à ventre déboutonné ». On imagine sans peine les boutons de sa chemise céder sous l’agitation corporelle induite par un rire frénétique ! De même, « rire comme un dératé » s’employait naguère, alors qu’aujourd’hui, il s’agit de « courir comme un dératé ».

Sourire ou rire ? Le nom sourire dérive du verbe latin subridere, composé du verbe ridere (« rire ») et du préfixe sub-, marquant l’atténuation. Dans l’étymologie, comme dans la pratique, sourire est bien en deçà du rire !

Du rire discret au rire moqueur

Rire dans sa barbe (sans pour autant être un pogonophore !), c’est rire discrètement, en le cachant. Dans la même idée, on peut regretter la disparition du joli verbe rioter, qui signifiait « rire à demi », mais sans la connotation péjorative que l’on retrouve dans l’actuel ricaner, « rire à demi, sottement ou avec malice ».

Rire du bout des lèvres (voire du bout des dents) a un sens différent : c’est rire sans en avoir envie. Enfin, celle ou celui qui rit jaune exprime un rire forcé qui dissimule (mal) le dépit ou la gêne.

Rire sous cape, c’est éprouver une satisfaction malicieuse que l’on cherche à cacher.

Le rictus, mot emprunté au latin, est-il un sourire ou un rire ? Les deux, d’après Le Petit Robert. Au sens didactique, c’est le spasme des muscles dilatateurs de la bouche donnant l’aspect de rire forcé. On parle ainsi de rictus pour les animaux. Au sens courant, on l’emploie plutôt pour désigner un sourire grimaçant exprimant des sentiments négatifs. Un rictus peut ainsi être moqueur, cruel.

Le rire, sans le dire

Qualifier le rire sans le nommer, c’est possible ! Par exemple, en employant le verbe s’esclaffer ou pouffer (qui existe néanmoins sous la forme « pouffer de rire ») ou encore les expressions « se tordre les côtes », « s’en donner ». 

« Décontracter, détendre les zygomatiques », c’est aussi une manière de parler du rire. Les zygomatiques, ce sont ces muscles qui s’étendent de la pommette à la commissure des lèvres, qu’ils relèvent en se contractant, notamment dans le rire ! La preuve, après un fou rire prolongé, on a « mal aux zygomatiques » ! 

On peut également badiner (plaisanter avec enjouement et légèreté, mais pas avec l’amour !), se gausser ou faire des gorges chaudes, quand le rire est ouvertement moqueur.

Rire ou rigoler ? Rigoler est l’équivalent du verbe rire dans le registre familier. Mais il signifie aussi « plaisanter ». « Oh là, là, tu as un énorme bouton blanc sur le nez ! Mais non, je rigole ! » Si l’on veut employer rire en ce sens, ce sera sous la forme : « C’est ou c’était pour rire ! »

Comment qualifier le rire ?

Une infinité d’adjectifs permettent de qualifier le rire, quelle que soit sa nature. Quand le rire est « positif », il peut être : bon, bon enfant, débonnaire, naïf, franc, spontané, gai, joyeux, fin, gracieux, léger, intelligent, spirituel, bruyant, sonore, éclatant, énorme, tonitruant, convulsif, contagieux… 

Homère a parlé du « rire inextinguible des dieux » (c’est en tout cas ainsi que nous l’avons traduit en français !). Inextinguible signifie littéralement « qu’il est impossible d’éteindre » (comme le feu), mais aussi d’apaiser (comme la soif). Et un rire inextinguible, alors ? C’est un fou rire éclatant qu’on ne peut arrêter. 

Le mot d’Homère a fait naître un autre adjectif, de même sens : un rire homérique. Il s’agit bien du fou rire bruyant que le poète grec prête aux dieux de l’Olympe !

Rabelais a même créé un mot pour désigner une personne qui ne rit jamais, réfractaire à l’humour : agelaste, sans accent à son époque, mais que l’on peut désormais écrire agélaste. Il est constitué du a- privatif et du grec gelos, « rire », racine qu’on retrouve dans la gélothérapie, une thérapie par le rire.

Quand le rire est « négatif », il peut être moqueur, ironique, narquois, goguenard, sarcastique, satanique, méchant, méprisant, cruel, sadique, bête, niais, stupide, hébété, idiot, inexpressif, gros, grossier, gras, canaille, grivois, lascif, bestial, repoussant, ignoble, forcé, contraint, même peiné, triste, douloureux, désolé, amer… 

Notons que le rire sardonique a d’abord une acception médicale : c’est un rictus convulsif dû à la contracture spasmodique des muscles de la face. C’est sous l’influence de mots proches, comme sarcastique ou satanique, qu’il caractérise désormais un rire exprimant une moquerie amère, froide et méchante. Le mot pourrait venir de l’herba sardonia, « renoncule de Sardaigne », dont l’ingestion provoque une intoxication se manifestant par un rictus.

Qu’est-ce qui provoque le rire ?

Toutes sortes de choses, mais si l’on reste dans la veine littéraire, l’on peut citer : le mot pour rire, le trait, le trait d’esprit, la pointe, le dard, la flèche, la saillie, la boutade, le badinage, la facétie, la bouffonnerie, la gaudriole (propos gai, plaisanterie un peu libre), la goguette (propos joyeux). 

Précisons quelques mots ! Le quolibet est une mauvaise plaisanterie, un mauvais jeu de mots, tout comme la turlupinade. Ce nom, comme le verbe turlupiner, vient du surnom d’un personnage de farce : Turlupin. Quant à la pantalonnade, cette farce burlesque et grossière, elle est également due à Pantalon, personnage de la comédie italienne.

Pour citer un rire moqueur, parfois cruel, voici quelques mots, dont certains délicieusement désuets : la raillerie, le brocard, la rosserie, le sarcasme, l’ironie, le persiflage (ou persifflage, depuis les rectifications orthographiques de 1990), la mystification, la gausse… Sans oublier la nasarde, une chiquenaude sur le nez, et par extension, un camouflet, un trait piquant !

Sandrine Campese

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j’ai sorti juste avant le coronavirus un livre tour du monde a travers rires et sourires de 120 pays où j’explore églement les expressions liées au rire et au sourire (Zygomatiques, Le Livre pour rire aux éditions La Lucarne des Ecrivains) … je n’avais pas trouvé à l’époque « rire comme un dératé », Merci de m’avoir fair découvrir cette nouvelle expression, je l’incluerai s’il y a une réédition !

Je n’arrive a me connecter de par École directe et je doit faire 2heure de projet Voltaire pour ne pas me faire sanctionner je suis au collège Saint Thomas d’Aquin oulin

    *** BONJOUR *** Thomas, nous sommes désolés d’apprendre que vous vous rencontrez des difficultés pour vous connecter. Il faut vous adresser au référent ou à la référente « Projet Voltaire » de votre établissement. Sinon, il est possible de prendre contact avec notre équipe en remplissant le formulaire https://www.projet-voltaire.fr/contact/. Bonne journée.