Nouveaux mots du Petit Larousse et du Petit Robert 2024 : que disent-ils de nous ?

Comme chaque année, 150 mots ont respectivement fait leur entrée dans les éditions 2024 des dictionnaires Le Petit Robert et Le Petit Larousse. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Les mots retenus – nouveaux mots, nouveaux sens donnés à des mots existants, emprunts à d’autres langues… – ne sont pas seulement les mots les plus employés sur l’année écoulée. Ces mots sont censés refléter notre société, ses enjeux et ses évolutions. En voici quelques exemples.

L’environnement occupe toujours une place centrale

Chaque année, les mots liés à l’environnement sont de plus en plus nombreux à entrer dans nos dictionnaires, preuve que ce sujet reste primordial dans notre société.

Larousse accueille l’anglicisme greenwashing, « utilisation fallacieuse d’arguments faisant état de bonnes pratiques écologiques dans des opérations de marketing ou de communication ». Le dictionnaire déconseille pourtant cet anglicisme, lui préférant les équivalents français : écoblanchiment, blanchiment vert ou encore verdissement de façade

On trouve aussi écoanxiété, « forme d’anxiété liée à un sentiment d’impuissance face aux problématiques environnementales contemporaines », réensauvagement, « mode de protection de l’environnement consistant à rendre aux écosystèmes leur caractère naturel, sauvage » ou encore aquaponie, « méthode de culture de poissons et de plantes dans le même système ».

Sur ce même sujet, Le Robert n’est pas en reste, puisqu’il accueille des termes (plutôt techniques) comme mégabassine, microplastique, indice de réparabilité, dette climatique, zones à faibles émissions…

Le numérique offre encore de nouvelles perspectives

De nombreux mots ou sens nouveaux apparaissent pour décrire de nouvelles technologies ou de nouvelles pratiques liées à Internet et aux réseaux sociaux.

C’est le cas du metaverse (ou « métavers », dans sa version francisée) et du multivers, lesquels font leur entrée chez Le Robert. Mais attention à ne pas les confondre !

Le métavers est un mot de l’informatique et des nouvelles technologies. Il décrit un univers virtuel en 3D dans lequel on interagit avec un avatar. Le mot, attesté dès 1992 dans un roman de science-fiction, connaît un regain de vitalité depuis quelques années.

Le multivers, lui, est un terme de physique reposant sur la théorie des univers multiples. Ce terme, qui existe depuis une quarantaine d’années, revient en force ces derniers temps, notamment grâce au cinéma (les films Marvel, notamment).

Enfin, une photo particulièrement réussie, flatteuse, esthétique, est « instagrammable », littéralement « digne de figurer sur le réseau social Instagram ». Cet adjectif, directement formé sur un nom de marque, se trouve désormais dans les pages du Larousse.

Autres termes, au sens encore assez obscur pour nombre d’entre nous : le « minage de  cryptomonnaie » (fait de valider un ensemble de transactions en  cryptomonnaie et de générer de nouvelles cryptomonnaies) et ses dérivés « miner », « mineur ». On parle aussi de moissonnage de données.

Notre société est de plus en plus progressiste et inclusive

Les nouveaux venus témoignent aussi de l’évolution sociale et sociétale qui s’opère dans notre vie quotidienne depuis quelques années… voire quelques mois !

Chez Le Robert, on note l’apparition du verbe mégenrer, c’est-à-dire « attribuer à une personne – volontairement ou non – un genre dans lequel elle ne se reconnaît pas ». Concrètement, si une personne se définit de genre féminin et qu’on utilise, pour la désigner, un pronom masculin, alors on la « mégenre ». Beaucoup de mots liés au genre sont entrés dans Le Robert ces dernières années : genrer, non binaire, cisgenre, transitionner, transphobe, et le fameux pronom « iel », qui a fait  couler tant d’encre.

Larousse se distingue par l’arrivée d’antisexisme, « opposition au sexisme ». Le terme est jugé préférable à « féminisme », afin de couvrir l’ensemble des discriminations liées au sexe ou au genre (et pas seulement celles envers les femmes).

Dans un tout autre registre, complosphère entre chez Le Robert. Il s’agit de l’ « ensemble des personnes qui participent à la diffusion d’idées jugées complotistes sur Internet ». Ce nom s’inscrit dans la série de mots en –sphère popularisés ces dernières années : blogosphère, twittosphère, fachosphère, mais aussi dans la lignée de complotisme et complotiste, conspirationnisme et conspirationniste, apparus dans les éditions précédentes.

Enfin, les récentes manifestations contre la réforme des retraites ont vu apparaître le verbe nasser chez Le Robert, c’est-à-dire « encercler, retenir (des manifestants) par un cordon d’agents des forces de l’ordre ».

Le langage jeune, signe de vitalité de notre langue

Les dictionnaires sont friands de mots empruntés au langage des jeunes. Souvent familiers, anglais ou tirés de l’anglais, ils appartiennent à la langue parlée.

Ainsi, « avoir un crush », c’est avoir un coup de cœur pour quelqu’un. Les « anciens » disaient « avoir le béguin ». « Un crush » désigne aussi la personne… pour qui on a un crush !

Autre exemple, le verbe bader, issu de l’anglais bad (mauvais). « Bader », c’est littéralement « être en bad », « dans le mal », donc « éprouver de l’inquiétude, de la tristesse ou de la mélancolie ».

Verbe du premier groupe également formé sur un mot anglais, ghoster, de ghost, « fantôme ». Son sens ? « Rompre soudainement tout contact avec quelqu’un sans explication ».

Dernière expression : « être en PLS ». Le sigle PLS signifie « position latérale de sécurité ». C’est un geste de premier secours envers une personne inconsciente. Au sens figuré, « être en PLS », c’est se sentir mal, être au bout de sa vie. On peut aussi « mettre quelqu’un en PLS » en lui donnant une leçon, une master class, dit-on encore !

Nous sommes friands de nouveaux mets et de nouvelles sensations

Les Français aiment manger et se divertir. Côté nourriture, la tendance est à la gastronomie étrangère, souvent asiatique. Côté loisir, de nouveaux sports font leur apparition.

Chez Larousse, on trouve le bánh mì, unsandwich vietnamien fait d’une demi-baguette garnie de viande marinée et cuite. Chez Le Robert, on apprécie le babka, une brioche tressée souvent garnie de chocolat, et le poké, un plat à base de poisson cru, dont le nom vient d’un verbe hawaïen signifiant « découper ».

Gourmands, nous n’en sommes pas moins soucieux de notre santé, en témoigne le mot nutriscore, système d’étiquetage nutritionnel qui figure sur bon nombre d’emballages alimentaires, et désormais… dans le dictionnaire !

Parfois, il suffit de changer l’orthographe d’un mot pour lui donner un nouveau sens ! C’est le cas du parkour, un sport consistant à se déplacer en franchissant des obstacles naturels ou artificiels, généralement en milieu urbain.

On note également l’apparition de wingfoil, un sport nautique avec une voile gonflable. Encore un anglicisme ! Ou du moins un semi-anglicisme, foil étant issu d’un mot d’ancien français signifiant « feuille ».

Les mots de la Francophonie nous inspirent

Chaque année, des mots francophones témoignent de la vitalité de la langue française hors des frontières de l’Hexagone et nous apportent un autre éclairage sur la culture et le monde.

Chez Le Robert, on trouve désormais le nom québécois fureteur, « logiciel pour naviguer sur Internet », le nom belge gayolle (qui désigne une prison), ou l’adjectif libanais brave (qui désigne une personne brillante), contrecarrant le sens franco-français qui veut qu’une personne brave soit plutôt simplette (« Il, elle est bien brave »).

De son côté, Larousse accueille zouglou, « musique urbaine ivoirienne créée par des étudiants d’Abidjan au début des années 1990 » et bascule, « au Québec, manière plaisante de marquer l’anniversaire d’une personne en la soulevant et en la redescendant par les bras et par les jambes autant de fois qu’elle compte d’années. »

Principales sources :

Sandrine Campese

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