Inexorable, inexpugnable, inextinguible : les adjectifs en « inex »

Les adjectifs en « inex » ne sont pas des rigolos. ComJeune fille debout à la fenêtre, de Salvador Dalíposés des préfixes in- (négation) et ex- (hors), ils expriment tous une forme d’échec, d’impuissance ou de fatalité. Heureusement, avec cette petite mise au point, vous n’aurez plus peur de vous mesurer à eux, d’en saisir le sens exact, et de les employer à bon escient.

INEXHAUSTIBLE

Plutôt que de dire que quelque chose est « inépuisable », pourquoi ne pas employer son équivalent littéraire : inexhaustible ? On reconnaît dans cet adjectif le verbe latin exhaurire, « vider, épuiser », qui a donné « exhaustif ». S’il existait déjà en moyen français sous la forme inexhaust, il a certainement été repris à l’anglais au début du XVIIe siècle. En effet, le verbe anglais to exhaust (qui a produit exhausted, « épuisé ») est formé sur cette même racine latine.

INEXORABLE

« Inexorablement, elle attend… », chante Jean-Jacques Goldman. Mais que signifie « inexorablement » ? Est inexorable « ce qu’on ne peut fléchir, amadouer » et, au sens strict, « ce qu’on ne peut obtenir par la prière ». En effet, le mot est issu du latin inexorabilis, soit in + exorare, « obtenir par prière ». Les adjectifs « inflexible », « implacable » et « impitoyable » ont un sens voisin.

INEXPIABLE

Dans son roman Péplum (1996), Amélie Nothomb écrit : « Aucune réalité humaine n’exprime aussi bien l’idée de destin que les paroles malheureuses et leurs conséquences inexpiables. » Qu’entend-elle par là ? Inexpiable signifie « ce qu’on ne peut expier » ou, plus prosaïquement, « réparer ». Il vient du latin inexpiabilis, de in + expiare, « expier ». Il est proche des adjectifs « impardonnable » et « irrémissible ».

INEXPUGNABLE

Est inexpugnable « ce qu’on ne peut assaillir, qui résiste à toutes les attaques ». L’adjectif est issu du latin in et du verbe expugnare, « prendre par la force ». On pourrait aussi bien dire « imprenable », mais ce serait beaucoup moins raffiné ! En témoigne la célèbre réplique de Jean Dujardin dans OSS 117 : « C’est l’inexpugnable arrogance de votre beauté qui m’asperge » !

INEXTINGUIBLE

Avez-vous déjà cherché à qualifier ce que l’on ne peut éteindre ? Inéteignable ? Non ! Sans compter que si cette forme existait, on la confondrait avec « inatteignable ». Ce que l’on ne peut éteindre est inextinguible. On reconnaît dans le mot le préfixe négatif in- et le verbe exstinguere, « éteindre, faire disparaître, effacer ». Parmi les synonymes plus courants, on peut citer « éternel », « intarissable » ou encore « inépuisable ». Dans L’Iliade et dans L’Odyssée, Homère parle du « rire inextinguible des dieux ».

INEXTRICABLE

Est inextricable « ce qu’on ne peut démêler ». Littéralement, on ne peut se dégager, se libérer de ce qui est inextricable, du latin in + extricare, « tirer d’embarras ». Bien sûr, il est possible d’utiliser un des synonymes suivants : « embrouillé, emmêlé ». Mais ce serait faire preuve de moins d’audace que la chanteuse Alizée ! Dans Mon Maquis, elle fredonne « C’est un dédale inextricable… ».

Terminons notre inventaire avec deux locutions d’origine latine qui contiennent « inex », cette fois-ci en deux mots.

IN EXTENSO

Cette locution latine, passée en français, signifie littéralement « dans toute son étendue ». Elle est formée de in (dans) et de l’ablatif de extensum, participe passé du verbe extendere qui a donné « étendre ». On la rencontre dans le langage littéraire, pour parler d’un texte retranscrit « tout au long, en entier ». Exemple : « Publier un discours in extenso ».

IN EXTREMIS

Cette autre locution latine est composée de in (dans) et de l’ablatif de extrema, « les choses dernières », qui a donné « extrême ». Attestée en anglais dès le XVIe siècle, elle signifie littéralement « à l’article de la mort ». Mais on l’emploie couramment pour dire « au tout dernier moment ».

À lire également : Indubitablement, laconiquement, subrepticement… 10 adverbes pour « briller en société »

Sandrine Campese

Image : Jeune fille debout à la fenêtre, de Salvador Dalí

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Petite minute de fierté, pardon d’avance : je connaissais et utilise relativement souvent ces adjectifs « inex ». Bon, c’est fait, promis, je redescends sur terre 🙂
Merci Sandrine, vos billets sont inestimables !

    Bonjour Nina, bravo, cela vous dire que vous maîtrisez la langue soutenue et avez du vocabulaire ! Et vous avez bien raison de vous en féliciter ;-). Merci pour votre gentil message. C’est un plaisir de vous compter parmi nos lecteurs. À bientôt !

Bonjour,

J’avais envoyé un mail concernant une question sur une phrase du module excellence qui me perturbait.
la voici « Est?ce ma faute à moi, si cette crise mondiale a éclaté ? »
A mon sens, le « à moi » constitue une répétition du pronom personnel et devrait constituer une faute.
Puis-je avoir votre avis?
Merci

    Bonjour Mathias, je ne vois pas bien le rapport entre votre question et le billet que vous commentez sur les adjectifs en « inex-« , mais je vous réponds néanmoins. Dans la phrase que vous citez, la répétition du pronom personnel est fréquente dans le langage oral (ce qui est le cas dans cette question rhétorique, formulée à la première personne du singulier). On la retrouve, par exemple, dans la tournure « Me faire ça à moi ? ». Bon après-midi