À une lettre près : mugir et rugir, beugler et meugler

Identiques à une lettre près, exprimant chacun un cri ou un bruit, les verbes « mugir » et« rugir » ou encore « beugler » et « meugler » sont souvent confondus. S’il y a une espèce de différence entre les deux premiers, les deux suivants sont bien synonymes.

« mugir » vs « rugir »

– origine : « mugir » et « rugir » viennent tous deux du latin, « mugir » est issu de mugire et « rugir » de rugire. Jusqu’ici tout va bien.

– sens propre : « mugir » est le verbe exprimant le cri des bovins, et « rugir » celui des fauves. Par conséquent, le taureau mugit et le lion rugit. Facile.

– sens figuré : « mugir » se dit de tout bruit sourd et profond tandis que « rugir » caractérise un bruit rauque et violent. Tendez l’oreille : la trompette mugit, mais le vent rugit !

« beugler » vs « meugler »

– origine : « beugler » dérive de l’ancien français bugler, lui-même tiré de bugle (buffle). Quant à « meugler », il partage avec « mugir » la même racine latine.

– sens propre : comme « mugir », « beugler » s’emploie à propos d’un bovidé qui pousse son cri. Idem pour « meugler », bien qu’il ait désigné à l’origine le cri d’un onagre, c’est-à-dire d’un âne sauvage. Depuis, « meugler » et « beugler », c’est kif-kif bourricot.

– sens figuré : sans surprise, « beugler » et « meugler » signifient « crier à la manière d’un bovidé ». Par extension, ils se disent d’une personne ou d’une chose qui émet un son prolongé et disgracieux.

Résultats

Au sens propre, « rugir » se distingue de « mugir » mais aussi de « beugler » et de « meugler », qui s’appliquent tous trois à des bovins. Au sens figuré, « mugir » et « rugir » sont plus forts (au niveau sonore) que « beugler » et « meugler ». C’est la raison pour laquelle on peut remplacer les deux premiers par « hurler » et les deux suivants par « crier ».

Sandrine Campese

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Juste pour info, le bugle est toujours utilisé, notamment dans le jazz ainsi que dans les fanfares et harmonies. C’est un « dérivé » de la trompette dont sauf erreur la tonalité est toujours en si bémol.

Espérons que votre commentaire aidera la jeune génération à bien écrire : « entendez-vous dans nos campagnes, mugir ces féroces soldats ?  »
Quant au bugle, soulignons aussi son utilisation pour un petit instrument à vent (genre clairon) qui, malgré des siècles d’existence militaire, n’était plus en usage à l’époque de la Marseillaise…
Enfin, « kif-kif » remonte aux conquêtes coloniales de la France au Maghreb au milieu du XIX° : de quoi ensuite apprendre à distinguer ahanner (travailler dur comme un âne) et hihanner (braire comme un âne, mot non homologué mais si … parlant !)

Bien littérairement,
Chambaron

    Mais n’écrit-on pas « ahaner » ? Ou bien la réforme de l’orthographe serait-elle passée par là alors que j’avais le dos tourné…? En revanche, je ne connaissais pas « hihanner ». Amusante trouvaille.

      Vous avez raison.
      Ahaner s’est écrit avec deux « n » en vieux français, mais l’un s’est perdu dans une réforme de l’orthographe bien antérieure à 1990. Trahi par mon côté « vieille France ».
      Allez, je veux bien coiffer le bonnet pour un tour…

      Chambaron

    Ahaner (un seul « n ») n’a aucun rapport avec l’âne (à la différence d’ânonner…) : il s’agit d’une onomatopée décrivant le souffle émis par un travailleur de force dans l’effort physique, généralement répétitif : c’est le « ahan » du bûcheron à chaque coup de cognée (ou le cri du joueur de tennis qui frappe la balle…)