👉 DĂ©couvrez nos SOLUTIONS pour les particuliers (CPF), l’éducation, les organismes de formation et les entreprises.

D’oĂč vient le mot « grĂšve » ?

GrĂšve, grĂšve, grĂšve... Il y a des jours oĂč tout le monde a ce mot Ă  la bouche. CritiquĂ©e, redoutĂ©e par les uns ; menĂ©e, soutenue par les autres, la grĂšve, surtout quand elle touche les transports, nous laisse rarement indiffĂ©rents. En attendant de trouver un plan B permettant de se dĂ©placer en ces jours perturbĂ©s, rien de tel qu’un peu de lecture pour (re)dĂ©couvrir l’origine et le sens du nom grĂšve, ainsi que quelques expressions dans lesquelles il entre en action.
Par Sandrine
Explorer la langue française
Article

À l’origine, une plage de sables et de graviers

Le nom grĂšve vient du latin populaire grava qui signifie « gravier Â». En effet, au sens propre, la grĂšve est un terrain plat formĂ© de sables, de graviers, situĂ© au bord de la mer ou d’un cours d’eau. Le terme est d’ailleurs employĂ© par de nombreux auteurs, notamment en poĂ©sie : « J’avais pris l’habitude d’aller les soirs m’asseoir sur la grĂšve… Â» (Rousseau), « Ă€ l’extrĂ©mitĂ© d’une cĂŽte dangereuse, sur une grĂšve… Â» (Chateaubriand), « La mer qui vient dormir sur la grĂšve argentĂ©e… Â» (Lamartine), « … la grĂšve livide Ă  nos pieds Â» (Camus).

C’est conformĂ©ment Ă  ce sens originel qu’on a nommĂ© « Place de GrĂšve Â» la place de Paris situĂ©e au bord de la Seine qui, en 1803, deviendra la place de l’HĂŽtel-de-Ville.

Cette place est restĂ©e tristement cĂ©lĂšbre dans l’Histoire pour avoir accueilli, au Moyen Âge, les exĂ©cutions publiques. Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo en parle en ces termes : « La GrĂšve avait dĂšs lors cet aspect sinistre (
). Il faut dire qu’un gibet et un pilori permanents, une justice et une Ă©chelle, comme on disait alors, dressĂ©s cĂŽte Ă  cĂŽte au milieu du pavĂ©, ne contribuaient pas peu Ă  faire dĂ©tourner les yeux de cette place fatale, oĂč tant d’ĂȘtres pleins de santĂ© et de vie ont agonisĂ© (
). Â» C’est aussi sur cette place que la guillotine sera installĂ©e, en 1792, tranchant ses premiĂšres tĂȘtes…

Faire grĂšve : un contresens Ă©tymologique ?

Retournons sur le quai de la GrĂšve, devenu « quai de l’HĂŽtel-de-Ville Â». Avant qu’il ne soit pavĂ©, cet endroit Ă©tait rĂ©ellement une grĂšve, une plage de sables et de graviers, d’oĂč il Ă©tait facile de dĂ©charger des marchandises arrivant par la Seine.

Dans le but de pouvoir vendre ces marchandises tout droit sorties du bateau, un marchĂ© ouvert au public se dĂ©veloppe sur la place. Outre les acheteurs, des hommes sans emploi s’y rendent afin de trouver facilement du travail. VoilĂ  comment on est arrivĂ©s Ă  l’expression « faire grĂšve Â» ! Mais attention, au dĂ©part, elle voulait simplement dire que l’on se tenait sur la place de GrĂšve en attendant du travail. Le sens Ă©tait donc positif. Puis, par glissement, elle a Ă©voluĂ© vers le sens qu’on lui connaĂźt aujourd’hui, Ă  savoir la « cessation collective et concertĂ©e du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles Â».

Une grĂšve ? Non, des grĂšves !

Outre « faire la grĂšve Â» ou « se mettre en grĂšve Â», on relĂšve quantitĂ© d’expressions voisines dont on ne distingue pas toujours le sens prĂ©cis. Ainsi, tenir un piquet de grĂšve est une forme de grĂšve au cours de laquelle des grĂ©vistes se rĂ©unissent Ă  l’intĂ©rieur et aux alentours du lieu de travail, dans le but de dissuader, voire d’empĂȘcher les travailleurs non grĂ©vistes d’aller travailler.

Il y a Ă©galement diffĂ©rents types de grĂšve. La grĂšve du zĂšle, d’apparence antithĂ©tique, n’en reste pas moins « bloquante Â» : c’est l’application mĂ©ticuleuse de toutes les consignes de travail, en vue de bloquer toute activitĂ©. À ne pas confondre avec la grĂšve japonaise, laquelle n’est pas rĂ©ellement une grĂšve au sens oĂč nous l’entendons puisque les employĂ©s japonais expriment leur mĂ©contentement par le port d’un brassard durant les heures de travail ! La grĂšve perlĂ©e est Ă©galement plus « douce Â» : c’est le ralentissement volontaire du rythme d’activitĂ© sans cesser officiellement le travail. En outre, la grĂšve peut ĂȘtre tournante, c’est-Ă -dire qu’elle atteint tour Ă  tour divers secteurs d’une mĂȘme branche professionnelle. Enfin, la grĂšve sauvage est Ă  distinguer de la grĂšve surprise : si la premiĂšre Ă©clate spontanĂ©ment en dehors de toute consigne syndicale, la seconde n’est pas prĂ©cĂ©dĂ©e d’un prĂ©avis.

Quoi qu’il en soit, connaĂźtre le dĂ©but d’une grĂšve est nĂ©cessaire afin de l’anticiper et de s’y adapter. En revanche, la durĂ©e et l’ampleur restent bien souvent Ă©nigmatiques…

Lisez aussi sur notre blog :

Sandrine Campese

Les définitions sont tirées du Larousse en ligne et du Grand Robert de la langue française.

Publié par Sandrine
Vous ĂȘtes perdu ?

Plus de contenu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas affichée.
Les champs obligatoires sont marquĂ©s d’un « * Â».

  • Avatar
    antigone
    11 décembre 2019 à 15 h 31 min
    Pourquoi qualifiez-vous l'expression "grÚve du zÚle" de "pléonastique", elle me paraßt plutÎt antithétique ?
  • Avatar
    Sandrine Campese
    18 décembre 2019 à 14 h 15 min
    Bonjour Antigone, vous avez raison, c'est bien antithétique et non pléonastique que je voulais indiquer. C'est corrigé. Merci de votre lecture attentive et bon aprÚs-midi.

Retrouvez le Projet Voltaire dans votre poche !

"Application utile et instructive.

Sa plus grande qualité c'est son accessibilité à toutes les personnes de tous niveaux en français. Les services proposés allient parfaitement bien le rapport qualité-prix. J'apprécie cette application parce qu'obtenir son Certificat Voltaire est un bonus essentiel à mettre sur son CV ou tout simplement pour avoir le plaisir de parler et d'écrire le français correctement."

Harinavalona R
Note : 5 sur 5