Consommer, consumer et autres paronymes que l’on confond tout le temps (4/5)

Poursuivons notre série sur ces mots particulièrement trompeurs : les paronymes ! Non seulement ils sont proches par la graphie, mais, comme vous allez le constater, ils le sont aussi par le sens. Autant de raisons d’employer l’un pour l’autre ! Heureusement, dès lors qu’on les décortique, les frontières sémantiques se dessinent plus clairement. Voici la preuve par cinq.

adhérence et adhésion

L’un de ces noms a un sens propre, l’autre figuré. L’adhérence désigne l’état de ce qui adhère. Par exemple, quand on roule en voiture, on s’intéresse à l’adhérence des pneus au sol.

L’adhésion ne relève pas des propriétés physiques mais morales : c’est une approbation, une acceptation, une inscription. D’où l’adhésion à une opinion, à un projet, à une religion, à un parti politique… On retrouve cette même distinction entre acception physique et acception morale dans les couples « inclinaison / inclination » et « tendreté / tendresse », traités ci-après.

consommer et consumer

Ces paronymes viennent tous deux d’un verbe latin signifiant « détruire, achever ». Leur parenté transparaît d’ailleurs dans le nom consumérisme, par l’intermédiaire de l’anglais consumer, « consommateur ».

Consommer, avec deux « m », c’est amener une chose à destruction, en faire un usage qui la rend ensuite inutilisable. Ainsi nos vies humaines nécessitent-elles de consommer de la nourriture, des boissons (lesquelles, dans un café ou un restaurant, sont appelées « consommations » !), de l’électricité, de l’essence… Consumer, avec un seul « m », désigne avant tout la destruction totale par le feu ou une très forte chaleur. On a ensuite élargi le sens à d’autres objets, ce qui a sans doute favorisé la confusion entre les deux verbes.

inclinaison et inclination

L’inclinaison, c’est l’état de ce qui est incliné : un terrain, un toit, une route, un bateau… sur le point de couler ! Le nom dérive tout simplement du verbe incliner.

L’inclination est aussi un mouvement, mais d’ordre affectif ! Il vient du latin inclinatio qui désigne la tendance, le penchant. Dans la langue littéraire et romantique, l’inclination est celle du cœur : c’est elle qui pousse à aimer quelqu’un. Mais l’inclination (au sens d’appétence, de préférence) peut se porter sur tout autre objet. Ainsi peut-on avoir une inclination pour l’orthographe !

infecter et infester

Infecter, c’est transmettre, communiquer une infection. On dit aussi « contaminer ». Le verbe s’emploie également à la forme pronominale (« La plaie risque de s’infecter »). L’autre sens, plus ancien, concerne les odeurs : infecter consistant à empester (un lieu, l’air…) par une odeur infecte.

Infester, c’est être très abondant au point d’envahir complètement. Les mauvaises herbes, les rats, les requins, les moustiques peuvent respectivement infester un champ, une maison, une mer, un camping… C’est parce qu’infester s’emploie aussi dans le langage médical pour décrire la propagation d’une maladie que les deux verbes sont si souvent confondus.

tendreté et tendresse

À moins de vouloir faire un câlin à votre faux-filet, vous parlerez de sa tendreté et non de sa tendresse ! La tendreté, c’est le caractère de ce qui est tendre, s’agissant d’un aliment et plus spécifiquement d’une viande. Anciennement, on disait aussi « la tendreur ».

La tendresse désigne aussi le caractère de ce qui est tendre, mais relève des sentiments, des émotions : la tendresse d’un âge, d’une personne, d’un cœur…

Sandrine Campese
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C’est la meilleure : il y a justement une erreur de paronyme dans l’article sur les paronymes. Vous dites 😕 Mais l’inclinaison (au sens d’appétence, de préférence) peut se porter sur tout autre objet.
Or il ne s’agit pas alors de l’inclinaison mais de l’inclination… ?

    **** BONJOUR *** Guy Bazin, c’était un test pour savoir si les internautes lisaient bien nos articles ;-). Nous en voilà assurés. La coquille a été corrigée. Merci et bonne journée.