Ancre ou encre ? compte, conte ou comte ? panser ou penser ? Révisez les homophones ! (4/5)

Voici l’avant-dernier volet de notre série qui met les homophones à l’honneur. Saviez-vous que ancre s’était d’abord écrit « encre » et ancre, « encre » ? Pas étonnant qu’aujourd’hui encore, leur orthographe ait du mal à s’ancrer dans notre mémoire ! Même chose pour « compte », « conte » et « comte », qui sont encore plus proches que ce que vous pouvez panser, heu, penser !

ancre et encre encrier et sa plume sur une feuille de papier

Ancre et encre n’ont rien trouvé de mieux que d’échanger leur orthographe au fil du temps ! Ancre, d’abord encre en vieux français, est un emprunt au grec ankura, avec l’idée de crochet, de chose recourbée. Assez logiquement, le nom a évolué pour désigner l’instrument de fer à deux dents qu’on laisse tomber dans l’eau pour fixer les bateaux.

Encre, qui s’écrivait « ancre » au XIIe siècle, vient du grec enkaustikê qui a donné « encaustique » peinture préparée avec de la cire fondue. Depuis lors, c’est un liquide noir ou coloré utilisé pour écrire ou pour imprimer.

compte, conte, comte

Du latin computus, compte s’est également écrit « conte » jusqu’au XIIIsiècle. Qu’il désigne un calcul ou l’état détaillé des recettes et des dépenses, il est utilisé dans de nombreuses locutions figurées comme « avoir son compte », « régler ses comptes », « rendre compte », et des mots composés tels compte-gouttes (avec un trait d’union) et compte rendu (sans trait d’union).

Contevient du verbe conter, qui, au Moyen Âge, ne faisait qu’un avec compter. À cette époque, ces deux verbes issus du latin computare, « calculer », suggéraient l’idée d’énumérer, de dresser une liste. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le sens de « calculer » revint exclusivement à compter et qu’il s’orthographia sur le modèle de sa racine latine.

Comte, du latin comitem, s’est écrit « compte » et « conte » par le passé. D’abord haut dignitaire du royaume, le comte a peu à peu perdu de son prestige. Dans le système féodal, il était celui qui possédait un comté. Aujourd’hui, plus de terre, seul subsiste son titre de noblesse.

panser et penser

Penser et panser, ces deux homophones ont une histoire commune. En effet, panser vient de « penser » et s’est écrit avec un « e » jusqu’au XVIIIsiècle ! Le glissement de sens s’est opéré par l’intermédiaire d’anciennes expressions comme « penser de » qui signifiait « prendre soin de, soigner ». On a donc « pensé de la plaie » avant de « panser une plaie » !

Penser vient du latin pensare, passé tel quel en italien et sous la forme pensar en espagnol. À l’origine, il était le doublet lexical de « peser ». Du sens d’« évaluer, apprécier », on est passé à « réfléchir, méditer ». Ne dit-on pas encore que l’on pèse le pour et le contre ?

Le journal Libération du 6 septembre 2012 s’est amusé de l’homophonie entre les deux verbes, ressuscitant l’ancien sens de « penser » en titrant Le gouvernement pense les plaies marseillaises.

Sandrine Campese

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