Sommaire Cet article résumé en quelques mots : L’IA est en plein essor : 66 % des individus s’en servent régulièrement, 78 % des organisations l’ont adoptée. Les requêtes simples ne suffisent pas : les tâches complexes exigent des prompts bien structurés. Dans ce cadre, l’ingénierie de prompt (ou prompt engineering) constitue désormais une compétence clé : structurer sa demande, fournir du contexte, guider le raisonnement de l’IA. Elle offre un gain de temps concret (jusqu’à 57 minutes par jour pour les utilisateurs maîtrisant l’IA) ; Elle facilite l’accès au marché du travail à l’heure où de nouveaux emplois émergent, liés à l’IA ; Elle permet de se préparer au futur : un grand nombre de nos emplois actuels pourraient être remplacés ou transformés par l’IA. Se former maintenant à l’utilisation de l’IA devient aussi essentiel que savoir utiliser un ordinateur dans les années 2000. IA : les requêtes complexes exigent des méthodes spécifiques En moins de deux ans, l’intelligence artificielle générative est passée du statut de curiosité technologique à celui d’outil de travail quotidien. Les chiffres l’attestent. Ainsi, selon le magazine Forbes : « 66 % des individus dans le monde ont désormais recours à des technologies d’IA de manière régulière » (contre 116 millions il y a cinq ans) ; « 78 % des organisations utilisent déjà l’IA » ; « 92 % des étudiants ont recours à l’IA générative » ; « 60 % de la population mondiale vit sous une législation encadrant l’IA ». Concernant plus précisément les entreprises françaises, 10 % de celles comptant dix salariés ou plus utilisaient une technologie d’IA en 2024, un chiffre en progression par rapport aux années précédentes (source : INSEE). Il est donc pertinent – et peut-être urgent – de se former à l’utilisation de ce type de technologie. En effet, s’il semble très simple de dialoguer avec une IA, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît. Les intelligences artificielles génératives utilisées par le grand public et les entreprises sont désormais en mesure de fournir sans trop de difficulté des réponses à des questions et des demandes simples. Si l’on demande à ChatGPT, à Claude ou à Gemini quelle est la capitale du Brésil, il n’y aura certainement pas d’erreur (même si le risque d’hallucination est encore bien réel). En revanche, dès lors que la requête est plus complexe et implique plusieurs étapes (isoler des éléments et les traiter, construire une solution et l’appliquer à des données…), une demande « basique » ne suffit pas. Il est nécessaire de comprendre comment fonctionnent les LLM que l’on sollicite et d’apprendre à leur « parler » de la bonne manière : avec des prompts efficaces. On peut parler dans ce cadre d’ingénierie de prompt. Cela ne consiste pas simplement à poser une question, il faut structurer un problème pour un modèle probabiliste qui prédit du texte. L’ingénierie de prompt prend également en compte les biais des LLM et leur absence de compréhension réelle (un LLM ne « comprend » pas, il génère une réponse probable). Pour rappel : Le prompt désigne les instructions que l’on donne à une intelligence artificielle générative pour qu’elle produise un contenu (texte, image, son, vidéo, etc.) ; L’ingénierie de prompt, ou « rédactique », ou encore prompt engineering, englobe le processus de conception et de structuration d’un prompt efficace pour une IA. Cet article présente les raisons qui doivent pousser à s’intéresser dès maintenant au fonctionnement des IA génératives. « Fais-moi une stratégie marketing » est assurément moins efficace que : « Agis comme un consultant marketing B2B. Propose une stratégie en 3 axes pour une PME ciblant les DRH, avec un budget limité. » À présent, revenons au sujet qui nous intéresse : pourquoi apprendre à réaliser des prompts de qualité ? L’utilisation de l’IA va devenir indispensable Comme précisé en introduction, de nombreuses entreprises ont d’ores et déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs processus de travail. Certes, il existe entre elles des disparités importantes, comme l’indique la publication de l’INSEE mentionnée précédemment. Pour l’heure, les entreprises de grande taille utilisent davantage l’IA que les autres : 33 % des entreprises de 250 salariés et plus l’utilisent, contre 9 % des entreprises comptant entre 10 et 49 salariés, et 15 % des entreprises comptant entre 50 et 249 salariés. De même, il existe des différences notables selon les secteurs d’activité. Ainsi, 42 % des entreprises d’information et de communication utilisent l’IA, contre 3 % de celles spécialisées dans la construction. Pour autant, on note une progression globale d’utilisation entre 2023 et 2024, signe que l’intelligence artificielle « perce » dans tous les secteurs, y compris l’industrie manufacturière, le transport, ou encore l’hôtellerie et la restauration. Un article du journal Les Échos rapporte que, selon une étude Odoxa, les utilisateurs de l’IA gagnent en moyenne 57 minutes par jour au travail. L’article précise : « Une vérification humaine reste bien sûr nécessaire puisque, même avec un bon prompt, “on n’évite pas à l’IA de faire des erreurs”, rappelle le spécialiste. En revanche, cela peut faire gagner un temps précieux pour arriver au résultat désiré. » Se former à réaliser des prompts efficaces permet donc d’améliorer son employabilité et de rester compétitif sur le marché du travail. L’avènement de l’IA est inéluctable Il est difficile à ce jour de savoir si l’intelligence artificielle va prendre la forme d’une transformation progressive ou d’une transition plus brutale. Les études menées sur les évolutions à venir donnent des résultats différents. Ainsi, un dossier du journal L’Express étudie la situation d’entreprises ayant lancé de grands « chantiers IA » et en conclut que les résultats ne sont – pour l’instant – pas au rendez-vous. Un chiffre du MIT interpelle : 95 % des projets liés à l’IA en entreprise ne permettraient pas de réaliser un retour sur investissement. L’article précise : « Ces derniers mois, L’Express a rencontré plusieurs “grands comptes”, ces sociétés de premier plan de l’Hexagone comme Air France, Total, Axa… Des fleurons du CAC 40 dont une partie dispose de bureaux donnant sur la dalle venteuse du quartier d’affaires La Défense. Tous l’admettent : malgré de fortes ambitions et des investissements dépassant parfois les six chiffres, la réalité du terrain est autrement plus modeste. » Pour autant, l’abandon pur et simple de l’IA n’est pas à l’ordre du jour. Cela laisse présager une période de mise en place relativement longue et un monde du travail dans lequel l’être humain demeure au centre du jeu. À l’inverse, d’autres études voient une évolution beaucoup plus rapide. Certains chercheurs anticipent même un bouleversement dans les années à venir. Dans un article des Échos s’appuyant sur les travaux de deux économistes, il est indiqué que 16,3 % des emplois publics et privés sont menacés en France. L’article précise : « près de 5 millions d’emplois en France sont menacés d’ici à la fin de la décennie. […] L’IA aura donc un impact macroéconomique. » Que le changement soit plutôt lent ou très rapide, il est indispensable de s’y préparer. Savoir écrire un prompt devient une forme de littératie numérique avancée, au même titre que savoir chercher sur Google il y a 20 ans. Pour utiliser l’IA de la bonne manière Souvenons-nous de ce vieux sketch des Inconnus, celui du bon et du mauvais chasseur… Peut-on faire le pari qu’il existera demain de bons et de mauvais rédacteurs de prompts ? C’est probable. Comme précisé en introduction, il est désormais très simple d’interagir et de dialoguer avec une IA générative. Cela est à la portée de toute personne sachant ouvrir un onglet sur un navigateur et taper quelques mots sur un clavier. Mais encore une fois, qu’en est-il des demandes complexes ? Si l’on compte sur l’IA pour définir une typologie de clients, créer un slogan d’entreprise, donner des pistes pour organiser un événement, ou encore mettre en place une stratégie marketing d’ensemble, on ne peut pas juste le demander en une phrase maladroite. Cela exige : de structurer sa demande ; de fournir du contexte ; de guider le raisonnement du modèle. Tout cela s’apprend, et il faut commencer par la base, à savoir la connaissance des principales instructions ou « commandes » utiles pour donner des instructions à l’IA. Il est également possible d’améliorer ses prompts grâce à certaines méthodes, telles que : les balises XML, qui permettent de préciser de manière technique sa demande à l’IA ; le méta-prompt (ou meta-prompting), qui consiste à fournir à l’IA un canevas ou une méthode spécifique, réutilisable ; la méthode dite « par chaîne de pensée », qui consiste à poser une série de questions séquentielles à l’IA. Cela permet d’utiliser pleinement le potentiel de l’intelligence artificielle. Faciliter la création de formats diversifiés L’IA offre la possibilité de créer des contenus, mais elle peut également transformer ces derniers et les adapter à de nouveaux canaux. Une personne qui en maîtrise les rouages peut ainsi créer, par exemple, un texte qui servira d’article de blog. Elle peut ensuite générer des images pour l’illustrer. Elle peut aussi, à partir de ce texte, générer un carrousel pour LinkedIn, une publication pour Facebook, une autre pour Instagram… Cela ne vaut pas que dans le secteur de la communication. L’intelligence artificielle permet de manière générale de multiplier les possibilités de la création et de la production. Bien utilisée, elle devient un assistant redoutablement efficace. Il est donc impératif d’apprendre à lui donner les bonnes consignes. L’IA offre des possibilités sur le marché de l’emploi L’étude mentionnée précédemment évoque un gain de temps de 57 minutes par jour pour une personne sachant utiliser l’IA dans le cadre de son travail. D’autres études évoquent également des gains de temps. Ainsi, sur le site de la transformation numérique des entreprises, il est fait état de deux heures gagnées chaque jour par les artisans. Un article de La Tribune estime que les véritables gains sont encore à venir, mais que, d’ores et déjà, les entreprises qui investissent le plus dans l’IA notent des résultats concrets : des « gains de performance de 6 %, que ce soit en croissance des revenus ou de réduction des coûts ». Cela s’accompagne de la création de nouveaux emplois : ingénieur en apprentissage automatique (Machine Learning Engineer), scientifique des données (data scientist)… L’IA ne se contente donc pas de menacer et de détruire, elle offre aussi des perspectives. Le site de France Travail évoque notamment des « cogniciens », des intégrateurs en IA, des responsables marketing IA, ainsi que des utilisations de l’IA dans d’autres domaines, comme les ressources humaines ou l’analyse financière. Les professionnels de demain sont ceux qui auront intégré l’IA dans leur processus de travail : interagir efficacement avec elle, automatiser des tâches, guider le modèle de langage… Une raison de plus de se former ! Conclusion : vers un bouleversement qui nécessite de s’adapter Il est difficile de prédire quels seront les effets de l’IA sur le marché de l’emploi. Toutefois, il est indéniable que le bouleversement sera important. Le journal Le Monde se fait l’écho de cette transformation qui produira sans doute « des effets hétérogènes et particulièrement délicats à appréhender au sein des organisations ». Le CESE (Conseil économique social et environnemental) avance quant à lui que « 62 % des emplois des économies avancées présenteraient une exposition élevée à l’IA ». L’article ajoute que « 27 % des emplois en seraient fortement complémentaires et en bénéficieraient, tandis que l’IA pourrait se substituer à 33 % des emplois ». Des décideurs sont exhortés à prendre les dispositions nécessaires pour faire de l’IA un outil au service des salariés et de leur bien-être, et pas seulement une solution de productivité. Le prompt engineering n’est pas une compétence gadget. C’est une compétence transversale qui combine : rédaction ; logique ; structuration de l’information ; compréhension des systèmes. À ce titre, elle pourrait devenir aussi essentielle que la maîtrise des outils bureautiques dans les années 2000. La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le travail, mais plutôt qui saura en tirer parti. Et dans ce nouveau paysage, ceux qui sauront formuler les bonnes instructions auront toujours une longueur d’avance.