Sommaire Cet article résumé en quelques mots L’adoption de l’intelligence artificielle générative s’accélère au sein des entreprises françaises, offrant des gains de productivité concrets pour le recrutement, la création de contenu ou la relation client. Toutefois, l’usage d’outils comme ChatGPT ou Gemini sur le lieu de travail est strictement encadré par l’obligation de loyauté du salarié : celui-ci doit notamment se conformer au règlement intérieur ou à la charte informatique de l’organisation. L’intelligence artificielle, de plus en plus utilisée dans les entreprises Le 4 avril 2025, sur Radio Classique, il était indiqué que 5 % des entreprises avaient déployé l’IA générative « à l’échelle », c’est-à-dire de manière globale en interne. Par ailleurs, selon une étude de l’INSEE, en 2024, « 10 % des entreprises implantées en France déclarent utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle (IA), soit quatre points de plus qu’en 2023 ». Nombre d’entreprises ont déployé l’IA en interne pour des enjeux de recrutement, de création de contenu, ou encore de relation client. Précisons enfin que selon une étude Ipsos publiée en 2025, 39 % des Français se servent de l’intelligence artificielle générative pour des besoins personnels ou professionnels. Les 18-24 ans sont à ce jour la tranche d’âge la plus utilisatrice. ChatGPT, Claude, Gemini et les autres IA génératives sont devenus de véritables assistants dans notre quotidien, et il est tentant d’y avoir recours, y compris au travail, pour faire un compte rendu ou une synthèse, pour traduire un document dans une autre langue, pour résumer le contenu d’une réunion, ou pour toute autre tâche dont nous voulons nous délester. Pour les entreprises, les IA représentent de potentiels gains de productivité. Puis-je utiliser l’IA sur mon lieu de travail ? Bien utilisée, l’IA permet notamment : de gagner du temps sur des tâches répétitives ; d’améliorer la qualité de certains contenus ; d’accélérer la prise de décision. Mais êtes-vous autorisé, en tant que salarié, à utiliser une intelligence artificielle générative dans le cadre de votre activité professionnelle ? Méfiez-vous, car la réponse n’est pas nécessairement « oui » ! À ce jour, la loi n’interdit pas expressément l’usage de l’IA sur son lieu de travail ; en revanche, une entreprise peut tout à fait émettre des restrictions, notamment au travers de son règlement intérieur ou de sa charte informatique. Dès lors, du fait de l’obligation de loyauté, il est obligatoire de respecter ces restrictions, sous peine de sanctions. Pourquoi ces restrictions peuvent-elles être imposées ? Les raisons sont variables, mais la principale est sans doute la question de la confidentialité de certaines données. Le site de la DGSI fait mention d’un cas où des salariés d’une entreprise ont utilisé une IA générative « grand public » pour traduire des documents confidentiels, sans l’aval de leur hiérarchie. Ce faisant, ils ont fourni à ce LLM des données à caractère sensible qui ont pu être réutilisées par la suite par ce modèle de langage. Retenons donc qu’un employeur peut tout à fait restreindre ou interdire l’utilisation de ChatGPT, Gemini, Claude… En l’absence de toute indication, mieux vaut demander une autorisation à sa hiérarchie, en amont de toute utilisation. Respecter la politique de l’entreprise sur l’IA L’utilisation d’une IA générative peut être autorisée au sein d’une entreprise, mais sous certaines conditions. Sur ce point, précisons d’abord que l’utilisation de l’IA par les entreprises est conditionnée notamment par l’AI Act (ou Règlement européen sur l’intelligence artificielle), adopté à l’échelle européenne en mars 2024. Il établit surtout quatre catégories d’IA, classées selon le risque encouru par les utilisateurs ou la société. Sont interdites en particulier les IA qui permettraient la notation sociale, l’exploitation de la vulnérabilité des personnes, ou encore l’identification biométrique à distance en temps réel dans des espaces publics. Pour les systèmes « comme ceux utilisés dans la biométrie, l’éducation ou l’accès à l’emploi, des exigences strictes sont imposées […] [et ils] doivent être rigoureusement testés avant leur mise sur le marché et surveillés tout au long de leur utilisation ». Il faut se conformer à ces obligations, et cela concerne toutes les organisations, qu’il s’agisse d’une administration, d’une association ou d’une entreprise. Notons par ailleurs que certaines entreprises vont plus loin et ont déjà mis en place des chartes relatives à l’utilisation de l’IA en interne. Avant de vous servir de ChatGPT ou d’une autre IA en interne, il convient de vous renseigner sur l’existence d’une telle charte au sein de votre entreprise. Il se peut que l’utilisation de certaines IA soit interdite, que l’entreprise autorise ses salariés à n’avoir recours qu’à des IA spécifiques déployées en interne, etc. Par exemple, Montpellier a interdit à ses agents l’usage de ChatGPT, sachant que cela concerne aussi les partenaires de la ville. Selon le magazine Forbes, de grandes entreprises interdisent désormais l’utilisation de certaines IA à leurs salariés. Ne pas divulguer de données à caractère personnel Selon les outils et leurs conditions d’utilisation, certaines données peuvent servir à améliorer les modèles. Il faut donc être très prudent et ne pas livrer à ChatGPT et consorts certaines informations, en particulier les données à caractère personnel. La CNIL rappelle qu’il s’agit de « toute information relative à une personne physique susceptible d’être identifiée, directement ou indirectement. Par exemple : un nom, une photo, une empreinte, une adresse postale, une adresse mail, un numéro de téléphone, un numéro de sécurité sociale, un matricule interne, une adresse IP, un identifiant de connexion informatique, un enregistrement vocal, etc. » Le sujet est d’actualité : en mars 2026, le journal Le Monde mentionnait le cas de salariés qui utilisent l’IA à tout-va, sans se rendre compte que ces pratiques peuvent conduire à transmettre à ces IA des données à caractère personnel. Ne faites pas cette erreur ! Il est risqué et contraire au RGPD, par exemple, d’envoyer à ChatGPT une photographie avec des personnes reconnaissables, un fichier contenant des noms ou des adresses électroniques de clients ou de partenaires, etc. Utiliser une méthode qui permet de générer de bons résultats S’il est possible de se servir de l’IA au sein de l’entreprise… autant le faire bien ! Il est notamment nécessaire de donner à l’IA le contexte dans lequel on la sollicite, et lui préciser ce qu’on attend d’elle, de préférence avec un verbe d’action. On peut également lui donner un rôle (« Agis comme… »). Ne jamais livrer un résultat sans l’avoir relu au préalable Un article publié en 2023 sur le site de France Inter raconte comment un avocat américain a rendu à la justice un mémoire juridique truffé d’erreurs… parce que celui-ci avait été rédigé par ChatGPT. Beaucoup de cas cités n’existaient tout simplement pas. Même si les LLM ont progressé depuis cette date, il convient de garder cela en tête et de vérifier systématiquement les résultats fournis par une IA. Rappelons qu’elles ne « pensent » pas comme des humains et sont conçues pour prédire des séquences de langage. En conclusion, l’intelligence artificielle s’est imposée dans de nombreuses facettes de nos vies, et ce n’est sans doute pas fini. Selon la Direction générale des entreprises, des gains importants peuvent encore être réalisés par les entreprises qui déploieraient l’IA, et près de 90 % des PME et TPE ne l’ont toujours pas fait. Mais cela ne s’opérera pas « tous azimuts » : d’ores et déjà, les institutions européennes se sont penchées sur la question et ont exclu la possibilité pour toute organisation de créer ou d’utiliser des IA menaçant les libertés individuelles et collectives. Il faut noter par ailleurs que certaines entreprises ont pris les devants en matière d’utilisation de l’IA. Dans ce cadre, les salariés ont également une responsabilité quant à l’exploitation de l’IA au travail. Il leur appartient de s’en servir avec mesure et, le cas échéant, en respectant les règles mises en place par leur entreprise.