L’origine de ces fameuses expressions : « Se mettre sur son trente-et-un »

Pour fêter Noël ou la Saint-Sylvestre, il est généralement de rigueur de se mettre sur son trente-et-un. Mais vous êtes-vous demandé d’où venait cette expression ? Ne nous y trompons pas, celle-ci n’est pas liée à la soirée de réveillon du 31 décembre. Son origine est plus complexe, voire mystérieuse puisque nous n’avons que des hypothèses.

La première explication nous renvoie au Moyen Âge. L’expression serait issue d’une déformation du mot « trentain », qui représentait un drap très raffiné, composé de trente fois cent fils et destiné aux vêtements de luxe. Le trentain n’étant porté que par des personnes riches, ce tissu était assez méconnu du reste de la population, qui aurait déformé son nom en prononçant « trente-et-un ». À l’époque, « se mettre sur » signifiait « mettre sur soi ». C’est ainsi que l’expression populaire « se mettre sur son trente-et-un » est apparue, signifiant s’apprêter pour une grande occasion.

Se mettre sur son trente-et-unSelon une autre hypothèse, « trente-et-un » se rapporterait au jeu de cartes du même nom. Le principe étant de finir la partie avec un total de trente et un points, la beauté du jeu et la chance se résumeraient donc dans ce nombre. Cependant, cette version n’explique pas pourquoi on dit « se mettre sur », et elle n’a pas de lien logique avec le sens de l’expression. Nous privilégions donc la première explication, certainement plus en cohérence avec l’usage actuel.

Le tout étant de ne pas attendre tous les « trente-six du mois » pour se mettre sur son trente-et-un.

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    « To be dressed to the nines » (= être tiré à quatre épingles) serait une évocation du 99th Wiltshire Regiment, connu sous le raccourci « The Nines » ; l’expression est attestée dans un dictionnaire de 1835 ; mais une autre expression « to the nines » (sans dressed) est, elle, attestée dès 1719 dans le sens de « pleinement » ; pas impossible qu’il y ait eu un glissement de référence au milieu du XIXème siècle sous l’influence de l’élégance du prestigieux 99th WR ; en tout cas on retrouve une origine militaire commune entre l’Angleterre et la France, comme je le signalais dans un précédent commentaire ci-dessous. A noter que Claude Duneton indiquait dans La Puce à l’oreille (2001, pages 653/4) que l’expression « se mettre sur son 31 » est citée dans un dictionnaire en 1833 ; il la rattache à l’ancienne expression du XVIIIe « se mettre sur son beau » et il évoquait l’origine militaire du 31 tout en ajoutant : « l’usage soldatesque pourrait faire pencher l’hypothèse vers le numéro oublié d’une tenue de cérémonie dans les uniformes, mais sans que l’on puisse avancer l’ombre d’une preuve »… L’ombre commence à se faire jour, si j’ose dire. Reste que le 31 étant attesté en français dès 1833 et en provençal dès 1823, il faudrait s’assurer que l’article 31 des « Manuels de tenue et de savoir-vivre » de l’armée, qui concerne les tenues de gala depuis au moins le milieu du 19 ème siècle, les concernait déjà dans leurs premières éditions, probablement sous l’Empire (à noter que la plupart des jeunes Français ont alors été engagés, ce qui faciliterait la propagation de l’expression) ; rien d’impossible l’administration étant très conservatrice, mais il faudrait vérifier sur pièces aux Archives de la Guerre à Vincennes. J’avoue que c’est une démarche un peu lourde pour un enjeu anecdotique. Si quelqu’un s’en sent !

J ai bcp aimé l article et les commentaires. Je ne sais quelle ipothese est la meilleure, mais en travaillant dans le milieu des armes, et n en deplaise a certains mais pas un milieu forcement d intellectuels. J ai entendu beaucoup de deformations de mots: barbelés constantine au lieu de concertine, baton tactile au lieu de tactique. Le problème etant que ces milieux sont assez hierarchisés et fiers, une fois un chef ayant enseigné a un novice un mot erroné il est impossible d’obtenir de leur part rectification. Et tu dois accepter d employer le mot erroné ou de les entendre l employer suivant leur interpretation. D ailleur quand on demande, pour leur faire realiser l erreure, d expliquer le sens de ce qu ils disent, ils en sont incapables, mais n en démordent pas.

L’expression être sur son 31, si elle n’apparaît vraiment qu’en 1833 aura été devancée en provençal: Estre sur soun trentun, sur sa plus grande parure. (GARCIN, Nouveau dictionnaire Provençal-français, octobre 1823, p. 327). elle est naturellement reprise par le Trésor du Félibrige : Èstre sus son trento-un, être en grande toilette (MISTRAL, II.1040). qui ajoute une autre expression propre au provençal et qu’on ne retrouve pas en français : camina sus lou trento-un, (m. à m. cheminer/marcher sur le trente-et-un) marcher fièrement, piaffer, prospérer. Je trouve encore dans le roman de l’Ariégeois Raymond ESCHOLIER :  » Mme Marcadet est en trente-et-un dans la famille Pujoulet » (Quand on conspire. p.168), d’après le contexte, cette dame est est la bienvenue dans la famille Pujoulet à cause des ragots qu’elle y rapporte. L’imagination peut s’exercer aussi sur ces expressions, pour ma part, je ne leur trouve aucune explication satisfaisante.
Claude Achard

      « Alors ? » en effet : si on en reste là, on recule de trois cases. Challier me semble avoir une approche pertinente, et contrairement à la mienne, une vision de linguiste. « Alors » il ne semble pas improbable que l’expression se soit formée par des impulsions langagières plus ou moins conscientes nées d’approximations convergentes, chacun adaptant sa compréhension de la locution à sa propre histoire. Une chose est certaine, du temps du service militaire se mettre sur son 31 c’était endosser sa tenue de prises de d’armes décrite sous le n° 31 dans le manuel militaire de savoir-vivre (« tenue 31, et qu’ça brille ! ») ; maintenant, que ce soit une interprétation propre aux militaires et s’appuyant sur une tradition plus ancienne, avec éventuellement un autre chiffre, pourquoi pas ? je ne sais plus où j’ai vu comme Challier que l’expression était attestée en 1833, mais en revanche je ne mettrais pas ma main à couper que la tenue de prises d’armes portait dès cette époque le n° 31 dans le manuel de savoir-vivre de l’armée, qui lui existait déjà. J’abonde donc dans le sens de Challier : mon explication militaire vient peut-être de l’usage militaire par approximation d’une expression plus ancienne, voire légèrement différente (36, 32, 51…), mais j’ai la faiblesse de penser que c’est de cette habitude militaire pratiquée par la grande majorité des hommes de 20 ans jusqu’en 1996 que vient l’usage actuel, d’autant que la tenue de prises d’armes a eu des variantes n° 32, 33, 34, 35 et 36 (51, je ne sais pas)… tiens, tiens ! un numéral variant « en fonction des références symboliques particulières à une période et / ou intelligibles par un groupe social », voilà qui a au moins le mérite de ne pas prendre pour argent comptant des élucubrations tirées par les cheveux, dont Littré fut le premier propagateur.

Ce mettre sur son 31.
Ayant vécu à Elbeuf, cité drapière fabriquant les plus belles qualité d’étoffes de laine appelées  » Draps d’Elbeuf  »
et d’après les dires des anciens de cette fabrication : « Ce mettre sur son 31 » signifiait revêtir ses plus beaux habits, si possible fabriqués dans le plus beau draps d’Elbeuf , dont la trame est constituée de 31 fils au pouce.
Ceci selon les dires de ceux qui le fabriquait.

L’hypothèse du « 31 » comme référence à la tenue des officiers est sans doute en partie pertinente, mais elle demeure une hypothèse (et sans doute un usage) parmi d’autres.
Un certain nombre d’obstacles à cette explication unique restent à surmonter.
Il semblerait que dès 1793 soit attestée la formule « être sur son dix-huit » (« être sur son deux fois neuf »?, avec jeu de mot sur « neuf »?; sans aucune référence à un uniforme militaire semble-t-il) qui constituerait le modèle primitif de l’expression.
Le choix du « 31 » (1833 ou 1867 selon les sources) n’est donc pas avec certitude le point d’origine mais plutôt une variante. Après la locution verbale « se mettre sur » on rencontre le « 36 » (1833 / 1867), le « 32 » (1834 / 1885), le 51″ (1842). Bref, un véritable tirage du Loto!
Je souligne que les dictionnaires fournissent des renseignements qui ne se recoupent pas en matière de première attestation des expressions ou demeurent dans le flou: tel constate « 31 » en 1833, tel autre préfère voir dans le « 36 » le choix le plus ancien. Je ne dispose pas d’éléments probants qui me permettraient de trancher. Je me borne donc au constat.
Le Dictionnaire d’expressions et locutions (édition Le Robert, 1989) note sans s’engager davantage: « tous ces nombres fonctionnent comme des intensifs et demeurent peu explicables. »
En ce qui concerne les expressions d’intensif par un numéral, on peut penser par exemple au « 36 » de « tente-six chandelles » ou du « trente six du mois ».
(Autres références: le Dictionnaire culturel de la langue française, Le Robert, 2005, entrée « trente », IV, 2, volume 4 R/Z, page 1574, et le Dictionnaire historique de la langue française Le Robert, 1992, entrée « trente » page 2163.)
Les références au « trentain » et au jeu de carte sont désormais considérées comme obsolètes en lexicologie (même si, par exemple, le dictionnaire Lexis de Larousse, 1977, entrée « trente », continue de véhiculer des hypothèses dépassées).
Je me permets de formuler une synthèse très provisoire qui tiendrait compte des aptitudes de la langue française écrite et parlée à forger des expressions selon ses besoins généraux et les usages particuliers à telle ou telle famille de locuteurs, non pas ex nihilo mais à partir d’un préexistant plus ou moins bien compris.
Nous disposons d’une expression primitive (datant au moins du XVIIIe siècle) signifiant systématiquement « revêtir ses plus beaux atours », structurée de la manière suivante:  » être / se mettre sur » suivi d’un numéral (cardinal, mais peut-être aussi ordinal: voir sur ce point le Dictionnaire historique de la langue française, page 2163, entrée « trente », bas de la première colonne) dont elle ne comprend pas ou plus la pertinence.
La langue retient donc la structure verbale (la plus anciennement attestée et donc la plus stable) et y rajoute un numéral qu’elle fait varier en fonction des références symboliques particulières à une période et / ou intelligibles par un groupe social.
En l’état actuel de la langue, bien des locuteurs emploient le « 31 » en imaginant faire allusion aux atours particulièrement choisis, réservés à un réveillon du trente et un décembre réussi. Pourquoi pas, après tout? L’essentiel du langage n’implique pas que le locuteur soit toujours au fait des étymologies parfois perdues dans l’obscurité d’usages séculaires (combien confondent le « tournemain » et le « tour de main »?), même si elles plongent quelques uns d’entre nous dans les délices de la réflexion, mais bien d’être compris.

Joël Gondouin est (pour l’essentiel) dans le vrai : « se mettre sur son 31 » c’est endosser la tenue de gala de l’armée de terre décrite au paragraphe 31 de l’instruction officielle qui la décrit depuis le début du XIXème siècle (version actuelle : § 3.1.3 de l’INSTRUCTION N° 10300/DEF/EMAT/LOG/ASH – DEF/DCCAT/LOG/REG relative aux tenues et uniformes des militaires des armes et services de l’armée de terre du 13 juin 2005, disponible sur le site du Commissariat de l’Armée de Terre ; les anciennes versions – telle la circulaire du 17/11/1969 qu’on m’a remise à mon service militaire – faisaient figurer la tenue de sortie sous le simple n°31).
Tous les officiers, y compris les anciens EOR, le savent, et il est étonnant en effet que tous les liens vers cette expression répètent des étymologies fantaisistes, voire farfelues, qui remontent à un recueil de vulgarisation très approximatif sur les expressions populaires publié dans les années 50/60 dont je ne retrouve pas la référence mais que j’ai eu entre les mains.

    Complément : les explications par le « trentain » (drap) ou le jeu de « trente-et-un » sont tirées du dictionnaire de Littré (supplément de 1886), qui opte pour cette dernière, suivant en cela l’article d’un distingué grammairien ; mais Littré qui n’avait guère de goût pour l’armée ignorait surement le paragraphe 31 du « manuel de savoir vivre » de celle-ci – sans quoi il l’eût cité -, et j’ai la conviction qu’il se trompe tant son hypothèse est tirée par les cheveux : « L’explication de M. Eman Martin, Courrier de Vaugelas, 1er févr. 1876, p. 145, paraît la véritable : trente et un étant, à ce jeu, le point qui gagne, on aura dit que se mettre sur son trente et un, c’était mettre ce qu’on avait de plus beau ». Comme quoi on n’a pas attendu internet pour répéter et répandre des pseudos-vérités improbables…

Bonjour 😉

Pour autant que ce que j’en aie appris soit juste, il s’agirait d’une simple déformation de l’expression « se mettre en trentain », c’est-à-dire s’habiller du tissu appelé « trentain », un tissu luxueux qui contient, comme son nom l’indique, trente fils (de soie).

Bonsoir à tous,
Je ne suis ni linguiste, ni très fort en orthographe. Je m’y intéresse, par contre, et suis tombé (sans me faire mal) sur cet article. Si effectivement l’expression a été utilisée en 1833, il pourrait s’agir de la tenue d’apparat militaire de 1831 (également assez belle à cette époque, sauf qu’il n’existerait pas, à priori de modèle 31).
La version qu’on m’avait donné il y a une vingtaine d’année me plaisait bien et ne semble pas être la bonne : Je me coucherais donc moins bête.
Pour « la toile », je voulais effectivement parler du web.

Bonjour !

La déformation des expressions est surtout dûe à l´ignorance générale des étudiants de collèges sur la célèbre région parisienne, et non pas de la « méconnaissance  » du reste de la population. Ils ne connaissent presque rien des expressions francaises. Un journaliste demanda à des passants dans la rue, ce que signifie  » manger sur le pouce « . Un groupe d´étudiants repondit tout bonnement que l´on met ( et bien vû ) à manger sur le pouce ! On peut en effet placer un dît morceau, sur le pouce, mais rien de satisfaisant.Comme en effet, moi en premier, je n´ai jamais porté de trentain, j´aurai eu du mal à l´orthografier. Mais ce n´est pas une raison suffisante pour ne pas l´utiliser correctement, quand on le voit écrit. Trop de gens sont crédules. Que signifie,Joël,  » rechercher sur la toile  » ?

    Benito, je dois bien avouer que je n’ai pas suivi la globalité de votre raisonnement.
    Pour ce qui concerne « rechercher sur la toile », cette expression fait référence à la définition anglaise World Wide Web (diminuée en Web) et qualifiant ces informations auxquelles vous avez accès depuis un navigateur internet, mais également la toile d’une araignée.

Tout milite en effet pour retenir la première hypothèse.
Ledit « trentain » fait partie d’une large famille de draps (quinzain, vingtain, etc.) dont il n’est cependant pas tout à fait le plus riche: il est en effet devancé par le quarantain!
À noter que la construction « sur » s’explique comme une survivance de l’ancienne tournure « se mettre sus » (dessus).
Pour M. Gondouin: votre version, bien que sympathique, ne résiste pas aux dates! L’expression est en effet tracée dès … 1833.
Sources: TLF