Petit traducteur des chansons de notre enfance (1/2)

Elles nous ont fait rire et danser, elles ont iEnfants dansant la capucinenspiré nos plus beaux dessins, elles nous ont aidés à trouver le sommeil : ce sont… les chansons de notre enfance ! À l’époque, nous apprenions sagement les paroles sans toujours bien les comprendre. Et pour cause : la plupart d’entre elles, à l’origine des marches militaires, datent du XVIIIe siècle et contiennent des mots d’ancien français qui ont depuis disparu ou dont le sens a évolué. Parce qu’il n’est jamais trop tard, voici la liste non exhaustive des principaux mots qui nous ont échappé.

Blonde

« Auprès de ma blonde, Qu’il fait bon, fait bon, fait bon, Auprès de ma blonde, Qu’il fait bon dormir »

En 1704, date à laquelle a été composée la chanson, blonde signifiait « petite amie » ou « compagne », sens resté usuel au Québec. Ex. : « Il va se marier avec sa blonde. »

Cadet

« Cadet Rousselle a trois maisons (bis) Qui n’ont ni poutres, ni chevrons (bis) »

Héros (malgré lui) de cette chanson, Guillaume Rousselle est surnommé « Cadet » car son frère aîné, Claude-Antoine, est né deux ans avant lui. La chanson ayant été reprise en 1792 par l’armée du Nord, le terme aurait aussi pu désigner le gentilhomme qui servait comme soldat. Mais Cadet Rousselle était huissier à Auxerre et avait une maison biscornue.

Cantinier, ère

« Au feu, les pompiers, V’là la maison qui brûle, Au feu, les pompiers, V’là la maison brûlée. C’est pas moi qui l’ai brûlée, C’est la cantinière… »

Jusqu’en 14-18, il s’agissait de la personne qui suivait les troupes en campagne (militaire) pour leur vendre boisson et nourriture. Son emploi de « personne qui tient une cantine » est également sorti d’usage.

C’est dans ce souci de modernisation que l’on rencontre désormais « cuisinière » et « cuisinier » dans les versions plus récentes. Quant au « v’la », il a été supprimé pour donner « Au feu, les pompiers, la maison qui brûle », ce qui n’est pas très heureux du point de vue syntaxique.

Capucine

« Dansons la capucine, Y’a plus de pain chez nous. Y’en a chez la voisine, Mais ce n’est pas pour nous. You ! »

Si cette comptine se dansait dès 1868 en formant une ronde, la référence à la capucine reste assez obscure. Pour certains, c’est un capuchon qui se prolongeait en forme de pèlerine et qui servait de cache-misère. Or, les personnages de la chanson sont pauvres : ils manquent de pain, de vin et de feu.

Pour d’autres, la capucine est formée par les robes des petites filles lorsqu’elles s’accroupissent sur le cri « You ! », à la fin de chaque couplet.

Compère

« Il était un p’tit homme, Appelé Guilleri, Carabi, Il s’en fut à la chasse, à la chasse aux perdrix, Carabi Titi Carabi Toto Carabo, Compère Guilleri »

À l’origine, le compère était le parrain, de la même manière que commère désignait la marraine. Au XVIe siècle, le lien de parenté laisse la place au lien d’amitié : le mot devient synonyme d’« ami, camarade, complice ».

À noter que pour rimer avec « Guilleri » ou « Carabi », les verbes au passé simple se terminent en « i » (mouri’, couri’, tombi’, embrassi’), une forme courante jusqu’au XVIIIe siècle.

Culotte

« Le bon roi Dagobert a mis sa culotte à l’envers »

La chanson nous aurait semblé beaucoup moins drôle si on avait su que la culotte était alors (en 1750) « un vêtement d’homme qui couvrait la ceinture jusqu’au bas des jambes ».

Quelques années plus tard, rebelote : on apprenait que les sans-culottes ne faisaient pas la révolution « cul nul », mais vêtus d’un pantalon, alors que la culotte serrée était réservée aux nobles.

Sandrine Campese

Crédit photo : Jim Patt

 

 

 

 

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Concernant la capucine, il est surprenant que l’on ne se réfère pas, tout simplement, à la forme de la fleur qui affecte clairement la forme d’une ronde.
Ce terme désigne d’ailleurs dans les armes à feu comme le fusil un anneau circulaire unissant le canon et le bois qui le supporte.
Rien d’étonnant que cette plante courante et populaire ait inspiré le nom de la danse.

    Bonjour Chambaron, voici ce qu’indique le Dictionnaire historique de la langue française : Le nom [capucine] fournit un nom de couleur et s’emploie dans une ronde enfantine (« dansons la capucine ») pour des raisons obscures (image des robes qui forment « capuche » lorsqu’on s’accroupit à la fin de la ronde ?). Ici, donc, le lien avec la fleur n’est pas direct. Bon après-midi !