« Ça dénote », « j’amène le dessert », « un quizz »… 5 erreurs de français que l’on commet à son insu ! (2)

Voici la suite de notre série sur ces erreurs de français que l’on commet à son insu. À force de les lire et de les entendre un peu partout, notre cerveau les a enregistrées, validées, alors même que nous maîtrisons, par ailleurs, la langue française. Heureusement, il n’est pas trop tard pour rectifier le tir et reprendre de bonnes habitudes ! La preuve avec ces cinq nouvelles erreurs et maladresses.

Erreur no 1 : « Après qu’il soit parti » au lieu de « après qu’il est parti »

Cela « fait bizarre », et pourtant, c’est bien le mode indicatif (ici : « après qu’il est parti », au passé composé) qui suit la locution « après que ». Pourquoi ? Parce que l’indicatif est le mode du réel, de l’action réalisée. Or, si je dis « après qu’il est parti », c’est qu’il est bien parti. Voilà pourquoi c’est l’indicatif qui convient ici.

Dire « après qu’il soit parti » revient à conjuguer le verbe partir au mode subjonctif, temps de l’irréel, de l’incertitude. Or, une fois encore, au moment où nous parlons, il est bien parti. En revanche, on écrit « avant qu’il soit parti », puisque l’action ne s’est pas encore déroulée : il n’est pas encore parti. Logique, non ?

On pourrait également dire « après qu’il fut parti » (passé antérieur), où « fut » ne prend pas d’accent sur le « u ». Pour ne plus vous tromper, remplacez « après que » par « dès que », qui introduit aussi une action postérieure : après qu’il est (ou fut) parti = dès qu’il est (ou fut) parti.

Erreur no 2 : « ça dénote » au lieu de « ça détonne »

Vous voulez dire que quelque chose « n’est pas en harmonie avec un ensemble », autrement dit que ça « tranche », voire que « ça fait tache » ? Alors, vous direz que « ça détonne », puisque le verbe détonner signifie littéralement « sortir du ton ».

Mais alors, pourquoi entend-on si souvent la tournure « ça dénote » ? Mystère ! De la même famille que « note », dénoter signifie : « indiquer, désigner par quelque caractéristique ». Il équivaut à des verbes comme annoncer, marquer, montrer, refléter, révéler… Exemple : Son attitude dénote un certain courage / Son attitude montre un certain courage.

Ainsi, dire « ça dénote » est doublement fautif : du point de vue du sens, nous l’avons vu, mais aussi du point de vue grammatical. En effet, ce verbe est transitif, c’est-à-dire qu’il se construit toujours avec un complément. Ça dénote quelque chose, éventuellement, mais ça ne dénote pas tout court !

Erreur no 3 : « j’amène le dessert » au lieu de « j’apporte le dessert »

Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes ! Amener, c’est « mener quelqu’un quelque part ». On amène généralement des êtres humains et des animaux. Exemples : amener un enfant à l’école, amener le chien chez le vétérinaire.

Apporter, c’est « porter quelque chose à quelqu’un ». On apporte toujours des choses, que l’on peut porter (donc prendre avec soi, saisir, soulever). Exemples : apporter une lettre, apporter le dessert. On peut aussi apporter quelque chose au sens figuré, c’est-à-dire des choses immatérielles : apporter de l’aide, apporter des informations. Dans ce cas, apporter est proche des verbes donner ou fournir.

Pour ne plus vous tromper, retenez que « on amène en donnant la main ».

Exception : on « amène » des choses qui peuvent bouger, avancer (avec un moteur, par exemple !). Exemple : amener sa voiture chez le garagiste. Seul Hulk, ou un autre super-héros très très costaud, peut se targuer de « l’apporter ».

Erreur no 4 : mémotechnique au lieu de mnémotechnique

En français, il arrive que deux racines, l’une grecque l’autre latine, de même sens, servent à traduire la même idée. L’une n’a pas fait disparaître l’autre, les deux coexistent. Prenons le nom cheval, par exemple: le latin equus a servi à former « équestre » ou « équitation » ; le grec hippos a servi à former « hippique » ou « hippodrome ».

Eh bien, c’est la même chose pour tout ce qui a trait à notre mémoire ! En latin, on dit memoria, que l’on retrouve dans « mémoire » ou « mémorisation » ; en grec on dit mnêmê, que l’on retrouve dans « amnésie » et… « mnémotechnique » ! Ce « n », si souvent oublié, vient donc du grec et a tout à fait sa place dans le mot.

Pour rappel, la mnémotechnie regroupe les techniques qui, par association d’idées, aident à la mémorisation. Ces astuces, parmi lesquelles le fameux « Mais où est donc Ornicar ? » permettant de retenir les conjonctions de coordination mais, ou, et, donc, or, ni, car, sont appelées « moyens mnémotechniques » ou seulement « mnémoniques ».

Erreur no 5 : quizz au lieu de quiz

Le nom quiz – que l’on prononce [couiz] – est l’abréviation de l’anglais américain quizgame (avec un seul « z »). Ce mot est lui-même composé du verbe quiz (avec un seul « z »), « interroger », et du nom game, « jeu ». Il désigne un jeu de questions-réponses.

Pourquoi donc est-il si souvent écrit « quizz » ? D’où vient ce second « z » ? Est-ce par « contamination » des noms terminés par deux « z », buzz et jazz, ou encore gin-fizz ?

Toujours est-il qu’il fleurit impunément à la fin de notre quiz, à tel point que l’on se demande si les dictionnaires ne vont pas finir par accepter les deux orthographes, en fidèles observateurs de « l’usage ». D’autant que des marques utilisent la version à « deux z », comme cette collection de livres historiques intitulée « Le Petit Quizz » et publiée aux Éditions Pierre de Taillac. Réponse apportée par le directeur de la collection, que nous avons interrogé : « C’est un parti pris ! »

Sandrine Campese

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