« Omar m’a tuer » : histoire d’une faute tristement célèbre (2/2)

 

C’est sans doute l’une des fautes d’orthographe française les plus connues. Maintes fois déclinée, détournée, elle n’est pas toujours comprise d’un public non averti, qui relève l’erreur mais ignore la genèse de l’inscription. Presque vingt-six ans après sa mise au jour, voici l’histoire d’un participe passé mal accordé qui n’est pas près de se faire oublier (suite et fin).

Ce qui nous intrigue, aujourd’hui, c’est comment une inscription aussi macabre, qui a envoyé une femme à la mort et un homme (peut-être innocent, le saurons-nous un jour ?) en prison, a pu devenir aussi populaire. Bien sûr, depuis les faits, la formule a pris un sens figuré : ce n’est plus de mort « physique » qu’il est question mais des effets pervers causés par la « fréquentation » (à l’excès) de tel ou tel homme politique, de tel ou tel fastfood, de tel ou tel réseau social, etc.

L’Académie française devrait-elle réformer la règle d’accord du participe passé « tué » ? Après tout, on n’est plus à une exception près ! Plus sérieusement, faites le test : tapez « m’a tué » sur Google et vous n’obtiendrez que des résultats avec « m’a tuer ». C’est tout juste si Google ne nous suggère pas d’essayer avec l’orthographe en -er. Inquiétant, non ?

Une faute prise à la lettre

Mais le plus grave dans cette affaire, ce sont les réactions de nos compatriotes. À la sortie du livre Sarko m’a tuer, les commentaires des internautes portaient moins sur le sujet traité que sur la prétendue faute dans le titre ! Le site d’information Rue89 s’en est d’ailleurs beaucoup amusé, tirant allègrement sur les ficelles : « « Sarko m’a tuer » : pourquoi ce livre va marché » puis « Sarko m’a tuer » : pourquoi le titre de Rue89 vous a choquer.

À qui la faute ? Aux Français qui n’ont pas le « réflexe » de contextualiser l’erreur grammaticale ? Parce qu’ils n’en ont jamais entendu parler ? Parce qu’ils ne s’y sont jamais intéressés ? Ou simplement parce qu’ils étaient trop jeunes au moment des faits, survenus il y a plus de vingt ans ?

Ou bien est-ce la faute des médias qui commencent très sérieusement à manquer d’inspiration, et cèdent à la facilité qui consiste à « traire » jusqu’à épuisement une expression qui a déjà trop fait parler d’elle ?

Une faute qui pousse à la faute

Allons plus loin : l’utilisation de cette formule fautive est clivante. Il y a ceux qui comprendront et les autres. Bien sûr, la création publicitaire est un art comme les autres. Or l’art n’a pas vocation à être juste ou faux, ni à être compris par tous. Il doit au contraire être interprété à la lumière de son propre ressenti et surtout de ses connaissances… artistiques.

Certes, ceux qui ont été informés de l’affaire Raddad comprennent le sens de ces clins d’œil douteux. Mais si personne n’est là pour expliquer aux jeunes générations la genèse de l’expression, que retiendront-ils à part la faute ?

Dans le « pire » des cas, elle passera inaperçue et contaminera les copies des dictées. Plutôt que de demander à l’Académie française de réformer la règle d’accord du participe passé, et si l’on déclarait officiellement : RIP* « Omar m’a tuer » !

* Repose en paix (Requiescat in pace, en latin, Rest in peace, en anglais).

Sandrine Campese

 

 

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Oups !
R.I.P. = Requiescat in pace.
La locution est en latin?
Elle a été « exportée » = mêmes sigles en anglais, en français, en italien…
Bien à vous+

Les medias se gargarisent avec bonheur des prétextes permettant de tomber (ou rebondir) dans l’originalité malsaine ou la provocation.

      Oui, mais l’expression latine est plus ancienne. L’expression RIP utilisée en français fait donc référence à l’expression latine sans passer par l’anglais. Le dictionnaire Webster, à l’entrée RIP fait aussi référence à « Requiescat in Pace » après avoir indiqué « rest in peace ».

        Je ne dis pas le contraire ! L’article reprend sciemment l’abréviation qui circule sur les réseaux sociaux. Elle est surtout employée par les anglophones, les Français l’utilisant à leur tour par mimétisme. Or, je peux vous assurer que les personnes qui l’écrivent ont la traduction anglaise en tête (Rest in peace) et non la latine (même si elle la précède). Bon après-midi.