« Omar m’a tuer » : histoire d’une faute tristement célèbre (1/2)

 

C’est sans doute l’une des fautes d’orthographe française les plus connues. Maintes fois déclinée, détournée, elle n’est pas toujours comprise d’un public non averti, qui relève l’erreur mais ignore la genèse de l’inscription. Presque vingt-six ans après sa mise au jour, voici l’histoire d’un participe passé mal accordé qui n’est pas près de se faire oublier (première partie).

Rappel des faits

L’inscription « Omar m’a tuer » aurait été tracée par Ghislaine Marchal avec son propre sang le 23 (ou le 24 ?) juin 1991 alors qu’elle agonisait dans la cave de sa villa de Mougins (Alpes-Maritimes), désignant Omar Raddad, son jardinier, comme meurtrier.

La faute d’accord a été au cœur des interrogations des enquêteurs. D’abord, ils ont pensé qu’une femme aussi respectable que Mme Marchal n’avait pas pu commettre une telle erreur ! Puis, ils se sont rendu compte, en épluchant ses correspondances, qu’elle n’était pas à sa première entorse à la langue de Molière et qu’elle était même complètement fâchée avec les participes passés.

En effet, les verbes du 1er groupe (comme ici « tuer ») ont leur infinitif en -er et leur participe passé en . En cas d’hésitation, il suffit de remplacer le verbe du 1er groupe par un verbe du 3e groupe (comme « prendre »). Ici, il s’agit bien du participe passé « tué ». De plus, le pronom COD « m’ », mis pour Mme Marchal, est placé avant le verbe. Le participe passé prend donc la marque du féminin singulier. La phrase correcte est bien « Omar m’a tuée ».

Déclinaisons

En 2011 est sorti sur nos écrans un film inspiré de ce fait divers morbide. Réalisé par Roschdy Zem, il met en scène les acteurs Sami Bouajila et Denis Podalydès. Son titre, Omar m’a tuer, ne fait que reprendre la faute de l’inscription retrouvée sur les lieux du crime. Mais, pour la première fois, elle s’est étalée en 4 x 3…

Mieux (ou plutôt « pire »), l’erreur a été reprise sur de nombreux supports de promotion. En juin 2011, le magazine Elle titrait Omar l’a changer à propos de l’acteur Sami Bouajila qui interprète Omar Raddad.

Mais ce n’est pas tout ! Deux ans plus tard, en 2013, on pouvait lire Omar m’a pousser sur des affiches publicitaires. Celles-ci invitaient les abonnés de Canal + à regarder le film Intouchables d’Éric Toledano et Olivier Nakache, également sorti en 2011. En effet, dans ce film, l’acteur Omar Sy pousse le fauteuil roulant de François Cluzet qui joue le rôle d’un tétraplégique. Or, le prénom Omar fait penser à… Omar Raddad bien sûr !

On notera que dans ces deux déclinaisons, c’est le verbe – toujours mal accordé – qui varie.

Détournements

En fait, il n’a pas fallu attendre le film de Roschdy Zem pour que la faute s’exhibe sur de nombreux supports littéraires et publicitaires. Cela fait plus de vingt ans que c’est le cas !

Généralement, c’est le sujet de la phrase qui change pour se décliner à l’infini dans des titres d’ouvrages comme Mitterrand m’a tuer de Jacques Médecin (1994), L’open space m’a tuer et Facebook m’a tuer d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber (2008 et 2011) Sarko m’a tuer puis Sarko s’est tuer de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (2011 et 2014) ; mais aussi dans la publicité : McDo m’a tuer (2013) est tracé au ketchup sur de fausses affiches pour annoncer le retour de Burger King en France.

Sandrine Campese

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