Les Noces funèbres, La vie est belle, Retour vers le futur… Ces titres de films qui ont du style ! (1/2)

« Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout », a dit Jean-Luc Godard. Il est vrai que le 7e art est une porte ouverte sur de nombreux domaines, comme la langue française. Alors qu’a débuté le Festival de Cannes 2019, le Projet Voltaire a réuni pour vous deux têtes d’affiche : les titres de films et les figures de style !

Les Noces funèbres : l’oxymore

L’oxymore, aussi appelé « oxymoron », réunit des mots de sens opposé, souvent un nom et un adjectif. Le titre français du film d’animation de Tim Burton Les noces funèbres, qui rapproche le nom « noces » (désignant la célébration d’un mariage, en général perçu comme un événement heureux) et l’adjectif « funèbre » (relatif à la mort), constitue un oxymore.

Le Cid de Corneille contient l’oxymore suivant : « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles ».

Va, vis et deviens : la gradation

La gradation est une succession de termes qui évoluent progressivement en intensité. C’est bien le cas du titre du film Va, vis et deviens. En 1984, alors qu’une vague de sécheresse touche l’Éthiopie, une mère chrétienne pousse son fils à se faire passer pour juif afin d’être emmené en Israël. Le titre du film est l’ordre intimé par une mère prête à tout pour sauver la vie de son fils : « va » (en Israël), « vis » (avec ton secret), « deviens » quelqu’un (d’autre ?).

Les gradations les plus connues nous viennent du théâtre : « Va, cours, vole, et nous venge » (Corneille, Le Cid) et « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré » (Molière, L’Avare).

La vie est belle : l’antiphrase

À première vue, le titre La vie est belle (en italien La vita è bella) ressemble à une antiphrase, puisque le film parle d’une famille déportée dans un camp de concentration allemand. Une vie qui, sur le papier, n’a rien de « beau ». Bien sûr, La vie est belle est aussi une affirmation, une déclaration, un cri du cœur à prendre au sens propre !

Une autre antiphrase similaire constitue le titre du film d’Étienne Chatilliez La vie est un long fleuve tranquille.

Moi, moche et méchant : l’allitération

Avec trois mots commençant chacun par la lettre « m », le titre Moi, moche et méchant est une allitération, c’est-à-dire la répétition d’une ou plusieurs consonnes dans une suite de mots.

À noter que Despicable me, le titre original de Moi, moche et méchant, ne contient pas d’allitération ; la traduction québécoise Détestable moi (quelle belle tournure !) non plus. Pourtant, le nom des minions, ces petits serviteurs jaunes en forme de gélule, commence également par un « m » !

La plus célèbre allitération nous vient du théâtre, « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » s’interroge Oreste dans Andromaque de Racine (acte V, scène 5).

Retour vers le futur : le paradoxe

Le paradoxe repose généralement sur le rapprochement de mots opposés (antithèse) au sein d’une expression dénuée de sens logique. Retour vers le futur (Back to the Future en anglais) est composé de deux mots – « retour » et « futur » – qui s’associent mal. En effet, « retour » implique une marche arrière, tandis que « futur » va naturellement de l’avant. En toute logique, notre cerveau préférerait lire « retour vers le passé » ou « aller vers le futur » !

Pourtant, ce titre prend tout son sens quand on connaît l’histoire du film. En 1985, un adolescent nommé Marty est propulsé 30 ans en arrière à bord d’une machine à voyager dans le temps. Mais son irruption dans le passé risquant de compromettre jusqu’à sa propre existence, il va tout mettre en œuvre pour « retourner » vers le futur, d’où Retour vers le futur.

Sandrine Campese
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