Football féminin : comment féminiser les noms de postes des joueuses ?

Nous l’avons vu dans un précédent billet, la féminisation des noms de métiers et de fonctions en -eur est source d’hésitations. En pleine Coupe du monde de football féminin, la question se pose plus que jamais. Si les formes « attaquante » ou « gardienne » se sont naturellement imposées, nombreux sont les commentateurs qui butent sur les féminins d’entraîneur, sélectionneur ou encore défenseur.

Entraîneure ou entraîneuse ?

Comme le rappelle l’Académie française dans son récent rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions, « la déclinaison en -euse s’opère lorsqu’un verbe correspond au nom (on a ainsi une carreleuse, une contrôleuse, une entraîneuse, tirés des verbes carreler, contrôler, entraîner) ». Nous voilà donc rassurés : entraîneuse est bien le féminin correct d’entraîneur. C’est également cette forme qui est mentionnée dans les dictionnaires Larousse et Le Robert.

Là où le bât blesse, diront d’aucuns (d’aucunes ?), c’est que le féminin entraîneuse a une autre acception : « jeune femme employée dans les bars, les dancings pour engager les clients à danser, à consommer ». Néanmoins, cette acception est ancienne (1932) et bien spécifique. Le contexte permet d’écarter toute équivoque. Quand on parle de « l’entraîneuse de l’équipe de France », on comprend bien qu’il ne s’agit pas d’entraîner l’équipe de France à boire ! Ou alors en troisième mi-temps, pour fêter la victoire…

Notons enfin que depuis les rectifications orthographiques de 1990, il est possible d’écrire entraineur et entraineuse sans accent circonflexe sur le « i ».

Sélectionneure ou sélectionneuse ?

Une femme qui sélectionne, lors d’une compétition, les membres d’une équipe est une sélectionneuse. Même règle que précédemment : il existe un verbe, sélectionner, qui correspond au nom sélectionneur. C’est l’unique forme attestée dans les dictionnaires Larousse et Le Robert.

Pourtant, la forme sélectionneure, irrégulièrement formée, se rencontre dans certains médias, notamment CNews. Si l’on en croit cet article du site de Madame Figaro, Corinne Diacre elle-même préférerait le néologisme sélectionneure au traditionnel sélectionneuse !

Si, pour entraîneuse, on pouvait comprendre la volonté d’éviter une forme déjà connotée, pour sélectionneuse, il ne semble y avoir aucune justification, si ce n’est édulcorer la féminisation, puisque les deux formes, sélectionneur et sélectionneure, se prononcent de la même façon.

Défenseure ou défenseuse ?

Chez Larousse et Le Robert, les deux féminins, défenseure et défenseuse, sont attestés. Vous avez donc le droit d’employer l’un ou l’autre ! Le Grand Robert de la langue française indique tout de même que défenseuse est « mal formée » (sans préciser pourquoi) et que défenseure est forgé sur le modèle du français du Canada.

Le Wiktionnaire, dictionnaire collaboratif qui ne fait certes pas autorité mais qui est très consulté, propose une distinction assez intéressante : défenseuse dans le cadre du sport et défenseure dans le cadre du droit (la défenseure des enfants).

Dans son rapport, l’Académie française ne s’est pas prononcée sur ce cas. Comme souvent, c’est l’usage qui tranchera !

Attention, enfin, à ne pas confondre défenseur avec défendeur et son féminin défenderesse ! Il s’agit d’un terme juridique désignant une personne contre laquelle est intentée une action en justice, par opposition à demandeur/demanderesse.

Sandrine Campese
Crédit photo

Articles liés

Laissez un commentaire
*


    Bonjour Bob, il est possible de dire « une ailière », « une stoppeuse » (puisqu’il existe le verbe stopper) et « une libéro ». Bon dimanche.

    La question se pose sans doute moins dans la mesure où ces appellations de postes ne sont guère plus utilisées, soit parce que le terme est tombé en désuétude, soit parce que les systèmes de jeu ont évolué: ma mère jouait libéro jusqu’au début des années 1990, puis elle est passée en défense centrale. Les stoppeuses sont des milieues (?) défensives. Pour les ailiers / ailières… ça se dit encore mais moins souvent.

Je partage le point de vue de l’académie française : l’usage tranchera. Je sais que cette féminisation fait couler beaucoup d’encre et de salive, toutefois, l’usage tranche. Merci.