Associable, conséquent, dentition : ces mots mal employés (2/2)

Poursuivons notre mise au point sur les mots que nous employons mal, faisant fi de leur véritable signification. Ainsi, vous découvrirez qu’on est rarement insociable quand on est alcoolisé, mais que quelqu’un d’alcoolique (qui boit une quantité considérable d’alcool) peut devenir asocial. C’est, malheureusement, le revers de la médaille, dont la face est l’avers !

Dire « alcoolisé » au lieu de « alcoolique »

Lucky Luke et Jolly Jumper
Lucky Luke et Jolly Jumper : quelles belles dentures !

Parce qu’on a l’habitude d’employer l’adjectif alcoolique à propos d’une personne, on n’ose pas qualifier une boisson d’« alcoolique ». Et pourtant ! Est « alcoolique » ce qui contient naturellement de l’alcool. Le rhum, le whisky, le vin sont des boissons alcooliques.

Une boisson alcoolisée contient de l’alcool mélangé à autre chose. Une mauresque (pastis + sirop d’orgeat + eau), une vodka-pomme, un whisky-coca sont des boissons alcoolisées.

Vous y réfléchirez donc à deux fois avant de traiter un ami d’« alcoolique » (qui boit trop d’alcool, qui est atteint d’alcoolisme) alors qu’il est simplement « alcoolisé » (il boit occasionnellement).

Dire « associable » au lieu de « insociable »

Quelqu’un qui est réservé, qui se mêle rarement aux autres, est insociable. Le préfixe in- marque bien l’opposition avec « sociable ».

Si vous dites qu’il est associable, cela signifie, au contraire, qu’il peut être « associé », donc créer facilement des liens. On dira donc « Arrête de faire ton insociable ! », et non « ton associable ».

Autre mot de sens proche : « asocial ». Quelqu’un d’asocial n’est pas adapté à la vie sociale ou s’y oppose. « Marginal » et « sociopathe » sont des synonymes. Le mot va donc au-delà de la timidité ou de la solitude (insociable), il relève de la sociologie et de la psychologie.

Dire « conséquent » au lieu de « important »

L’adjectif conséquent veut dire « qui a de la suite dans les idées, qui agit, raisonne avec logique ». On peut être conséquent avec ses principes, avec soi-même. Ce sens est également manifeste dans la locution « par conséquent » (comme suite logique).

Dans la langue soignée, on évitera de parler, par exemple, d’une « somme conséquente », une somme ne pouvant utiliser son esprit et sa logique ! C’est la raison pour laquelle l’emploi de « conséquent » au sens de important est critiqué.

Pourquoi ne pas parler, tout simplement, d’une somme considérable ?

Dire « dentition » au lieu de « denture »

Au sens strict, la dentition est « la formation et l’apparition des dents ». On parlera de la première dentition (les dents de lait). Pour désigner l’ensemble des dents (d’une personne, d’un animal, mais aussi d’une roue, d’une scie…), il existe un mot générique : la denture.

Certes, dans le langage courant, « dentition » est employé au sens de « denture », mais puisque les deux mots existent, pourquoi se priver de les employer l’un et l’autre ?

Dire « envers » au lieu de « avers »

Il existe un mot spécifique pour parler de la face avant d’une pièce ou d’une médaille : c’est l’avers ! Le contraire, c’est le revers.

Récapitulons : avers = face = recto ; revers = pile = verso.

L’envers est un terme plus générique pour désigner le côté d’une chose opposé à celui qui doit être vu ou qui est vu d’ordinaire. Le contraire, c’est l’endroit ! 

Sandrine Campese

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