Anastrophe, antithèse, mot-valise…  Quelles figures de style se cachent dans ces titres de dessins animés Disney ?

Que vous soyez entouré(e) d’enfants ou non, vous n’échapperez pas, en cette fin d’année, aux traditionnels dessins animés Disney ! Et comme nous savons que vous les connaissez par cœur, nous vous proposons de saisir l’occasion pour enrichir votre culture linguistique. Comment ? En révisant les figures de style contenues dans le titre de trois grands classiques : Les Aristochats, La Belle et la Bête et La Belle au bois dormant.

Les Aristochats : le mot-valise La Belle au bois dormant

Lorsque Wolfgang Reitherman décida de mettre en scène une famille de chats distingués, héritiers de la fortune de leur maîtresse, il se demanda comment il pourrait les nommer. Il eut alors l’idée de fusionner deux mots – aristocrats (aristocrates) et cats (chats) – pour en créer un nouveau. Il prit la première partie du premier mot « aristo » et la colla à la seconde partie du second mot « cats », ce qui donna The Aristocats.

« Aristocats » est un portmanteau word, pour reprendre le terme créé par Lewis Caroll dans Alice aux pays des merveilles, ou, en français, un mot-valise.

Le résultat est d’autant plus réussi que les deux mots « aristocrats » et « aristocats » sont les mêmes à une lettre près. La version française (aristocrates + chats = aristochats), qui sonne certes un peu moins bien à l’oreille, n’en reste pas moins une jolie trouvaille.

La Belle et la Bête : l’antithèse

De nombreux titres d’œuvres sont fondés sur l’opposition entre deux antonymes, c’est-à-dire deux mots de sens contraire. Lorsque les antonymes sont accolés, c’est un oxymore, lorsqu’ils sont séparés (par une conjonction de coordination, par exemple), c’est une antithèse.

Dans le titre du dessin animé La Belle et la Bête, les noms belle et bête s’opposent : le premier est censé dénoter la beauté, la féminité, la douceur, et le second la laideur, l’état sauvage, la violence… Outre l’antithèse, les deux mots commencent tous les deux par la même consonne et le même son (« è ») et se prononcent comme une seule syllabe, ce qui renforce l’effet de symétrie.

Bien sûr, le fait de coordonner ces antonymes est un premier rapprochement, qui laisse deviner que l’opposition ne l’est peut-être qu’en apparence… Un autre titre de dessin animé Disney est fondé sur une antithèse du même type : La Belle et le Clochard.

Pour aller plus loin : https://www.projet-voltaire.fr/culture-generale/antithese-oxymore-paradoxe-figures-de-style-opposition/

La Belle au bois dormant : l’anastrophe

L’anastrophe consiste à inverser l’ordre habituel des mots d’une phrase. Molière s’en amuse dans Le Bourgeois gentilhomme (1670) : « D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. » Le but étant d’attirer l’attention sur un élément en particulier, on comprend pourquoi le procédé entre dans la composition de nombreux titres de films.

Ainsi, le titre du dessin animé de Disney La Belle au bois dormant comprend une inversion entre « dormant », participe présent du verbe « dormir », et le complément circonstanciel de lieu « au bois ». Si l’on remettait la phrase dans l’ordre, cela donnerait « La belle dormant au bois ».

Pour les plus jeunes, la structure du titre est source de confusion. Qui est dormant ? Est-ce la princesse ou le bois ? L’hésitation est également fréquente chez les adultes qui préféreraient lire « La belle au bois dormante », ce qui lèverait toute ambiguïté. Sauf que cette tournure est incorrecte : « dormant » n’est pas un adjectif mais le participe présent du verbe « dormir ». Il est donc invariable.

La traduction anglaise Sleeping beauty (la belle endormie), moins poétique mais plus « efficace », permet de lever le doute : c’est bien la belle qui dort au bois !

Pour aller plus loin : https://www.projet-voltaire.fr/culture-generale/ton-pere-il-est-anastrophe-maitre-yoda/

Sandrine Campese
Crédit photo

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