LE TEMPS Dans le dictionnaire, le premier sens du mot est « le temps qui passe », le temps au sens de « durée ». L’acception qui nous intéresse ici – le temps qu’il fait – n’arrive qu’en dernière position ! Origine Employé en français depuis le Xe siècle, « temps » est issu du latin tempus, duquel il tire son orthographe. Tempus désignait alors « la division de la durée », et donc « la saison ». Voilà comment on est arrivé au sens du « temps qu’il fait », conditionné aux quatre saisons. On utilisait d’ailleurs l’expression caeli tempus, qui signifie littéralement « état du ciel ». Définition Le Robert précise cette idée : « temps : état de l’atmosphère à un moment donné, considéré surtout dans son influence sur la vie et l’activité humaines ». « Temps » et « atmosphère » seraient donc liés, ce que le Larousse confirme à travers une définition un peu plus technique : « ensemble de conditions de température et d’humidité atmosphériques momentanément stables et revenant à des intervalles relativement fréquents, sinon réguliers. » Cet « ensemble de conditions » se retrouve à l’Académie française : « temps : ensemble des conditions météorologiques régnant en un lieu et à un moment donnés, souvent considérées selon la façon dont elles sont ressenties. » L’Académie indique également que, par métonymie, le temps désigne « chaque paramètre caractérisant ces conditions météorologiques envisagé séparément, tel que l’aspect du ciel, la température ou l’humidité de l’air, les précipitations ». La graphie « temps » ne s’est imposée qu’à partir du XVIIe siècle, dans un processus de relatinisation de notre orthographe. Avant, l’orthographe, encore aléatoire, était plus phonétique. Ainsi rencontrait-on la graphie « tens », par exemple sous la plume de Joachim du Bellay. Emploi On comprend mieux pourquoi une question si anodine que « Quel temps fait-il ? » peut se révéler riche de sens selon le point de vue adopté : « clair », « chaud », « sec », « pluvieux », etc. ! Voici d’autres adjectifs pour qualifier le temps : « beau », « mauvais », « bas », « couvert », « sans nuages », « froid », « gris », « humide », « maussade », « chaud », « venteux », « lourd », « orageux », « variable », « incertain ». Il peut changer, s’éclaircir, s’obscurcir… Et le « gros temps », qu’est-ce ? C’est le mauvais temps, dans le jargon des marins. On évite de prendre la mer en cas de gros temps. Notons enfin que l’expression « parler de la pluie et du beau temps » signifie « dire des banalités ». Il est vrai qu’après que l’on s’est enquis de la santé de son interlocuteur, la question du temps qu’il fait ne tarde pas à arriver ! « Il fait un froid de canard » ou « on crève de chaud aujourd’hui » : le temps se prête à l’hyperbole ! LA MÉTÉO Origine On a tendance à l’oublier, tant le mot est devenu courant, mais « météo » est une abréviation, plus exactement une apocope, celle de « météorologie ». Soulignons que, pour l’Académie française, la forme « météo » a beau être entrée dans l’usage, elle reste familière. Employé depuis le XVIe siècle, le nom « météorologie » vient du grec meteôrologia, qui signifie « recherche ou traité sur les corps, les phénomènes célestes ». Une apocope consiste à retirer la ou les dernières syllabes d’un mot. Si je dis que « j’écoute la météo à la radio », j’emploie deux apocopes : « météo » et « radio » (apocope de « radiophonie » ou de « radiodiffusion »). Et si l’on retire la ou les premières syllabes d’un mot ? C’est une aphérèse (« bus » pour « autobus », par exemple). Définition Pour Le Robert, la météo, c’est tout simplement « le temps qu’il fait ». Pour le Larousse, la météo désigne les « informations données sur l’état du temps, de l’atmosphère, ou encore les conditions atmosphériques ». On parle généralement des « prévisions de la météo ». On peut donc dire : « Si la météo le prévoit, le permet… » Emploi Mais alors, peut-on employer « météo » pour dire « le temps qu’il fait » ou « les conditions climatiques » ? Non ! répond l’Académie française. Pourquoi ? Parce que, pour les Immortels, la météorologie est une discipline qui a pour objet l’étude des phénomènes atmosphériques et de leurs variations, et qui a pour objectif la prévision à court terme de l’évolution du temps. Confondre « météo » et « temps » reviendrait à confondre la discipline avec son objet ! Par conséquent, on évitera de dire, par exemple, « météo maussade toute la semaine » : c’est le temps qui sera maussade ! De même, à « demain, la météo sera chaude », on préférera « demain, il fera chaud ». Suivant cette logique, une discipline – ici, la météorologie – ne saurait être maussade ou chaude. À noter que « météo » est aussi un adjectif (invariable), abréviation de « météorologique ». Exemple : des bulletins météo (sans « s » à « météo »). LE CLIMAT Le « temps » étant le terme courant, la « météo », la discipline, que peut donc recouvrir le terme « climat » ? Origine « Climat » vient du latin clima, climatis, du grec klima, klimatos, proprement « inclinaison », d’où la définition « obliquité d’une région de la Terre par rapport au Soleil », puis, par extension, « région ». On remarque que si la plupart des mots français sont formés sur l’accusatif latin, ici, le « t » final de « climat » vient du génitif climatis, climat- constituant alors le radical étymologique. Définition Pour Le Robert et l’Académie française, le climat est l’« ensemble des circonstances atmosphériques et météorologiques d’un pays, d’une région ». Ces circonstances peuvent être l’humidité, les pressions, les températures… Pour le Larousse, c’est « l’ensemble des phénomènes météorologiques qui caractérisent l’état moyen de l’atmosphère en un lieu donné ». Dans tous les cas, il est question de météo et d’atmosphère ! « Climat » a également une acception figurée : il désigne une « atmosphère morale », une « ambiance psychologique », d’où « le climat politique, social », « un climat d’hostilité, d’insécurité ». Comment est-on passé du sens propre au sens figuré ? En référence à l’ensemble des conditions de vie, des circonstances qui agissent sur quelqu’un. Climats est le titre d’un roman d’André Maurois, paru en 1928. Il n’y est pas question de phénomènes atmosphériques et météorologiques, mais de « deux mariages rendus malheureux par l’incapacité des époux à se comprendre ». Emploi En tant qu’« ensemble », le climat est une notion plus large que la météo. On parle par exemple de climat « équatorial », « tropical », « méditerranéen », « désertique », « tempéré », « océanique », « continental », « maritime », « tempéré », « polaire », « rude », mais aussi de « microclimat » (en un seul mot), qui désigne les « conditions climatiques particulières d’une petite zone géographique ». Il arrive néanmoins que « climat » soit complété par les mêmes adjectifs que « temps » : un climat froid, chaud, sec, humide, pluvieux (cf. un temps froid, chaud, sec, humide, pluvieux). Dans ce cas précis, « temps » et « climat » sont perçus comme de quasi-synonymes. Enfin, le « climat » est si caractéristique d’un pays que le premier finit par désigner le second dans les expressions « changer de climat » (changer de pays) et « cela ne se fait pas sous nos climats », c’est-à-dire dans nos pays. Sandrine Campese