Du baise-en-ville au va-nu-pieds : ces mots composés à rallonge

En règle générale, les noms composés sont formés de femme chic XIXe siècledeux éléments : un verbe et un nom (un tire-bouchon), deux noms (un balai-brosse), un adjectif et un nom (une belle-fille)… Mais parfois, ils comportent plus de deux éléments, tous reliés par des traits d’union. Ces noms, également appelés « phrases-mots », sont toujours invariables. Si certains sont passés dans le langage courant, voire populaire, d’autres, plus rares, ont un charme délicieusement désuet. Voici quelques exemples.

un baise-en-ville

Le nom désigne un petit sac destiné aux effets personnels pour passer une « nuit » hors de chez soi…. À ne pas confondre avec le « je-ne-baise-plus », ruban orné d’un camée, d’une pierre ou d’un pendentif. Sur le tableau de Manet du même nom, Olympia en porte un.

un cessez-le-feu

Formé sur l’ordre militaire « Cessez le feu ! », ce nom désigne l’arrêt officiel des hostilités. Il est apparu en 1945, peut-être sous l’influence de l’anglais cease-fire.

un je-ne-sais-quoi

« Chose qu’on ne saurait définir mais dont l’existence est intuitivement appréhendée » (Larousse). Exemple : « Elle avait un je-ne-sais-quoi de touchant. » En 1962, Sylvie Vartan l’a employé dans la chanson du même nom.

le je-m’en-foutisme

Attitude de quelqu’un qui manifeste une indifférence totale à l’égard d’une situation, alors que celle-ci devrait l’intéresser, le préoccuper. Synonymes : désinvolture, insouciance. Variante (plus rare) : je-m’en-fichisme.

un monsieur-je-sais-tout

Sobriquet ironique donné à celui qui semble avoir la réponse à tout ou qui croit tout savoir. L’expression marche aussi au féminin, Madame Je-sais-tout étant le titre d’un livre de la célèbre collection « Monsieur Madame ».

le qu’en-dira-t-on

Le « qu’en-dira-t-on », c’est ce que peuvent dire les autres, les commentaires prévisibles et malveillants d’autrui. D’où « Ne pas se soucier des qu’en-dira-t-on ». Dans le même esprit, mais plus court, les « on-dit » (racontars, rumeurs).

un sot-l’y-laisse

Morceau délicat qui se trouve au-dessus du croupion d’une volaille, de chaque côté de la carcasse. Il est assez peu apparent pour que le « sot l’y laisse ». Le nom a remplacé le « fol l’y laisse », expression que l’on disait à la fin du XIVe siècle à propos d’un morceau de cerf.

un suivez-moi-jeune-homme

Cette phrase plaisante, peut-être issue d’une chanson ou d’un vaudeville, a été substantivée (= transformée en nom) au XIXe siècle. Le suivez-moi-jeune-homme désignait un ruban qui pendait à l’arrière du chapeau, parfois de la robe des femmes, et dont le flottement était supposé attirer le regard des jeunes hommes.

un(e) va-nu-pieds

Le mot a d’abord désigné les paysans révoltés en Normandie en 1639 puis une personne qui vit misérablement, en vagabond. Autres noms composés de « va » : un va-tout, un va-et-vient, un va-t-en-guerre…

Et en anglais ? On peut citer le do-it-yourself (DIY), littéralement « faites-le vous-même ». Sous cette appellation sont regroupées les activités visant à créer, de façon artisanale, des objets de la vie courante, technologiques ou artistiques. Autre exemple : un has-been (personne ringarde).

Et vous ? Quelles sont vos « phrases-mots » préférées ? Celles que vous aimez employer ?

Sandrine Campese

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Bonjour,
Je suis francophone « d’adoption ». Je propose ceux-ci:
– Le tout-Paris s’exprime par banalités à tout-va
– Par un tour de passe-passe nous nous sommes trouvés à vau l’eau…
Sont-ils corrects ?

Amicalement,
Patt

Coucou,
j’aime assez le vol-au-vent qui exprime la légèreté de la recette.
toutefois ce que je préfère sont les mots-valises comme HACHITECTURE : pour bâtir des pâtés de maisons.
pardon pour la digression sur ce super site.
amicalement…

Ces expressions imagées ont un charme parfois délicieusement désuet !
En voici deux que j’ai pu croiser :
— Un pet-en-l’air est une veste féminine du XVIIIe siècle descendant jusqu’aux fesses.
— Un saute-ruisseau désigne un accessoire permettant de relever la jupe longue pour ne pas la mouiller dans les flaques d’eau (XIXe siècle). C’était aussi le nom familier des jeunes factotums de notaires chargés de courir la ville pour livrer le courrier.
Quant au self-made-man, il a en général moins de fraîcheur.