Explorer la langue française
Article

Au diable Vauvert, Pétaouchnok, Trifouillis-les-Oies… 10 expressions populaires pour dire « c’est loin ! »

Si nous aimons tant la langue française, c’est qu’elle n’a pas son pareil pour exprimer une idée simple de mille et une façons. Ainsi, pour désigner un lieu lointain, il existe de nombreuses expressions, plus ironiques et savoureuses les unes que les autres. Qu’elles soient littéraires, populaires, régionales… il y en a pour tous les goûts.

Sommaire

    1- AU DIABLE VAUVERT

    À l’origine de cette expression, il y a une locution plus courte : « aller au diable », « à tous les diables ». Or, envoyer quelqu’un « au diable », ce n’est pas proprement le damner ou le maudire, c’est l’envoyer excessivement loin, loin de tout. Ainsi, habiter au diable, c’est habiter loin.

    Sur « au diable » s’est formé « au diable vauvert », ou « au diable Vauvert » avec une majuscule.

    Plusieurs étymologies sont proposées. Vauvert pourrait être :

    • un château médiéval à proximité de Paris habité par l’esprit du démon. « Aller au diable Vauvert » comprenait alors l’idée de dangerosité ;
    • une abbaye, maison de chartreux située rue d’Enfer à Paris ;
    • un sanctuaire établi à Vauvert, dans le Gard, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, où l’on jouait des « mystères », des spectacles où le diable était incarné ;
    • un toponyme plus générique, accolé à des noms de lieux qui se trouvent hors de Paris, assez éloignés de la capitale.

    Que l’on retienne une, deux, trois ou même les quatre explications, « au diable Vauvert » signifie « vraiment très loin, dans un endroit non défini ».

    À noter que, par déformation populaire, on dit aussi « au diable au vert », voire « au diable vert », en particulier au Québec.

    À lire également sur notre blog : L’origine de ces fameuses expressions : « Au diable Vauvert »

    2- CHAILLE

    « Chaille », pour désigner une destination très lointaine, se dit surtout du côté de Grenoble. On peut décider volontairement de « partir à Chaille » pour être tranquille.

    Que veut dire « chaille » ? C’est un mot d’ancien français signifiant « caillou », du latin calculus.

    On rencontre aussi la variante « Chail-les-Bains », dont la définition est : « lieu imaginaire censé se trouver très loin ; lieu perdu, difficile à trouver ». Ce lieu est-il forcément « caillouteux », « pierreux » et proche de l’eau ? On attend vos témoignages !

    3- CUGES-LES-BAINS

    Plusieurs expressions utilisées pour indiquer l’éloignement se terminent par « les-Bains », qui évoque une station thermale, calme, dont le seul intérêt serait la présence de bains publics.

    Employée surtout dans le sud de la France, « Cuges-les-Bains » est une déformation de « Cuges-les-Pins », nom d’une commune provençale.

    Pour un Marseillais, par exemple, « Cuges-les-Pins » est située à une quarantaine de kilomètres : ce n’est donc pas à côté ! Voilà pourquoi, d’un endroit éloigné, on entendra souvent un Sudiste dire « c’est à Cuges-les-Bains » ou plus simplement « à Cuges ».

    « Ce n’est pas à côté » : cette façon de dire que c’est loin, en niant (« ne/pas ») le contraire (« à côté ») pour renforcer encore davantage l’idée d’éloignement se nomme « litote ». Autres exemples : « ce n’est pas donné », « il ne fait pas chaud »…

    4- DACHE

    Cette fois-ci, partons à dache ! Sans surprise, c’est « très loin ». L’expression se rencontre souvent sous la forme « envoyer à dache ».

    Deux origines sont possibles. « Dache » pourrait être :

    • une altération de « diache », variante régionale de « diable » dans le nord et l’est de la France ;
    • un nom propre (avec une majuscule) repéré chez Louis-Ferdinand Céline dans Mort à crédit : « … Que veut-il encore ? Quelles prétentions ? M’extorquer ma dernière gamelle !… à Dache ! »

    Par exemple, « Dache » est utilisé dans ce dialogue du film Gazon maudit :

    « Dans le XVe, rue de Vaugirard.

    – Naturellement ! À dache ! »

    5- PERPÈTE-LES-OLIVETTES

    Dans « Perpète-les-Olivettes », il y a d’abord « perpète », qui s’écrit aussi « perpette ». « Il habite à perpète » veut dire qu’il habite très loin.

    Pour l’originalité et l’humour, on a agrémenté « perpète » de différents lieux-dits imaginaires comme « les-Olivettes » ou « les-Alouettes », voire « les-Andouillettes », chaque appellation offrant une rime sympathique.

    On trouve aussi la forme « Perpète-les-Oies » qui ne rime pas, voilà pourquoi nous l’avons traité plus bas (voir *Trifouillis-les-Oies), mais également « Perpète-les-Bains », cependant moins usitée.

    Quel que soit le complément de lieu qui aura votre préférence, il s’agit d’un « endroit se trouvant à une distance importante » et, disons-le tout de go, un lieu isolé, difficile d’accès, un bled, bref, un trou perdu. (voir *Trou-en-Cambrousse).

    6- PÉTAOUCHNOK

    Comment ne pas citer le célèbre « Pétaouchnok », qui peut aussi s’écrire « Pétaouchnoc », « Pétaouchnock » ou « Pétaouchnoque » ?

    C’est, comme pour les mots précédents, « un lieu imaginaire censé se trouver très loin ».

    Ce nom fantaisiste a été créé en 1920 ou en 1940, selon les sources, par imitation d’un nom de ville russe lointaine, comme Petropavlovsk, située en Extrême-Orient russe.

    Exemple d’emploi : « Samedi, je suis invité à un anniversaire à Pétaouchnok. La flemme ! » Pour un Parisien, toute virée en dehors des « frontières » de la capitale est… à Pétaouchnok.

    Notons que les Québécois – également très friands de ce genre d’expressions – utilisent « Saint-Glinglin » comme synonyme de « Pétaouchnok ». Alors que chez nous, « à la Saint-Glinglin » a une dimension temporelle (« date indéterminée et lointaine, voire jamais »), au Québec, il revêt donc une dimension spatiale.

    7- TATAOUINE

    Si « Pétaouchnok » est une ville imaginaire, « Tataouine » est une « véritable » ville du sud-est de la Tunisie. Le nom est tiré de l’arabe tunisien tatawin ou tittawin, « source d’eau ».

    Quel rapport entre cette ville tunisienne et un « lieu imaginaire censé se trouver très loin » ? D’abord, Tataouine est située en pleine région désertique ; de plus, un bagne militaire avait été construit près de la ville du même nom.

    Un désert, une prison : on comprend d’emblée le sens de « Tataouine », un endroit où l’on ne saurait se rendre de son plein gré !

    Notons qu’en anglais, le mot se dit « Tatooine ». Ce nom vous dit quelque chose ? Normal, c’est celui de la planète-désert dans Star Wars.

    On rencontre aussi, tradition oblige, la forme « Tataouine-les-Bains », quand bien même il n’y a pas de bains publics à Tataouine.

    Enfin, preuve que ce mot a toujours le vent en poupe, Clamser à Tataouine est le titre du premier roman à succès de l’acteur populaire Raphaël Quenard.

    « Bab el-Oued », nom d’une commune algérienne, est également utilisé pour désigner une destination lointaine. Signifiant littéralement « porte de la rivière », il est parfois orthographié phonétiquement « Bébèlouède ».

    8- TOMBOUCTOU

    Comme Tataouine, Tombouctou est une ville réelle, située au centre du Mali. Attention, il ne s’agit pas de la capitale, laquelle est Bamako.

    Là où les spécificités de Tataouine en faisaient un lieu isolé et peu attrayant, c’est bien la distance nous séparant de Tombouctou qui l’a transformée en « destination hors de portée ».

    Jugez plutôt : « Tombouctou » (ou Tin Buqt en berbère retranscrit) signifie littéralement « la lointaine ». Tout est dit !

    9- TRIFOUILLIS-LES-OIES

    Apparu à la fin du XIXsiècle, « Trifouillis-les-Oies » ou « Trifouilly-les-Oies » imite un nom de localité rurale française ordinaire, sans attrait particulier. Il est vrai que nombre de nos chères communes ont des noms composés. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont sans intérêt, bien entendu !

    « Trifouillis-les-Oies » a donc une acception un peu plus spécifique que les expressions susnommées : c’est une localité rurale imaginaire, village perdu sans attrait particulier.

    À ce propos, rappelons que l’humoriste Nicolas Canteloup, imitant Jean-Pierre Pernaut au JT de 13 h, a popularisé le nom de la commune imaginaire « Saint-Bougnard-les-Olivettes ».

    Autres variantes (plus rares) : Trifouillis-les-Canettes, les-Chaussettes, les-Clarinettes, etc.

    10- TROU-EN-CAMBROUSSE

    Un trou, dans la langue populaire, c’est un lieu perdu, où il n’y a rien.

    Affublé de « Cambrousse », l’argot de « campagne », « Trou-en-Cambrousse » devient un lieu perdu dans la campagne, oublié de tous.

    Mais il existe aussi la variante « Trou-la-Ville », preuve qu’il y a des trous partout !

    Enfin, difficile de faire totalement l’impasse, en dépit de son extrême vulgarité, sur la tournure très imagée « C’est le trou du cul du monde ! » pour désigner un lieu perdu au milieu de nulle part. Dans le même esprit, citons « habiter au cul-du-loup », très prisé du côté de Marseille.

    Sandrine Campese

    Vous êtes perdu ?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas affichée.
    Les champs obligatoires sont marqués d’un « * ».

    Retrouvez le Projet Voltaire dans votre poche !

    "Application utile et instructive.

    Sa plus grande qualité c'est son accessibilité à toutes les personnes de tous niveaux en français. Les services proposés allient parfaitement bien le rapport qualité-prix. J'apprécie cette application parce qu'obtenir son Certificat Voltaire est un bonus essentiel à mettre sur son CV ou tout simplement pour avoir le plaisir de parler et d'écrire le français correctement."

    Harinavalona R
    ⭐⭐⭐⭐⭐