« ils se sont téléphoné » « ils se sont téléphonés » ?


Erreur couramment commise

On a envie d’accorder « téléphoner » avec le « se » placé avant le verbe et d’écrire « ils se sont téléphonés » au lieu de « ils se sont téléphoné ».

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Règle (comment ne plus commettre cette erreur)

Les verbes pronominaux se conjuguant avec l’auxiliaire « être », leur participe passé s’accorde le plus souvent avec le sujet :

Elle s’est évanouie.
Ils se sont enfuis.

Certains verbes pronominaux peuvent pourtant avoir un complément d’objet direct. L’accord du participe se fait alors avec celui-ci, à condition qu’il précède le verbe :

Ils se sont lavés. → Le COD est le pronom réfléchi « se », placé avant le verbe : on accorde le participe passé avec lui.
mais
Ils se sont lavé les mains. → Le COD est « les mains », placé après le verbe : on n’accorde pas « lavé ».

Le participe passé d’un verbe pronominal reste invariable quand le pronom réfléchi est objet indirect :

Ils se sont parlé, car on parle à quelqu’un.
Elle s’est permis de prendre la parole, car on permet quelque chose à quelqu’un.

De même, le participe passé des verbes « se plaire », « se complaire », « se déplaire » et « se rire » reste invariable :

Elle s’est plu à l’agacer.


Bruno Dewaele - champion du monde d'orthographeAvis de l’expert –
Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, professeur agrégé de lettres modernes

Si les verbes « essentiellement pronominaux », autrement dit ceux qui n’existent qu’à la forme pronominale, s’accordent quasiment toujours avec le sujet (« ils se sont souvenus de cette mésaventure »), les autres, dits « accidentellement pronominaux », se comportent, en matière d’accord du participe passé, comme s’ils étaient conjugués avec l’auxiliaire « avoir » : invariables si leur complément d’objet direct est placé après eux ou s’ils en sont dépourvus, ils s’accordent avec celui-ci s’il les précède (« ils se sont rappelé cette mésaventure » mais « la mésaventure qu’ils se sont rappelée »).

Exercices (cherchez les erreurs)

  1. En guise de réconciliation, ils se sont longuement serré la main.
  2. Elle s’est permis de corriger une faute d’orthographe dans la lettre du patron.
  3. La veste qu’il s’est acheté durant la période des soldes lui va à merveille.
  4. Les convives se sont plu à souligner le savoir-faire de l’hôtesse.
  5. Les tourtereaux se seront souri tout au long de la réunion.
  6. Les orateurs se sont défié du regard avant de monter à la tribune.
  7. De nombreux collègues s’étaient souvenus de la date de son anniversaire.
  8. Les hommes qui se sont succédés à la tête de l’entreprise étaient tous de valeur.
  9. Faute de temps, les négociateurs se seront dits l’essentiel.
  10. Ils se sont ris des pièges qu’on leur tendait.

Réponses

  1. Phrase correcte.
  2. Phrase correcte.
  3. Faux. Il faut écrire : La veste qu’il s’est achetée durant la période des soldes lui va à merveille.
    Le participe passé d’un verbe pronominal doit s’accorder avec son complément d’objet direct s’il est placé avant lui. Qu’a-t-on acheté, ici ? « qu’ », mis pour « la veste », lequel précède bien le participe en question. D’où la marque du féminin singulier à ce dernier.
  4. Phrase correcte.
  5. Phrase correcte.
  6. Faux. Il faut écrire : Les orateurs se sont défiés du regard avant de monter à la tribune.
    Encore un verbe pronominal pour lequel il importe de rechercher un éventuel complément d’objet direct. Qui les orateurs ont-ils défié ? « se », mis pour le masculin pluriel « orateurs ». Voilà qui justifie la terminaison « -és » du participe passé, contraint de s’accorder avec son COD puisque celui-ci le précède !
  7. Phrase correcte.
  8. Faux. Il faut écrire : Les hommes qui se sont succédé à la tête de l’entreprise étaient tous de valeur.
    Il ne saurait être question d’accorder le participe passé d’un verbe pronominal qui n’admet jamais de complément d’objet direct : on succède toujours « à » quelqu’un ! Le pronom « se » qui précède le participe est ici un complément d’objet indirect, qui n’a aucune influence sur son accord.
  9. Faux. Il faut écrire : Faute de temps, les négociateurs se seront dit l’essentiel.
    Que se seront dit les négociateurs ? « l’essentiel » ! Le complément d’objet direct ne peut influer sur l’accord d’un participe passé quand il le suit.
  10. Faux. Il faut écrire : Ils se sont ri des pièges qu’on leur tendait.
    Le participe passé du verbe « se rire », comme ceux des verbes « se plaire », « se déplaire », « se complaire », est toujours invariable.

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Auteurs :
Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, professeur agrégé de lettres modernes
Agnès Colomb, auteur-adaptateur, correctrice professionnelle
Pascal Hostachy, cofondateur du Projet Voltaire et de la Certification Voltaire

42 réponses à « ils se sont téléphoné » « ils se sont téléphonés » ?

  1. eric berney dit :

    J’en ai un nouveau pour vous:

     » ces garnements se sont criés (ou crié) dessus »?

    réciproque ou transitif indirect????

    Merci de vos éclaircissements…

    Eric

    • Pascal dit :

      On ne crie pas quelqu’un, on crie sur quelqu’un. Le « se » placé avant le verbe ne matérialise non pas un COD mais un COI. Donc on n’accorde pas.
      Réponse : ces garnements se sont crié dessus.
      Ce n’est pas plus compliqué que cela.

  2. buchet michèle dit :

    Les participes passés employés avec les verbes pronominaux ne me posent pas de problèmes. En revanche, j’ai une virulente controverse avec un ami anglais ( manipulant la langue comme peu de français savent le faire) qui m’affirme que: « on se serait bien amusés » est sinon correct, du moins toléré, quand je lui affirme que ON étant un pronom indéfini à la 3e personne du singulier, on doit écrire : on se serait amusé .
    Qu’en dites-vous? Quand je lis: on est tous (sic) contentS, je m’insurge! Pourquoi ne pas dire: nous sommes tous contents? J’aimerais avoir votre avis, et le faire parvenir, quel qu’il soit, à mon ami , enseignant…….l’occitan dans …le Minnesota!
    J’ai une passion pour la langue française. La voir se dégrader me rend malade. Merci! Michèle Buchet.

    • Pascal dit :

      Bonjour Michèle,
      J’ai peur que votre ami anglais ait raison. « On » peut être considéré comme un pronom pluriel. C’est assez paradoxal car le verbe conjugué reste au singulier, mais la suite peut s’accorder au pluriel, comme pour « on s’est bien amusés ».

    • Nee_bulleuse dit :

      La langue ne se dégrade pas, elle évolue.
      La faute d’hier fait la nome d’aujourd’hui. La norme d’aujourd’hui fait la faute de demain.

    • garcia dit :

      Bonjour Michèle !
      Je suis tombée sur ce site, et j’y ai vu ton nom, et découvert que tu étais toujours et sans doute plus que jamais, fan de français ….
      Un moyen de te recontacter… je ne sais pas si tu auras mon adresse mail ci dessus…
      Bisous et à un de ces jours pour de plus amples nouvelles !
      Jacqueline la montpelliéraine

  3. eve_mari dit :

    Bonjour,
    merci pour votre article, mais j’ai tout de même du mal à expliquer un cas que j’ai trouvé dans un exercice de DELF

     » Ils s’étaient juré de taire tout cela » (Gustave Flaubert)

    pourquoi le participe passé n’est pas accordé?

    Merci à vous

    • Pascal dit :

      Il n’ont pas juré eux, ils ont juré à eux. C’est un COI, on n’accorde pas.
      La règle sur l’accord des participes passés des verbes pronominaux est en théorie très compliquée et en pratique très simple. Il faut en profiter, c’est généralement l’inverse. :)

    • buchet michèle dit :

      Il s’agit de réciprocité: ils se sont donné rendez-vous – ils se sont envoyé des lettres

      • Pascal dit :

        Vous avez raison, dans le cas que vous citez il y a réciprocité. Mais la présence ou l’absence de réciprocité n’influe pas sur l’accord ou non du participe passé d’un verbe pronominal.

  4. Gilles dit :

    Bonjour,
    Je trouve cette règle particulièrement difficile parce que la simple règle du COD placé avant le participe ne couvre pas tous les cas. Par exemple, le verbe  »apercevoir » n’est pas essentiellement pronominal quand utilisé dans le sens de  »voir » (j’aperçois un oiseau) mais devient essentiellement pronominal dans le sens de  »se rendre compte de quelque chose » (…elle s’est aperçue que c’était l’été…). En ce qui me concerne j’utilise trois règles de base: le verbe est essentiellement pronominal, alors accord avec le sujet. La phrase est de forme passive, accord avec le sujet. Le COD est placé avant, accord avec le COD. Mais il reste plusieurs cas où il est difficile de déterminer la situation avec précision. Je vous mets à ce sujet un lien très intéressant où l’auteur a fait une étude exhaustive du cas du participe passé avec la forme pronominale.
    J’attends vos commentaires avec impatience.
    http://www.etudes-litteraires.com/grammaire/accord-participe-passe-pronominaux.php

    • Alice dit :

      Bonjour Gilles,
      Si je ne me trompe pas, s’apercevoir dans le sens « prendre conscience de » n’est pas un verbe essentiellement pronominal mais un pronominal « par gallicisme » (que de noms barbares !) Ça veut en fait dire qu’il n’appartient ni à la catégorie des accidentellement pronominaux (se laver, se sourire, etc. qui peuvent exister sans le pronom réfléchi), ni à celle des essentiellement pronominaux (s’enfuir, s’emparer, etc. qui n’existent pas sans le pronom réfléchi). Car apercevoir existe sous les deux formes mais ces deux formes n’ont pas le même sens. Et cette nouvelle catégorie impose que l’on accorde le participe passé avec le sujet. Car le pronom n’a pas valeur de COD (« je m’aperçois de mon erreur », je n’aperçois pas moi de mon erreur) = sens non réfléchi.
      Pour mon humble part, j’utilise donc les cas suivants :
      - verbes essentiellement pronominaux : accords avec le sujet (sauf s’arroger, mais bon… niveau emploi, ça reste peu fréquent !)
      - verbes accidentellement pronominaux : on remplace être par avoir et on cherche le COD (avant accord, après, pas d’accord)
      - verbes « style » s’apercevoir (il y a aussi s’attaquer à, se résoudre à, s’attendre à, etc.) = par gallicisme pour crâner ;-) = qui n’ont pas le même sens avec ou sans le pronom : accord avec le sujet.
      - verbes utilisés à la forme passive : accord avec le sujet
      - verbes pronominaux transitifs indirects : se succéder, se plaire, se ressembler, se téléphoner, etc. Participe passé invariable.

      A lire, simples et intéressants :
      http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-90221.php
      et
      http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=5120

      • Erick dit :

        Merci Alice pour cette intervention savante ! :)

        • Alice dit :

          Mouais… J’espère quand même que ça ne fait pas trop « j’me la pète » parce que ce n’était pas l’esprit de mon intervention ! :-o
          Mais j’avoue que quand j’ai appris l’existence des verbes pronominaux par gallicisme ça m’a beaucoup éclairée (ça m’a changé la vie : ah ah ah !) et ça m’a fait comprendre les choses que je trouvais obscures jusque-là ;-) : donc intervention dans un souci de partage :D
          Bonne journée et vive l’orthographe (et la grammaire !)

  5. Jonathan dit :

    Une question me taraude, qu’en est-il du verbe « se trouver »…

    Ils se sont trouvés ou ils se sont trouvé ?!?!

  6. -_-_-_- dit :

    Bonjour,

    Pour l’exemple 7 : « De nombreux collègues s’étaient souvenus de la date de son anniversaire. »
    Je ne comprend pas bien le « s » final de « souvenus ».

    Pouvez-vous m’éclairer ?

    Merci,
    -_-_-_-

    • Pascal dit :

      Bonjour,
      Avec les verbes essentiellement pronominaux, l’accord est obligatoire. C’est d’ailleurs le cas le plus simple.
      Un verbe essentiellement pronominal est un verbe qui n’existe pas sans le petit pronom « s’ » devant (ou « m’ », ou « se »…).
      Exemples de verbes essentiellement pronominaux : s’enfuir, se souvenir, s’évader, s’écrier, s’évanouir… Car on ne peut pas dire j’enfuis, je souviens, j’évade, j’écrie, j’évanouis…

  7. Jonathan dit :

    Lors d’une discussion avec une amie, nous nous sommes questionnés sur l’accord dans la phrase suivante :

    Les mains qu’ils sont lavé ?! ou Les mains qu’ils se sont lavées ?!

    • Pascal dit :

      Les mains qu’ils se sont lavées.
      Car ce sont les mains qui sont lavées : COD placé avant le verbe.

      • David dit :

        Bonjour!

        J’essaie juste d’apprendre le français moi-même, c’est une langue étonnante. Mais je ne peux pas comprendre si nous pouvons dire: « Elle a lavé les mains de son petit frère ». Ou voilà un autre exemple: « Ils se sont aperçus de leur erreur. » Pourquoi nous ne pouvons pas dire « Ils ont aperçu leur erreur » si le verbe « apercevoir » a la définition « se rendre compte » aussi. Comment être sûr quand utiliser le verbe « être » ou le verbe « avoir »? Excusez-moi si la question est trop bête, mais je n’arrive pas à comprendre..

        Merci par avance!

  8. Near dit :

    Ouf ! J’ai appris des trucs aujourd’hui merci bien, cependant j’ai un peu de mal à me rentrer tout cela dans le crâne…

  9. Houmam dit :

    Bonsoir

    Je veux juste attirer l’attention sur une petite faute dans la ligne suivante, située sous le titre « Règle » ci-dessus :
    « Les verbes pronominaux se conjuguant avec l’auxiliaire « être », leur participe passé s’accorde le plus… »
    je crois « g + a » se prononce « ga » comme dans « garage » et que le « u » de « gua » étant inutile !!!

    • Erick dit :

      Bonjour Houmam,
      il n’y a pourtant aucune erreur. Il s’agit bien de « conjuguant », le mot « conjugant » n’existant pas, même si g+a forment bien le son « ga ».

      • Houmam dit :

        Bonsoir
        Merci Erick pour ta réponse, mais cela reste quand même déroutant !

        • Nee_bulleuse dit :

          Pour conjuguer un verbe, on enlève la terminaison de l’infinitif ( ici conjugu – er )et on la remplace par la terminaison du temps choisi, par exemple il conjugu-a, au passé simple. Participe présent , en conjugu-ant ! Et voilà !

          • Houmam dit :

            Je te remercie Nee_bulleuse pour ton aide. Je crois qu’avec cette règle, tout est clair ! Merci encore !

  10. MeE dit :

    Bonjour,

    On dit « Les 2 hommes disent s’être téléphonés » ou « [...] s’être téléphoné » ?

    Et du coup, on dit « ils se sont téképhonés » ou « [...] téléphoné » ? Parce que d’après la règle, c’est « téléphonés » ( action réciproque ), mais ici ( http://la-conjugaison.nouvelobs.com/du/verbe/se_telephoner.php =), pas d’accord…

    Merci.

    • Erick dit :

      Bonjour, il me semble que nous expliquons clairement dès le premier paragraphe qu’il faut bien écrire : « Ils se sont téléphoné ».
      Bonne journée.

    • Nee_bulleuse dit :

      Moi, j’écrivais  » Les deux hommes disent s’être téléphoné  » car le verbe être est écrit à l’ infinitif.

      • kristop dit :

        j’ai une question voisine, mais avec « se plaire ».
        Donc, on est d’accord: « ils se sont plu dans le Midi ».
        Et on l’a vu dans l’exemple 4, « ils se sont plu à souligner le .. ».
        Mais pour un sens différent:
        « Ils se sont vus, et se sont plus tout de suite. »
        Je pense que l’accord est correct ici, c’est bien ça ?
        Je cherchais aussi comme MeE une règle du type action réciproque (règle qui n’existe pas, donc ?), mais en fait la règle qui s’applique est simple: « accidentellement pronominal –> accord avec le COD si avant le verbe », correct ?

        • Erick dit :

          L’accord n’est pas correct car on voit quelqu’un, mais on plait À quelqu’un. Dans un cas, il y aura donc un COD, dans l’autre, un COI. Il ne peut y avoir d’accord qu’avec un COD, s’il est placé avant l’auxiliaire.

          Pour ce qui est de la règle, c’est ce qui fonctionnera le mieux.

          • kristop dit :

            bon sang, mais … bien sûr !
            En fait, on ne réfléchit pas assez longtemps. C’est un COI bien sûr.
            Merci!

  11. Amandine dit :

    Pfiou moi qui suis très attachée à la correcte écriture de la langue française j’ai été destabilisée en voyant tout ça! Il y a quand même des choses que je ne savais pas, comme avec les verbes « se rire » etc, et les « ils se sont… » en référence à quelqu’un, où j’accordais systématiquement!
    Merci pour ces précisions, j’essaierai de les appliquer désormais!

  12. verkarre dit :

    Merci encore pour votre présentation de la règle. Je trouve cela très clair.

  13. nic rod dit :

    Merci Monsieur Bruno,
    Je dois passer un test de français la semaine prochaine pour l’obtention d’un poste de secrétaire. J’ai compris mieux que dans les livres de grammaire.
    Merci pour aider les gens qui aiment la langue française à mieux l’écrire et à la parler.

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